Lettre à une demoiselle inconnue
J'ai tout aimé en toi
Tes yeux doux Tes cheveux moux
Ton cou Tes joues Ton corps
Ton âme
Car j'en ai assez de porter toujours mon âme
J'ai tout aimé en toi
Ton harmonie avec le vent qui apporte la vie
La vie en harmonie avec le vent contre les blâmes
Le désir de tout fuir vers le repos total
Le repos de l'enfant qui dort
avant que ne vienne la mort
avant que les ennuis ne s'étalent
J'ai tout aimé en toi
Ta façon de parler Tes rêves affairés
Ta peur de l'immédiat Tes mots aérés
Ta joie Tes pleurs Ton petit monde
J'ai tout aimé en toi
Ta façon d'aimer Ton présent Ton passé
Ta première ta dernière lancée
Ta chaleur Ton froid
J'ai tout aimé en toi
Tes souvents Tes parfois Tes presque pas toujours
Ton amour Et même
ce que je ne comprenais pas
J'ai tout aimé en toi
L'eau tranquille coulant vers la ville
Son bonheur
Car ce n'est pas de ma faute si les nuits de ce pays
me font peur
Et j'ai peur aussi
de ce lit abandonné où tu me renvoies Ce désert
Enfin j'ai peur que tu m'abandonnes
Notre demeure n'est pas ici Elle est ailleurs
Cela me fait rêver encore
J'ai hâte de t'embrasser dans un endroit
où le soleil tue les questions Comme on dit
A un certain moment
Il n'est pas de demeure où le repos soit possible
Quelle dérisoire maison de briques
meublée de souvenirs livides
Le bonheur
Je l'ai moi Je te cherche dans la fuite
J'ai tout aimé en toi mais chercher ou ne pas chercher
Je crois que ça m'est égal
Non Non
Là-bas on trouvera l'oubli colossal
Préparons tout donc
si vraiment cela en vaut la peine
L'heure est grande La vie cruelle Nous partirons
Quelle dure face est la mienne
J'ai trop peiné et il fallait de l'argent pour quitter ces arbres
sans horizon
Que l'autre monde fasse la liberté UN SOUHAIT Cette prison
est immonde
J'ai lu dans un journal DATE IMPRECISE
qu'elle mange jusqu'aux âmes
qu'elle fait des têtes des devinettes des recettes
des femmes infâmes
J'ai lu dans un journal PAROLES INDECISES
qu'il y a des contraintes des feintes obligatoires
des voix noires des voies paradoxales
rien que des mots
Posté par Aragon le 2/10/2008 à 22:42 - Lien
La lettre a toujours été l'expression d'une frustration,d'un manque.communiquer en adoptant un style épistolaire permet d'avoir plus de liberté,de marge sans pour autant baisser les yeux car celui avec qui on communique n'est pas en face de nous pour qu'il nous intimide et resreigne notre libre cours.en ce sens,la lettre serait l'espace de tout ce que la présence de l'autre gene et camoufle.la solitude est chose essentielle à l'écriture vraie.on se vide sans mettre notre timidité en jeu.sur le blanc de la page,on écrit à cet autre ce qu'on aurait dit par les yeux et rien que par les yeux en sa présence.l'absence de l'autre nous permet de le voir et de le sentir mieux.par son absence,l'etre cher devient plus présent.son paraitre se gomme de notre mémoire et on glisse en cherchant les mots à son etre,à son essence et....aux notres.écrire une lettre est un exercice d'auto-dévoilement;en cherchant les mots,on se cherche.cette lettre -poème donne à lire une déclaration d'amour,une expression de nostalgie adressées à une destinatrice"inconnue".le poète écrit a une apparition,une femme façonnée à la mesure de sa frustration,une femme calquée sur ses reves.en ce sens,le moment de l'écriture est lui-meme le moment de la création de cette femme.la lettre-poème est un tableau,une esquisse.en écrivant à une inconnue,on écrit à soi-meme.ni lettre,ni tableau,ni esquissee;ce poème est un monologue.
Commentaire sans titre
Posté par Macha le 9/10/2008 à 20:13 - Lien
Comment j'ai trouvé ton blog? Un hasard comme toujours. Je sais que j'ai aimé terriblement tes mots comme j'aime terriblement la poésie Reverdienne et je sais que j'ai aimé tes terribles mots parce qu'ils nous touchent au plus profond de nous-même. Je reviendrais. Merci de me suivre aussi sur mon petit blog qui n'en vaut pas la peine ^^
Commentaire sans titre
Posté par Anonymous le 15/10/2008 à 00:26 - Lien
C'est vraiment touchant de lire cette lettre adressée à une femme "inconnue", c'est peut-être vrai l'inexistence de cette femme, mais ce sentiment idéalisé comme un devouement inconditionnel est merveilleux, son expression aussi!
« Précédent :: Suivant »
|