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Esprit Chrétien Romain

9/12/2008 - La Republique, le Politique et la Vertu

 

La République, la Politique et la Vertu

 

 

 

Il est clair que la politique a maintenant ses dogmes et ses thèmes de prédilection. Thèmes qui sont motivés, secrètement, par la convoitise et l’ambition, mais qui sont, aussi, encadrés par le politiquement correct. Un "politiquement correct" qui protège la politique de toute critique réelle, mais qui l’enfonce en même temps dans le discrédit. L'hypocrisie et la communication sont devenues les fondamentaux de la stratégie politique.

 

La politique s’est éloignée de la vertu et de l’éthique pour devenir uniquement stratégie de pouvoir individuel et d'enrichissement personnel, sous couvert de collectif. A l’opposé, la pensée  judéo chrétienne, comme la plupart des pensées religieuses, se distingue par ses exigences individuelles de moral et d'éthique. La République, dans ses tous premiers débuts, a fait siennes, ces exigences. Depuis que la République s’est éloignée de ces exigences, elle n’a fait que défaillir, ce qui finira par relativiser le discours athée, qui omet, sous couvert du tout laïcité, de dire que le premier débat, tel qu’il a été mené par les fondateurs de la République Française, se trouve dans la vertu, l’abnégation et dans la recherche du bien publique ! Ce n’est donc pas la laïcité qui est au cœur de la République Française, mais bien une valeur religieuse et plus précisément une valeur judéo chrétienne. Mais voyons un peu ce que disent les textes fondateurs judéo chrétiens sur la politique. En tout premier lieu, revenons sur un discours  de Robespierre. Ce discours est symboliquement au fondement de la République française...

 

La République et la vertu

 

 

 

Rapport du comité de Salut Public du 18 floréal de l’an II, (7 mai 1794)

Robespierre...

 

 

Alors que la crise des valeurs politiques, qui finiront par ébranler la démocratie, est au cœur des débats qui traversent notre société, les textes fondateurs de la République frappent par leur modernité prophétique, la force vitale de leur idéaux, et montrent surtout le côté « fragile » et sans fondement, du paradigme actuel...

 

« ...Le vice et la vertu font le destin de la terre : ce sont les deux génies opposés qui se la disputent. La source de l’un et de l’autre est la passion de l’homme. Selon la direction qui est donnée à ses passions, l’homme s’élève jusqu’aux cieux, où s’enfonce dans des abîmes fangeux. Or le but de toutes les institutions sociales, c’est de les diriger vers la justice qui est à la fois le bonheur public et le bonheur privé... »
« ... Vous vous garderez bien de briser le lien sacré qui unit les hommes à l’Auteur de leur être. Il suffit même que cette opinion ait régné chez un peuple, pour qu’il soit dangereux de la détruire. Car les motifs des devoirs et les bases de la moralité s’étant nécessairement liés à cette idée, l’effacer, c’est démoraliser le peuple. Il en résulte du même principe qu’on ne doit jamais attaquer un culte établi qu’avec prudence et avec certaine délicatesse, de peur qu’un changement subit et violent ne paraisse une atteinte portée à la morale, et une dispense de la probité même. Au reste, celui qui peut remplacer la Divinité dans le système de la vie sociale est à mes yeux un prodige de génie ; celui qui, sans l’avoir remplacée, ne songe qu’à la bannir de l’esprit des hommes, me parait un prodige de stupidité ou de perversité... »

 

Robespierre
Rapport du comité de Salut Public du 18 floréal de l’an II, (7 mai 1794)

 

 

 

Du pouvoir, au discours politique en passant par l’éthique et le religieux juif et chrétien.


Il faut d’abord souligner la partie ténébreuse du pouvoir politique, dans ce qu’il a de plus subtil, et de plus structurel à la psyché humaine. Cette analyse doit tenir compte du paradigme politicien et de ce que l’on peut maintenant hélas appeler le démocratisme. L’intérêt que suscite la politique, doit être analysé dans les profondeurs de  l‘inconscient collectif. C’est la que se trouve le fond de commerce de l’alternance au pouvoir, véritable choux gras au cœur de l’Etat. La méfiance du pouvoir politique à l’égard du religieux est l’indice que la critique la plus pertinente qui pourrait être faite au pouvoir politique se trouve, implicite mais transcendante, dans la morale chrétienne, dans ce que l’on nommait tout simplement la vertu, le bien et le mal comme dans toutes les grandes religions!
Ces critiques, dés Samuel, les Juges et ensuite le Christ, furent implacables, et leur analyse ne contredit pas maintenant, bien au contraire, la psychanalyse et la sociologie la plus fine. Les politiciens ne sont plus les Pharisiens de l'Ancien Testament, mais carrément les Marchands du Temple!

 

En politique, il est  clair que l’on attend toujours le messie ! Le sauveur qui réparera la faute de son prédécesseur. La première question que l’on devrait se poser, est de savoir si la « faute » est bien celle du prédécesseur. Ne s’agit-il pas plutôt d’une faute collective ? Ce « sauveur », c’est l’homme ou la femme politique qui vient en  position d’ « accusateur »  pour rétablir un monde meilleur... C’est ici que le système politique montre ses limites, et que les Evangiles révèlent aussi toute leur pertinence, comme la venue du Christ chez un peuple qui attend un chef politique, alors qu’il lui est demandé, d’abord, par tous les prophètes, l’accomplissement individuel de la Loi.  

En effet l’accusation des maux d’Israël  se porte sur Rome, malgré l’avertissement des prophètes, qui rejettent la responsabilité des maux d’Israël, sur les juifs eux-mêmes et l’endurcissement de leurs cœurs… Malheur à vous Pharisiens parce que vous êtes des sépulcres blanchis ou malheur à vous pharisiens parce que vous nettoyez l’extérieur de la coupe et que vous oubliez d’en nettoyer l’intérieur. Le problème, c’est que le malheur des pharisiens, c’est aussi le malheur du peuple tout entier !

En dehors de la phrase célèbre de Jésus " rendez à Caesar ce qui est à Caesar et à Dieu ce qui est à Dieu", il y a deux passages de l’Ancien testament, l’un tiré du premier livre de Samuel et l’autre tiré du livre de Jérémie, qui montrent que l’exigence de l’excellence est individuelle, avant d’être collective, et qu’elle relève de la conscience, dans une démarche transcendante d'altérité. Le pouvoir politique ne serait-il pas comme la faute collective expiée, dans le bouc émissaire, une façon de s’en remettre à l’autre pour la recherche du bien commun, pour s’éviter d'avoir à le pratiquer soi-même et d’avoir du même coup, sous la main, un coupable désigné d’avance pour lui reprocher de toute façon l’échec. Mais cet échec inévitable et sûr, est-ce bien l’échec de l’homme politique, pantin de la société,  ou plutôt notre propre échec moral,  échec que de toute façon nous refusons d’assumer !

D’autre part l’intérêt égoiste et matériel que l’autre a de prendre le pouvoir, est ici aussi souligné, comme le désir hégémonique d’appartenir à une nation, autrement que par la vertu... Les « droits » du politicien dénoncés par Samuel n’ont guère vieilli, l’alibi est seulement plus subtil et plus mensonger. Donc point de progrès !

C’est dans ce sens qu’il faut interpréter la réticence de Dieu, devant les juifs qui lui demandent un roi et qui ajoutent, comble de l’ironie « pour faire comme les autres », ceci étant l’expression même de la mimétique dont on sait qu’elle est à l’origine du Bouc Emissaire et qu'elle est la trame invisible du théâtre de nos singeries...

Dimanche des Rameaux, le peuple de Jérusalem acclame et glorifie Jésus, vendredi ce même peuple de Jérusalem va l’insulter, l’humilier et le mettre à mort, et tout cela sur fonds de pouvoir politique, alors qu’il ne s’agit que du pouvoir sur soi-même, socle de toutes les vertus !

Il n'est question dans cet exposé que d’ouvrir une voie à explorer dans une direction, complètement ignorée et frappée d’interdiction par la laïcité, dont personne en France ne peut donner en l’état actuel du discours, une signification précise, si ce n’est dans ce que la laïcité a de plus obscure et de plus Ponce Pilate. Il faut surtout rappeler à l’homme et à la femme politique française que la pensée chrétienne comme beaucoup de pensées religieuses, connaît les racines génériques de la politique et ces racines sont les mêmes  que celles de la détresse humaine. Dans son rapport à la Transcendance et à l'Altérité, dont on sait maintenant que l’on ne pourra pas se passer, un Petit Peuple savait déjà et se disait l’élu de Dieu. Nous sommes globalement en Occident, ses héritiers amnésiques.
Nous comprenons alors pourquoi l’Europe a peur de ses racines religieuses judéo chrétienne, et que le seul mot de judéo chrétien ou de religieux ait chez certains, le même effet que l’eau bénite sur le diable....

 

Malheur à vous, Marchands du Temple, car vous avez fait de la Maison de mon Père, un repère de scélérats! On a compris que le Temple, c'est nous même, la Chose Publique; et que viendra un jour où on n'adorera plus Dieu dans un Temple de Pierres, mais en Parole et en Vérité!  Cette Parole Vraie est à la base du Temple Républicain!

Alors vous allez objeter que les religions ont fait pire: peut-être, mais à chaque époque, son niveau de conscience et de manipulation. Les textes sont là, modernes, immuables et implacables, qui recentrent l'individu, face à sa conscience. Les fondements de l'Ethique Française sont aussi dans les Evangiles. On ferait bien de ne pas l'oublier! 

 

Livre des Juges Chapitre 9 versets 8 à 15

 

 

Les arbres qui veulent un roi

 

Le roi représente, dans ces textes, le seul pouvoir connu de l'époque. Cependant ces textes du Livre des Juges et du 1er Livre de Samuël, sont plein de pertinence pour la République qui oublierait ses principes...

 

Les arbres partirent pour aller oindre un roi et le mettre à leur tête. Ils dirent à l’olivier : Règne sur nous.
Mais l’olivier leur répondit : Renoncerais-je à mon huile, qui m’assure les hommages de Dieu et des hommes, pour aller planer sur les arbres ?
Et les arbres dirent au figuier : Viens, toi, règne sur nous.
Mais le figuier leur répondit : Renoncerais-je à ma douceur et à mon excellent fruit, pour aller planer sur les arbres ?
Et les arbres dirent à la vigne : Viens, toi, règne sur nous.
Mais la vigne leur répondit : Renoncerais-je à mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, pour aller planer sur les arbres ?
Alors tous les arbres dirent au buisson d’épines : Viens, toi, règne sur nous.
Et le buisson d’épines répondit aux arbres : Si c’est de bonne foi que vous voulez m’oindre pour votre roi, venez, réfugiez-vous sous mon ombrage ; sinon, un feu sortira du buisson d’épines, et dévorera les cèdres du Liban.

 

On retrouvera effectivement cette couronne d'épines sur la tête du Christ crucifié, surmonté du panneau "Jesus roi des juifs". La séparation inéluctable du pouvoir politique commence effectivement là, sur la croix...  

 

1er livre de Samuël chapitre 8 versets 4 à 22

 

Les juifs qui veulent un roi

 

Tous les anciens d’Israël s’assemblèrent, et vinrent auprès de Samuel à Rama.
Ils lui dirent : Voici, tu es vieux, et tes fils ne marchent point sur tes traces ; maintenant, établis sur nous un roi pour nous juger, comme il y en a chez toutes les nations.
Samuel vit avec déplaisir qu’ils disaient : Donne-nous un roi pour nous juger. Et Samuel pria l’Éternel.
L’Éternel dit à Samuel : Écoute la voix du peuple dans tout ce qu’il te dira ; car ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux.
Ils agissent à ton égard comme ils ont toujours agi depuis que je les ai fait monter d’Égypte jusqu’à ce jour ; ils m’ont abandonné, pour servir d’autres dieux.
Écoute donc leur voix ; mais donne-leur des avertissements, et fais-leur connaître le droit du roi qui régnera sur eux.
Samuel rapporta toutes les paroles de l’Éternel au peuple qui lui demandait un roi.
Il dit : Voici quel sera le droit du roi qui régnera sur vous. Il prendra vos fils, et il les mettra sur ses chars et parmi ses cavaliers, afin qu’ils courent devant son char ;
il s’en fera des chefs de mille et des chefs de cinquante, et il les emploiera à labourer ses terres, à récolter ses moissons, à fabriquer ses armes de guerre et l’attirail de ses chars.
Il prendra vos filles, pour en faire des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères.
Il prendra la meilleure partie de vos champs, de vos vignes et de vos oliviers, et la donnera à ses serviteurs.
Il prendra la dîme du produit de vos semences et de vos vignes, et la donnera à ses serviteurs.
Il prendra vos serviteurs et vos servantes, vos meilleurs boeufs et vos ânes, et s’en servira pour ses travaux.
Il prendra la dîme de vos troupeaux, et vous-mêmes serez ses esclaves.
Et alors vous crierez contre votre roi que vous vous serez choisi, mais l’Éternel ne vous exaucera point.
Le peuple refusa d’écouter la voix de Samuel. Non ! dirent-ils, mais il y aura un roi sur nous,
et nous aussi nous serons comme toutes les nations ; notre roi nous jurera il marchera à notre tête et conduira nos guerres.
Samuel, après avoir entendu toutes les paroles du peuple, les redit aux oreilles de l’Éternel.
Et l’Éternel dit à Samuel : Écoute leur voix, et établis un roi sur eux.  

 

François de Mendizabal

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