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Lettre à une demoiselle inconnue

Posté le 1/10/2008 à 16:38 - poster un commentaire

 

 

J'ai tout aimé en toi

Tes yeux doux Tes cheveux moux

Ton cou Tes joues Ton corps

Ton âme

Car j'en ai assez de porter toujours mon âme

J'ai tout aimé en toi

Ton harmonie avec le vent qui apporte la vie

La vie en harmonie avec le vent contre les blâmes

Le désir de tout fuir vers le repos total

Le repos de l'enfant qui dort

avant que ne vienne la mort

avant que les ennuis ne s'étalent

J'ai tout aimé en toi

Ta façon de parler Tes rêves affairés

Ta peur de l'immédiat Tes mots aérés

Ta joie Tes pleurs Ton petit monde

J'ai tout aimé en toi

Ta façon d'aimer Ton présent Ton passé

Ta première ta dernière lancée

Ta chaleur Ton froid

J'ai tout aimé en toi

Tes souvents Tes parfois Tes presque pas toujours

Ton amour Et même

ce que je ne comprenais pas

J'ai tout aimé en toi

L'eau tranquille coulant vers la ville

Son bonheur

Car ce n'est pas de ma faute si les nuits de ce pays

me font peur

Et j'ai peur aussi

de ce lit abandonné où tu me renvoies Ce désert

Enfin j'ai peur que tu m'abandonnes

Notre demeure n'est pas ici Elle est ailleurs

Cela me fait rêver encore

J'ai hâte de t'embrasser dans un endroit

où le soleil tue les questions Comme on dit

A un certain moment

Il n'est pas de demeure où le repos soit possible

Quelle dérisoire maison de briques

meublée de souvenirs livides

Le bonheur

Je l'ai moi Je te cherche dans la fuite

J'ai tout aimé en toi mais chercher ou ne pas chercher

Je crois que ça m'est égal

Non Non

Là-bas on trouvera l'oubli colossal

Préparons tout donc

si vraiment cela en vaut la peine

L'heure est grande La vie cruelle Nous partirons

Quelle dure face est la mienne

J'ai trop peiné et il fallait de l'argent pour quitter ces arbres

sans horizon

Que l'autre monde fasse la liberté UN SOUHAIT Cette prison

est immonde

J'ai lu dans un journal DATE IMPRECISE

qu'elle mange jusqu'aux âmes

qu'elle fait des têtes des devinettes des recettes

des femmes infâmes

J'ai lu dans un journal PAROLES INDECISES

qu'il y a des contraintes des feintes obligatoires

des voix noires des voies paradoxales


rien que des mots

Posté par Aragon le 2/10/2008 à 22:42 - Lien

La lettre a toujours été l'expression d'une frustration,d'un manque.communiquer en adoptant un style épistolaire permet d'avoir plus de liberté,de marge sans pour autant baisser les yeux car celui avec qui on communique n'est pas en face de nous pour qu'il nous intimide et resreigne notre libre cours.en ce sens,la lettre serait l'espace de tout ce que la présence de l'autre gene et camoufle.la solitude est chose essentielle à l'écriture vraie.on se vide sans mettre notre timidité en jeu.sur le blanc de la page,on écrit à cet autre ce qu'on aurait dit par les yeux et rien que par les yeux en sa présence.l'absence de l'autre nous permet de le voir et de le sentir mieux.par son absence,l'etre cher devient plus présent.son paraitre se gomme de notre mémoire et on glisse en cherchant les mots à son etre,à son essence et....aux notres.écrire une lettre est un exercice d'auto-dévoilement;en cherchant les mots,on se cherche.cette lettre -poème donne à lire une déclaration d'amour,une expression de nostalgie adressées à une destinatrice"inconnue".le poète écrit a une apparition,une femme façonnée à la mesure de sa frustration,une femme calquée sur ses reves.en ce sens,le moment de l'écriture est lui-meme le moment de la création de cette femme.la lettre-poème est un tableau,une esquisse.en écrivant à une inconnue,on écrit à soi-meme.ni lettre,ni tableau,ni esquissee;ce poème est un monologue.

Commentaire sans titre

Posté par Macha le 9/10/2008 à 20:13 - Lien

Comment j'ai trouvé ton blog? Un hasard comme toujours. Je sais que j'ai aimé terriblement tes mots comme j'aime terriblement la poésie Reverdienne et je sais que j'ai aimé tes terribles mots parce qu'ils nous touchent au plus profond de nous-même. Je reviendrais. Merci de me suivre aussi sur mon petit blog qui n'en vaut pas la peine ^^

Commentaire sans titre

Posté par Anonymous le 15/10/2008 à 00:26 - Lien

C'est vraiment touchant de lire cette lettre adressée à une femme "inconnue", c'est peut-être vrai l'inexistence de cette femme, mais ce sentiment idéalisé comme un devouement inconditionnel est merveilleux, son expression aussi!

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