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Esprit Chrétien Romain

18/5/2008 - Le Chant Grégorien: le Chant de l'Esprit

               Le Chant Sacré Grégorien à travers  " Spiritus Domini" et "Veni Sancte Spiritus "

 

 

                                                  Temps de la Pentecôte

 

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  • Le chant grégorien, auquel appartiennent « Spiritus Domini » et « Veni Sancté Spiritus », est le chant liturgique officiel de l'Église catholique romaine. Ses racine se perdent probablement dans la tradition juive et probablement plus ancienne encore… il s’est répandu en Occident depuis plus de 1000 ans, il reste pratiqué régulièrement dans certaines églises et communautés religieuses, spécialement dans les cérémonies plus solennelles de la liturgie du rite romain, appelé maintenant extraordinaire.
  • Indépendamment de la liturgie, le chant grégorien est aujourd'hui apprécié pour sa qualité esthétique. C'est un genre musical qui appelle au calme, au recueillement, à la contemplation intérieure. Le chant grégorien a été qualifié de « Yoga musical de l'occident ».

Le chant grégorien est un chant sacré,  généralement anonyme, symbole probablement de sa fonction alchimique, habituellement interprété par un chœur ou par un soliste appelé "chantre". Il est destiné à soutenir le texte liturgique en latin.

  • Le mot chantre se retrouve au début des psaumes et  certains remontent à l’Egypte.
  • Il se chante normalement a cappella, c'est-à-dire, sans accompagnement instrumental, ce qui symbolise aussi la construction du temple qui se fit sans entendre le moindre bruit ou instrument ...
  • Il s'agit d’un chant monodique — c'est-à-dire, une musique excluant les simultanéités sonores : toutes les voix qui l'exécutent chantent donc « à l'unisson ». il est donc aussi symboliquement l’expression du monothéisme et de l’unité retrouvée par l’Esprit Saint.
  • C'est une musique récitative, comme beaucoup de musique traditionnelle, qui prend son origine dans le texte. Elle favorise l'intériorisation et la conscience des paroles chantées[]. Le chant grégorien n'est pas cadencé, mais il est entièrement rythmé, comme la respiration, qui varie suivant les émotions. Son rythme est effectivement très varié, par opposition à la cadence régulière, telle que nous la pratiquons aujourd’hui, qui est beaucoup plus matérielle pour ne pas dire charnelle. Le rythme est une question complexe dans le chant grégorien. Il découle des paroles et de la musique, en superposant les deux logiques : souffle et esprit. Dans les passages psalmodiques ou syllabiques, le rythme vient principalement des paroles ; dans d’autres passages c'est la mélodie qui devient prépondérante. Ces deux composantes sont toujours présentes. Elles ont une très grande importance spirituelle. Elle influence l’esprit par le souffle et la syllabe émise, un peu dans une logique similaire au yoga bien que plus élaborée. N’oublions pas que la racine latine du mot esprit est souffle.  On ne peut s’empêcher de penser que le fidèle face à la Divinité, ne sais pas encore lire ou écrire, il ne sait qu’épeler comme il sera dit plus loin dans la conclusion. Que le chant grégorien, dans sa symbolique, soit inspiré de la chute du Langage primordial symbolique dans les langues de Babel, est une hypothèse intéressante et pas dénuée d’intérêt. Le latin symbolise alors le langage primordial perdu que l’on ne sait plus parler mais qu’épeler, prononcer et traduire…

Pour rappel le concile Vatican II a proclamé que

«  Le chant grégorien est le chant propre de la liturgie romaine… »

 En dépit des prescriptions claires du concile Vatican II sur l'usage du chant grégorien, il faut se rendre à l’évidence qu’il n'est aujourd'hui repris que rarement dans les célébrations dominicales paroissiales des diocèses.

Par contre le chant grégorien est toujours très largement utilisé dans le cadre de la liturgie monastique catholique de tradition bénédictine.

Dans l'Occident chrétien, le chant grégorien est pratiquement le seul genre de musique qui puisse faire état d'une pratique continue depuis plus de mille ans et probablement plus encore, comme le supposent de nombreux auteurs. Les chants grégoriens sont les seuls à avoir été officiellement promulgués par l'Église Romaine, et cette primauté a été confirmée. Donc le chant grégorien est reconnu officiellement comme musique sacrée

C'est donc une mauvaise compréhension de la situation historique réelle qui associe le chant grégorien à une pratique liturgique dépassée.

Mais après cette introduction sur le chant grégorien, revenons sur l’antienne SPIRITUS DOMINI et le vocabulaire un peu particulier qui l’accompagne, mais qui n’est pas dénué d’intérêt.

  • Et la première question qu’est ce qu’une antienne ? 
  • Une antienne ( du grec antiphonê, signifiant "qui répond à") est le refrain, souvent bref et de préférence chanté, avant et après un psaume (ou plus rarement, entre les strophes d'un hymne). Musicalement, l'antienne est l'ancêtre du refrain. On ne peut s’empêcher de penser à la tradition et au contenu populaire des chants d’autrefois, dans la signification qui signifie « qui répond à »
  • La tonalité musicale de l'antienne est imposée par celle du Psaume. Musicalement, l'antienne met le chœur dans l'ambiance surtout tonale du psaume (quand elle est chantée avant le psaume). Spirituellement, elle constitue un commentaire au texte du psaume, auquel elle donne un éclairage particulier. Généralement, l'antienne est elle-même empruntée au psaume pour indiquer quel aspect, la liturgie veut mettre en lumière. 
  • Les antiennes chantées pendant les offices monastiques sont généralement assez simples et courtes, de style syllabique. Au contraire, les antiennes de la messe sont beaucoup plus ornées, et le psaume associé est réduit à sa plus simple expression, généralement un verset, très rarement plus. Le latin en lui-même n’est donc pas un problème pour la compréhension. Il est simplement un frein à tout débordement, comme l’occasionne souvent la langue parlée.

Dans le cas de SPIRITUS DOMINI il s’agit d’une antienne de messe relevant de ce que l’on appelle dans la Messe « l’INTROIT ».

 L'introït est une pièce de chant grégorien, la première de celles qui composent le propre de la messe. Il faut entendre par le propre de la messe, le thème spirituel que soulèvent les lectures du jour. L’introït  est généralement un texte de  l’ancien  Testament ou  un psaume. La seconde lecture importante étant bien sûr l’Evangile. L’Evangile permet généralement de comprendre l’un des sens caché de la première lecture, dans l’acceptation du sens « je ne suis pas venu abolir la Loi mais l’accomplir » 

  • SPIRITUS DOMINI est extrait du livre de la sagesse chapitre 1 verset 7 
  • Spiritus Domini est une locution latine qui signifie Esprit du Seigneur ou Saint-Esprit.
  • Ici une petite parenthèse : la traduction littérale est : Esprit du Maître de la Maison.
  • La notion d’Esprit Saint représente, dans le christianisme, le sens de l’Univers et de l’Homme. Et quand on regarde l’histoire, l’absence de sens  de l'Univers ne put être conçue, pas même par Voltaire, lui-même, comme il le dit si bien dans sa phrase célèbre. « L’univers m’embarrasse et ne puis concevoir que cette horloge existe et n’est point d’horloger… » 
  • S’agissant de la Pentecôte, voici un rappel bref, de l’interprétation du texte.  A la Pentecôte l'Esprit Saint manifeste sa présence par le don des langues, se manifestant par des langues de feu sur les apôtres, cinquante jours après Pâques et après 10 jours de réclusion. Il renouvelle ainsi, mais en l'inversant, l'événement de Babel (Gn 11). La Tour de Babel c’est l’expression de l'orgueil des hommes qui veulent devenir comme Dieu et construire par leurs seules et uniques forces, c'est-à-dire sans Dieu, un pont vers le ciel. Cet orgueil provoque les divisions dans le monde et dresse les murs de la séparation. Ceci est symbolisé par la multiplicité des langues qui empêcherait au niveau symbolique les hommes de se comprendre.  À cause de l'orgueil, l'homme reconnaît seulement sa propre intelligence, sa propre volonté, sa seule individualité ; de ce fait, il n'est plus capable ni de comprendre le langage des autres, ni d'entendre la voix de Dieu. 
  • Par opposition comme le dit les actes des apôtres : « Tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu » (Ac 2,11) Ce qui revient à dire que l’obstacle de Babel est levé, même si la langue originelle n’est pas retrouvée (1). 
  •  L'Esprit Saint, l'amour divin, comprend et fait comprendre toutes les langues c'est-à-dire symboliquement les choses les plus difficiles à exprimer ; il crée l'unité dans la diversité. Ainsi, dès son premier jour, le message c'est-à-dire l’Evangile parle en toutes les langues, ou s’adresse à tous les archétypes. Il est d'emblée, universelle. Le pont entre le Ciel et la Terre existe bien : c'est la croix, qui est ce pont, et l'empathie absolue (que l’on nomme l’amour du Seigneur) a construit ce pont. La construction de ce pont dépasse les possibilités de la technique. La visée de la tour de Babel devait et doit échouer ; seul l’expression incarnée de Dieu pouvait répondre à pareille visée...
  • Effectivement on ne construit pas sur du sable ! 

La traduction de l’introït est la suivante : 

  •  L’esprit du Seigneur remplit l’Univers. Alléluia ; et lui qui contient tout entend tout ce qui se dit
  • Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient dispersés, que ceux qui le haïssent fuient devant sa face. 
  • A remarquer au niveau de la mélodie : la mélodie exprime à merveille ce souffle impétueux de l'Esprit s'élevant comme un vent violent, nous dit l'Écriture. Elle part mystérieusement du grave, puis monte progressivement en un immense crescendo jusqu'à l'extrême aigu, et y revient une deuxième fois avant de s'apaiser lentement sur les trois derniers alléluias.

 

 En ce qui concerne la Séquence, Veni Sancte Spiritus, qui est le second morceau choisi par la liturgie de la Pentecôte : 

  • Il s’agit de ce que l’on nomme le trope de l’alléluia ou le « trait » qui  est particulier aux lectures du jour. La façon la plus simple de l’expliquer se trouve dans le mot extrapolation ou variation sur le thème. La séquence est  un chant presque indépendant, appelé d’ailleurs pour cette raison aussi prose  (prosa, sequens, sequentia).  

Le VENI SANCTE SPIRITUS, second morceau étudié, est la séquence de la messe de la Pentecôte, il vient donc immédiatement après l’INTROIT SPIRITUS DOMINI. Il est donc une variation sur les versets du livre de la Sagesse qui vient d être livré.

Je vous en donne la traduction :

  • Venez Esprit Saint du ciel, envoyez nous un rayon de votre lumière.
  • Venez, pères des pauvres ; venez auteur des dons ; venez lumière des cœurs.
  • O parfait consolateur, hôte aimable de l’âme, délicieux rafraîchissement.
  • O repos dans le labeur, abri dans les ardeurs brulantes, adoucissement dans la peine.
  • O lumière très heureuse, remplissez jusqu’au plus intime les cœurs de vos fidèles.
  • Sans votre don divin il n’y a rien dans l’homme, non il n’y a rien qui soit bon.
  • Lavez ce qui est souillé, arrosez ce qui est desséché, guérissez ce qui est blessé.
  • Assouplissez notre superbe, réchauffez notre froideur, guidez nos pas égarés.
  • Donnez les sept dons sacrés à vos fidèles, qui se confient en vous.
  • Donnez-leur le mérite de la vertu, l’heureuse issue du salut, les joies éternelles. Ainsi soit-il Alléluia

  • On peut remarquer que par rapport à l’introït l’auteur s’est effectivement un peu « lâché »… Cette antienne est généralement attribuée à Étienne Langton, archevêque de Cantorbery, qui vivait au début du XIIIe siècle. Elle comporte dix strophes, dont les mélodies se répètent deux par deux. Chacune est composée de trois petits vers de sept pieds. Le texte en est très poétique et la mélodie, assez lyrique, elle est inspirée de celle de l'Alléluia, et le met parfaitement en valeur. 
  • Les amateurs de chants grégoriens savent bien que le Chant Grégorien présente un fort intérêt esthétique au-delà de son usage dans le rituel ! Le Chant Grégorien possède une  grande  force d’évocation. Sa ferveur spécifique, c’est  la voix comme instrument parfait, et la parole chantée, comme communion. Il transmet au sens fort le langage musical, qui fait partager des émotions ? 
  • La force magique du chant grégorien est évidente, en raison de l’emphase qu’il porte à la voix.  
  • Et pour conclure. Le latin est indissociable du chant grégorien pour des raisons techniques. Mais pas uniquement !  Le chant grégorien représente dans sa symbolique  la langue originelle perdue à Babel que nous ne savons plus parler, mais seulement répéter ou traduire, symbolisant la marche inverse du processus de Babel. Je pense qu’il faut y voir un inconscient collectif partagé par toute l’espèce humaine. Ce phénomène se retrouve effectivement dans les autres grandes religions où la langue vernaculaire est toujours tenue en méfiance. Je fais allusion à l’arabe littéraire dans lequel est écrit le Coran et qui n’est plus parlé ou l’Hébreu ancien pour l’ancien Testament qui n’est pas, courament parlé. Symboliquement la langue de la transcendance est toujours plus élaborée que la notre, donc nous précède… 
  • Le fidèle épèle pratiquement la parole de Dieu, dans le chant grégorien comme il vient d’être dit, puisque ce dernier est monosyllabique et monodique, donc basé sur la syllabe, ce qui montre bien, que toutes les expressions spirituelles  ont de larges points communs dans la psyché humaine : seuls la bêtise, le pouvoir, la politique ou les intérêts les séparent, comme le soulignent  si bien les versets de la Tour de Babel. Aussi, Seul l’Esprit Saint réunit ce qui est épars, et permet de construire sur des bases solides, comme  le dit cet introït et cette séquence de la messe tridentine de la Pentecôte : Spiritus Domini et Veni Sancte Spiritus. Il conviendrait maintenant d’aborder le Veni Cretor Spiritus qui est probablement à lui seul, le chef d’œuvre grégorien du temps de la Pentecôte, et qui aborde aussi les sept dons de l’Esprit Saint, la Sagesse, le discernement, la connaissance, la force, la piété et l’adoration…Mais ici, c’est une autre réflexion qui commence !    

 François de Mendizabal

 

(1) Le latin n'est pas non plus la "langue primordiale", même s'il en est symboliquement plus proche, parceque antérieur aux langues vernaculaires... Une langue parlée tombe dans le profane, c'est à dire comme le dit l'étymologie, dans le domaine de l'usage quotidien. Au contraire le latin, langue qui n'est plus utilisée au quotidien, est sacré, conformément à l'étymologie du mot sacré qui vient de sacer, qui signifie séparé, à part. Toutes les religions ont la même démarche, sans pour cela expliquer l'inconscient collectif qui les détermine. Tout se passe comme si les langues vernaculaires étaient en train de chuter dans le matérialisme, comme s'est le cas pour le français et encore plus pour l'anglais. Il devient donc impossible d'exprimer convenablement la spiritualité dans les langues modernes qui n'ont plus étymologiquement les mots pour le dire. On ne peut que traduire de façon plus ou moins satisfaisante ce que latin fait de façon admirable. Le passage de la Tour de Babel prend une dimension universelle d'une profondeur et d'une actualité qui mérite d'être noté. 

Qu'est-ce qui gène dans le latin. Probablement un courant politique qui a parfaitement compris ce que je viens de dire, et qui manipule l'opinion, comme à l'accoutumé. En effet le latin exige un effort, ou une humilité qui ne sont plus de mise aujourd'hui. S'adresser à la Transcendance ou recevoir son Inspiration n'est pas une démarche facile, contrairement d'ailleurs aux canons que l'on a essayé de nous insuffler. Toute démarche à renfort de proximité, comme ce fut le cas ces quarante dernières années, n'est qu'un leurre destructeur, et de toute façon ne saurait constituer une méthode! Ancun courant spirituel n'était tombé dans cette ornière, c'est pourtant ce qui est advenu chez nous chrétien. On reconnait maintenant l'arbre à ses fruits.

Oui le latin, même s'il n'est pas la langue de Dieu, est plus proche de ce que l'on pourrait nommer la Langue Primordiale. Ceux qui disent le contraire, manquent de réflexion ou pêchent par un angélisme qui n'est plus de mise, surtout dans la nouvelle morale et le nouveau langage qui se sont mis en place et qui sont destinés à un consumérisme et à un hédonisme, contraire à toute spiritualité...   

François de mendizabal 

 

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9/1/2012 - Online prescriptions

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