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Esprit Chrétien Romain

9/12/2008 - La Republique, le Politique et la Vertu

 

La République, la Politique et la Vertu

 

 

 

Il est clair que la politique a maintenant ses dogmes et ses thèmes de prédilection. Thèmes qui sont motivés, secrètement, par la convoitise et l’ambition, mais qui sont, aussi, encadrés par le politiquement correct. Un "politiquement correct" qui protège la politique de toute critique réelle, mais qui l’enfonce en même temps dans le discrédit. L'hypocrisie et la communication sont devenues les fondamentaux de la stratégie politique.

 

La politique s’est éloignée de la vertu et de l’éthique pour devenir uniquement stratégie de pouvoir individuel et d'enrichissement personnel, sous couvert de collectif. A l’opposé, la pensée  judéo chrétienne, comme la plupart des pensées religieuses, se distingue par ses exigences individuelles de moral et d'éthique. La République, dans ses tous premiers débuts, a fait siennes, ces exigences. Depuis que la République s’est éloignée de ces exigences, elle n’a fait que défaillir, ce qui finira par relativiser le discours athée, qui omet, sous couvert du tout laïcité, de dire que le premier débat, tel qu’il a été mené par les fondateurs de la République Française, se trouve dans la vertu, l’abnégation et dans la recherche du bien publique ! Ce n’est donc pas la laïcité qui est au cœur de la République Française, mais bien une valeur religieuse et plus précisément une valeur judéo chrétienne. Mais voyons un peu ce que disent les textes fondateurs judéo chrétiens sur la politique. En tout premier lieu, revenons sur un discours  de Robespierre. Ce discours est symboliquement au fondement de la République française...

 

La République et la vertu

 

 

 

Rapport du comité de Salut Public du 18 floréal de l’an II, (7 mai 1794)

Robespierre...

 

 

Alors que la crise des valeurs politiques, qui finiront par ébranler la démocratie, est au cœur des débats qui traversent notre société, les textes fondateurs de la République frappent par leur modernité prophétique, la force vitale de leur idéaux, et montrent surtout le côté « fragile » et sans fondement, du paradigme actuel...

 

« ...Le vice et la vertu font le destin de la terre : ce sont les deux génies opposés qui se la disputent. La source de l’un et de l’autre est la passion de l’homme. Selon la direction qui est donnée à ses passions, l’homme s’élève jusqu’aux cieux, où s’enfonce dans des abîmes fangeux. Or le but de toutes les institutions sociales, c’est de les diriger vers la justice qui est à la fois le bonheur public et le bonheur privé... »
« ... Vous vous garderez bien de briser le lien sacré qui unit les hommes à l’Auteur de leur être. Il suffit même que cette opinion ait régné chez un peuple, pour qu’il soit dangereux de la détruire. Car les motifs des devoirs et les bases de la moralité s’étant nécessairement liés à cette idée, l’effacer, c’est démoraliser le peuple. Il en résulte du même principe qu’on ne doit jamais attaquer un culte établi qu’avec prudence et avec certaine délicatesse, de peur qu’un changement subit et violent ne paraisse une atteinte portée à la morale, et une dispense de la probité même. Au reste, celui qui peut remplacer la Divinité dans le système de la vie sociale est à mes yeux un prodige de génie ; celui qui, sans l’avoir remplacée, ne songe qu’à la bannir de l’esprit des hommes, me parait un prodige de stupidité ou de perversité... »

 

Robespierre
Rapport du comité de Salut Public du 18 floréal de l’an II, (7 mai 1794)

 

 

 

Du pouvoir, au discours politique en passant par l’éthique et le religieux juif et chrétien.


Il faut d’abord souligner la partie ténébreuse du pouvoir politique, dans ce qu’il a de plus subtil, et de plus structurel à la psyché humaine. Cette analyse doit tenir compte du paradigme politicien et de ce que l’on peut maintenant hélas appeler le démocratisme. L’intérêt que suscite la politique, doit être analysé dans les profondeurs de  l‘inconscient collectif. C’est la que se trouve le fond de commerce de l’alternance au pouvoir, véritable choux gras au cœur de l’Etat. La méfiance du pouvoir politique à l’égard du religieux est l’indice que la critique la plus pertinente qui pourrait être faite au pouvoir politique se trouve, implicite mais transcendante, dans la morale chrétienne, dans ce que l’on nommait tout simplement la vertu, le bien et le mal comme dans toutes les grandes religions!
Ces critiques, dés Samuel, les Juges et ensuite le Christ, furent implacables, et leur analyse ne contredit pas maintenant, bien au contraire, la psychanalyse et la sociologie la plus fine. Les politiciens ne sont plus les Pharisiens de l'Ancien Testament, mais carrément les Marchands du Temple!

 

En politique, il est  clair que l’on attend toujours le messie ! Le sauveur qui réparera la faute de son prédécesseur. La première question que l’on devrait se poser, est de savoir si la « faute » est bien celle du prédécesseur. Ne s’agit-il pas plutôt d’une faute collective ? Ce « sauveur », c’est l’homme ou la femme politique qui vient en  position d’ « accusateur »  pour rétablir un monde meilleur... C’est ici que le système politique montre ses limites, et que les Evangiles révèlent aussi toute leur pertinence, comme la venue du Christ chez un peuple qui attend un chef politique, alors qu’il lui est demandé, d’abord, par tous les prophètes, l’accomplissement individuel de la Loi.  

En effet l’accusation des maux d’Israël  se porte sur Rome, malgré l’avertissement des prophètes, qui rejettent la responsabilité des maux d’Israël, sur les juifs eux-mêmes et l’endurcissement de leurs cœurs… Malheur à vous Pharisiens parce que vous êtes des sépulcres blanchis ou malheur à vous pharisiens parce que vous nettoyez l’extérieur de la coupe et que vous oubliez d’en nettoyer l’intérieur. Le problème, c’est que le malheur des pharisiens, c’est aussi le malheur du peuple tout entier !

En dehors de la phrase célèbre de Jésus " rendez à Caesar ce qui est à Caesar et à Dieu ce qui est à Dieu", il y a deux passages de l’Ancien testament, l’un tiré du premier livre de Samuel et l’autre tiré du livre de Jérémie, qui montrent que l’exigence de l’excellence est individuelle, avant d’être collective, et qu’elle relève de la conscience, dans une démarche transcendante d'altérité. Le pouvoir politique ne serait-il pas comme la faute collective expiée, dans le bouc émissaire, une façon de s’en remettre à l’autre pour la recherche du bien commun, pour s’éviter d'avoir à le pratiquer soi-même et d’avoir du même coup, sous la main, un coupable désigné d’avance pour lui reprocher de toute façon l’échec. Mais cet échec inévitable et sûr, est-ce bien l’échec de l’homme politique, pantin de la société,  ou plutôt notre propre échec moral,  échec que de toute façon nous refusons d’assumer !

D’autre part l’intérêt égoiste et matériel que l’autre a de prendre le pouvoir, est ici aussi souligné, comme le désir hégémonique d’appartenir à une nation, autrement que par la vertu... Les « droits » du politicien dénoncés par Samuel n’ont guère vieilli, l’alibi est seulement plus subtil et plus mensonger. Donc point de progrès !

C’est dans ce sens qu’il faut interpréter la réticence de Dieu, devant les juifs qui lui demandent un roi et qui ajoutent, comble de l’ironie « pour faire comme les autres », ceci étant l’expression même de la mimétique dont on sait qu’elle est à l’origine du Bouc Emissaire et qu'elle est la trame invisible du théâtre de nos singeries...

Dimanche des Rameaux, le peuple de Jérusalem acclame et glorifie Jésus, vendredi ce même peuple de Jérusalem va l’insulter, l’humilier et le mettre à mort, et tout cela sur fonds de pouvoir politique, alors qu’il ne s’agit que du pouvoir sur soi-même, socle de toutes les vertus !

Il n'est question dans cet exposé que d’ouvrir une voie à explorer dans une direction, complètement ignorée et frappée d’interdiction par la laïcité, dont personne en France ne peut donner en l’état actuel du discours, une signification précise, si ce n’est dans ce que la laïcité a de plus obscure et de plus Ponce Pilate. Il faut surtout rappeler à l’homme et à la femme politique française que la pensée chrétienne comme beaucoup de pensées religieuses, connaît les racines génériques de la politique et ces racines sont les mêmes  que celles de la détresse humaine. Dans son rapport à la Transcendance et à l'Altérité, dont on sait maintenant que l’on ne pourra pas se passer, un Petit Peuple savait déjà et se disait l’élu de Dieu. Nous sommes globalement en Occident, ses héritiers amnésiques.
Nous comprenons alors pourquoi l’Europe a peur de ses racines religieuses judéo chrétienne, et que le seul mot de judéo chrétien ou de religieux ait chez certains, le même effet que l’eau bénite sur le diable....

 

Malheur à vous, Marchands du Temple, car vous avez fait de la Maison de mon Père, un repère de scélérats! On a compris que le Temple, c'est nous même, la Chose Publique; et que viendra un jour où on n'adorera plus Dieu dans un Temple de Pierres, mais en Parole et en Vérité!  Cette Parole Vraie est à la base du Temple Républicain!

Alors vous allez objeter que les religions ont fait pire: peut-être, mais à chaque époque, son niveau de conscience et de manipulation. Les textes sont là, modernes, immuables et implacables, qui recentrent l'individu, face à sa conscience. Les fondements de l'Ethique Française sont aussi dans les Evangiles. On ferait bien de ne pas l'oublier! 

 

Livre des Juges Chapitre 9 versets 8 à 15

 

 

Les arbres qui veulent un roi

 

Le roi représente, dans ces textes, le seul pouvoir connu de l'époque. Cependant ces textes du Livre des Juges et du 1er Livre de Samuël, sont plein de pertinence pour la République qui oublierait ses principes...

 

Les arbres partirent pour aller oindre un roi et le mettre à leur tête. Ils dirent à l’olivier : Règne sur nous.
Mais l’olivier leur répondit : Renoncerais-je à mon huile, qui m’assure les hommages de Dieu et des hommes, pour aller planer sur les arbres ?
Et les arbres dirent au figuier : Viens, toi, règne sur nous.
Mais le figuier leur répondit : Renoncerais-je à ma douceur et à mon excellent fruit, pour aller planer sur les arbres ?
Et les arbres dirent à la vigne : Viens, toi, règne sur nous.
Mais la vigne leur répondit : Renoncerais-je à mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, pour aller planer sur les arbres ?
Alors tous les arbres dirent au buisson d’épines : Viens, toi, règne sur nous.
Et le buisson d’épines répondit aux arbres : Si c’est de bonne foi que vous voulez m’oindre pour votre roi, venez, réfugiez-vous sous mon ombrage ; sinon, un feu sortira du buisson d’épines, et dévorera les cèdres du Liban.

 

On retrouvera effectivement cette couronne d'épines sur la tête du Christ crucifié, surmonté du panneau "Jesus roi des juifs". La séparation inéluctable du pouvoir politique commence effectivement là, sur la croix...  

 

1er livre de Samuël chapitre 8 versets 4 à 22

 

Les juifs qui veulent un roi

 

Tous les anciens d’Israël s’assemblèrent, et vinrent auprès de Samuel à Rama.
Ils lui dirent : Voici, tu es vieux, et tes fils ne marchent point sur tes traces ; maintenant, établis sur nous un roi pour nous juger, comme il y en a chez toutes les nations.
Samuel vit avec déplaisir qu’ils disaient : Donne-nous un roi pour nous juger. Et Samuel pria l’Éternel.
L’Éternel dit à Samuel : Écoute la voix du peuple dans tout ce qu’il te dira ; car ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux.
Ils agissent à ton égard comme ils ont toujours agi depuis que je les ai fait monter d’Égypte jusqu’à ce jour ; ils m’ont abandonné, pour servir d’autres dieux.
Écoute donc leur voix ; mais donne-leur des avertissements, et fais-leur connaître le droit du roi qui régnera sur eux.
Samuel rapporta toutes les paroles de l’Éternel au peuple qui lui demandait un roi.
Il dit : Voici quel sera le droit du roi qui régnera sur vous. Il prendra vos fils, et il les mettra sur ses chars et parmi ses cavaliers, afin qu’ils courent devant son char ;
il s’en fera des chefs de mille et des chefs de cinquante, et il les emploiera à labourer ses terres, à récolter ses moissons, à fabriquer ses armes de guerre et l’attirail de ses chars.
Il prendra vos filles, pour en faire des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères.
Il prendra la meilleure partie de vos champs, de vos vignes et de vos oliviers, et la donnera à ses serviteurs.
Il prendra la dîme du produit de vos semences et de vos vignes, et la donnera à ses serviteurs.
Il prendra vos serviteurs et vos servantes, vos meilleurs boeufs et vos ânes, et s’en servira pour ses travaux.
Il prendra la dîme de vos troupeaux, et vous-mêmes serez ses esclaves.
Et alors vous crierez contre votre roi que vous vous serez choisi, mais l’Éternel ne vous exaucera point.
Le peuple refusa d’écouter la voix de Samuel. Non ! dirent-ils, mais il y aura un roi sur nous,
et nous aussi nous serons comme toutes les nations ; notre roi nous jurera il marchera à notre tête et conduira nos guerres.
Samuel, après avoir entendu toutes les paroles du peuple, les redit aux oreilles de l’Éternel.
Et l’Éternel dit à Samuel : Écoute leur voix, et établis un roi sur eux.  

 

François de Mendizabal

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18/5/2008 - Le Chant Grégorien: le Chant de l'Esprit

               Le Chant Sacré Grégorien à travers  " Spiritus Domini" et "Veni Sancte Spiritus "

 

 

                                                  Temps de la Pentecôte

 

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  • Le chant grégorien, auquel appartiennent « Spiritus Domini » et « Veni Sancté Spiritus », est le chant liturgique officiel de l'Église catholique romaine. Ses racine se perdent probablement dans la tradition juive et probablement plus ancienne encore… il s’est répandu en Occident depuis plus de 1000 ans, il reste pratiqué régulièrement dans certaines églises et communautés religieuses, spécialement dans les cérémonies plus solennelles de la liturgie du rite romain, appelé maintenant extraordinaire.
  • Indépendamment de la liturgie, le chant grégorien est aujourd'hui apprécié pour sa qualité esthétique. C'est un genre musical qui appelle au calme, au recueillement, à la contemplation intérieure. Le chant grégorien a été qualifié de « Yoga musical de l'occident ».

Le chant grégorien est un chant sacré,  généralement anonyme, symbole probablement de sa fonction alchimique, habituellement interprété par un chœur ou par un soliste appelé "chantre". Il est destiné à soutenir le texte liturgique en latin.

  • Le mot chantre se retrouve au début des psaumes et  certains remontent à l’Egypte.
  • Il se chante normalement a cappella, c'est-à-dire, sans accompagnement instrumental, ce qui symbolise aussi la construction du temple qui se fit sans entendre le moindre bruit ou instrument ...
  • Il s'agit d’un chant monodique — c'est-à-dire, une musique excluant les simultanéités sonores : toutes les voix qui l'exécutent chantent donc « à l'unisson ». il est donc aussi symboliquement l’expression du monothéisme et de l’unité retrouvée par l’Esprit Saint.
  • C'est une musique récitative, comme beaucoup de musique traditionnelle, qui prend son origine dans le texte. Elle favorise l'intériorisation et la conscience des paroles chantées[]. Le chant grégorien n'est pas cadencé, mais il est entièrement rythmé, comme la respiration, qui varie suivant les émotions. Son rythme est effectivement très varié, par opposition à la cadence régulière, telle que nous la pratiquons aujourd’hui, qui est beaucoup plus matérielle pour ne pas dire charnelle. Le rythme est une question complexe dans le chant grégorien. Il découle des paroles et de la musique, en superposant les deux logiques : souffle et esprit. Dans les passages psalmodiques ou syllabiques, le rythme vient principalement des paroles ; dans d’autres passages c'est la mélodie qui devient prépondérante. Ces deux composantes sont toujours présentes. Elles ont une très grande importance spirituelle. Elle influence l’esprit par le souffle et la syllabe émise, un peu dans une logique similaire au yoga bien que plus élaborée. N’oublions pas que la racine latine du mot esprit est souffle.  On ne peut s’empêcher de penser que le fidèle face à la Divinité, ne sais pas encore lire ou écrire, il ne sait qu’épeler comme il sera dit plus loin dans la conclusion. Que le chant grégorien, dans sa symbolique, soit inspiré de la chute du Langage primordial symbolique dans les langues de Babel, est une hypothèse intéressante et pas dénuée d’intérêt. Le latin symbolise alors le langage primordial perdu que l’on ne sait plus parler mais qu’épeler, prononcer et traduire…

Pour rappel le concile Vatican II a proclamé que

«  Le chant grégorien est le chant propre de la liturgie romaine… »

 En dépit des prescriptions claires du concile Vatican II sur l'usage du chant grégorien, il faut se rendre à l’évidence qu’il n'est aujourd'hui repris que rarement dans les célébrations dominicales paroissiales des diocèses.

Par contre le chant grégorien est toujours très largement utilisé dans le cadre de la liturgie monastique catholique de tradition bénédictine.

Dans l'Occident chrétien, le chant grégorien est pratiquement le seul genre de musique qui puisse faire état d'une pratique continue depuis plus de mille ans et probablement plus encore, comme le supposent de nombreux auteurs. Les chants grégoriens sont les seuls à avoir été officiellement promulgués par l'Église Romaine, et cette primauté a été confirmée. Donc le chant grégorien est reconnu officiellement comme musique sacrée

C'est donc une mauvaise compréhension de la situation historique réelle qui associe le chant grégorien à une pratique liturgique dépassée.

Mais après cette introduction sur le chant grégorien, revenons sur l’antienne SPIRITUS DOMINI et le vocabulaire un peu particulier qui l’accompagne, mais qui n’est pas dénué d’intérêt.

  • Et la première question qu’est ce qu’une antienne ? 
  • Une antienne ( du grec antiphonê, signifiant "qui répond à") est le refrain, souvent bref et de préférence chanté, avant et après un psaume (ou plus rarement, entre les strophes d'un hymne). Musicalement, l'antienne est l'ancêtre du refrain. On ne peut s’empêcher de penser à la tradition et au contenu populaire des chants d’autrefois, dans la signification qui signifie « qui répond à »
  • La tonalité musicale de l'antienne est imposée par celle du Psaume. Musicalement, l'antienne met le chœur dans l'ambiance surtout tonale du psaume (quand elle est chantée avant le psaume). Spirituellement, elle constitue un commentaire au texte du psaume, auquel elle donne un éclairage particulier. Généralement, l'antienne est elle-même empruntée au psaume pour indiquer quel aspect, la liturgie veut mettre en lumière. 
  • Les antiennes chantées pendant les offices monastiques sont généralement assez simples et courtes, de style syllabique. Au contraire, les antiennes de la messe sont beaucoup plus ornées, et le psaume associé est réduit à sa plus simple expression, généralement un verset, très rarement plus. Le latin en lui-même n’est donc pas un problème pour la compréhension. Il est simplement un frein à tout débordement, comme l’occasionne souvent la langue parlée.

Dans le cas de SPIRITUS DOMINI il s’agit d’une antienne de messe relevant de ce que l’on appelle dans la Messe « l’INTROIT ».

 L'introït est une pièce de chant grégorien, la première de celles qui composent le propre de la messe. Il faut entendre par le propre de la messe, le thème spirituel que soulèvent les lectures du jour. L’introït  est généralement un texte de  l’ancien  Testament ou  un psaume. La seconde lecture importante étant bien sûr l’Evangile. L’Evangile permet généralement de comprendre l’un des sens caché de la première lecture, dans l’acceptation du sens « je ne suis pas venu abolir la Loi mais l’accomplir » 

  • SPIRITUS DOMINI est extrait du livre de la sagesse chapitre 1 verset 7 
  • Spiritus Domini est une locution latine qui signifie Esprit du Seigneur ou Saint-Esprit.
  • Ici une petite parenthèse : la traduction littérale est : Esprit du Maître de la Maison.
  • La notion d’Esprit Saint représente, dans le christianisme, le sens de l’Univers et de l’Homme. Et quand on regarde l’histoire, l’absence de sens  de l'Univers ne put être conçue, pas même par Voltaire, lui-même, comme il le dit si bien dans sa phrase célèbre. « L’univers m’embarrasse et ne puis concevoir que cette horloge existe et n’est point d’horloger… » 
  • S’agissant de la Pentecôte, voici un rappel bref, de l’interprétation du texte.  A la Pentecôte l'Esprit Saint manifeste sa présence par le don des langues, se manifestant par des langues de feu sur les apôtres, cinquante jours après Pâques et après 10 jours de réclusion. Il renouvelle ainsi, mais en l'inversant, l'événement de Babel (Gn 11). La Tour de Babel c’est l’expression de l'orgueil des hommes qui veulent devenir comme Dieu et construire par leurs seules et uniques forces, c'est-à-dire sans Dieu, un pont vers le ciel. Cet orgueil provoque les divisions dans le monde et dresse les murs de la séparation. Ceci est symbolisé par la multiplicité des langues qui empêcherait au niveau symbolique les hommes de se comprendre.  À cause de l'orgueil, l'homme reconnaît seulement sa propre intelligence, sa propre volonté, sa seule individualité ; de ce fait, il n'est plus capable ni de comprendre le langage des autres, ni d'entendre la voix de Dieu. 
  • Par opposition comme le dit les actes des apôtres : « Tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu » (Ac 2,11) Ce qui revient à dire que l’obstacle de Babel est levé, même si la langue originelle n’est pas retrouvée (1). 
  •  L'Esprit Saint, l'amour divin, comprend et fait comprendre toutes les langues c'est-à-dire symboliquement les choses les plus difficiles à exprimer ; il crée l'unité dans la diversité. Ainsi, dès son premier jour, le message c'est-à-dire l’Evangile parle en toutes les langues, ou s’adresse à tous les archétypes. Il est d'emblée, universelle. Le pont entre le Ciel et la Terre existe bien : c'est la croix, qui est ce pont, et l'empathie absolue (que l’on nomme l’amour du Seigneur) a construit ce pont. La construction de ce pont dépasse les possibilités de la technique. La visée de la tour de Babel devait et doit échouer ; seul l’expression incarnée de Dieu pouvait répondre à pareille visée...
  • Effectivement on ne construit pas sur du sable ! 

La traduction de l’introït est la suivante : 

  •  L’esprit du Seigneur remplit l’Univers. Alléluia ; et lui qui contient tout entend tout ce qui se dit
  • Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient dispersés, que ceux qui le haïssent fuient devant sa face. 
  • A remarquer au niveau de la mélodie : la mélodie exprime à merveille ce souffle impétueux de l'Esprit s'élevant comme un vent violent, nous dit l'Écriture. Elle part mystérieusement du grave, puis monte progressivement en un immense crescendo jusqu'à l'extrême aigu, et y revient une deuxième fois avant de s'apaiser lentement sur les trois derniers alléluias.

 

 En ce qui concerne la Séquence, Veni Sancte Spiritus, qui est le second morceau choisi par la liturgie de la Pentecôte : 

  • Il s’agit de ce que l’on nomme le trope de l’alléluia ou le « trait » qui  est particulier aux lectures du jour. La façon la plus simple de l’expliquer se trouve dans le mot extrapolation ou variation sur le thème. La séquence est  un chant presque indépendant, appelé d’ailleurs pour cette raison aussi prose  (prosa, sequens, sequentia).  

Le VENI SANCTE SPIRITUS, second morceau étudié, est la séquence de la messe de la Pentecôte, il vient donc immédiatement après l’INTROIT SPIRITUS DOMINI. Il est donc une variation sur les versets du livre de la Sagesse qui vient d être livré.

Je vous en donne la traduction :

  • Venez Esprit Saint du ciel, envoyez nous un rayon de votre lumière.
  • Venez, pères des pauvres ; venez auteur des dons ; venez lumière des cœurs.
  • O parfait consolateur, hôte aimable de l’âme, délicieux rafraîchissement.
  • O repos dans le labeur, abri dans les ardeurs brulantes, adoucissement dans la peine.
  • O lumière très heureuse, remplissez jusqu’au plus intime les cœurs de vos fidèles.
  • Sans votre don divin il n’y a rien dans l’homme, non il n’y a rien qui soit bon.
  • Lavez ce qui est souillé, arrosez ce qui est desséché, guérissez ce qui est blessé.
  • Assouplissez notre superbe, réchauffez notre froideur, guidez nos pas égarés.
  • Donnez les sept dons sacrés à vos fidèles, qui se confient en vous.
  • Donnez-leur le mérite de la vertu, l’heureuse issue du salut, les joies éternelles. Ainsi soit-il Alléluia

  • On peut remarquer que par rapport à l’introït l’auteur s’est effectivement un peu « lâché »… Cette antienne est généralement attribuée à Étienne Langton, archevêque de Cantorbery, qui vivait au début du XIIIe siècle. Elle comporte dix strophes, dont les mélodies se répètent deux par deux. Chacune est composée de trois petits vers de sept pieds. Le texte en est très poétique et la mélodie, assez lyrique, elle est inspirée de celle de l'Alléluia, et le met parfaitement en valeur. 
  • Les amateurs de chants grégoriens savent bien que le Chant Grégorien présente un fort intérêt esthétique au-delà de son usage dans le rituel ! Le Chant Grégorien possède une  grande  force d’évocation. Sa ferveur spécifique, c’est  la voix comme instrument parfait, et la parole chantée, comme communion. Il transmet au sens fort le langage musical, qui fait partager des émotions ? 
  • La force magique du chant grégorien est évidente, en raison de l’emphase qu’il porte à la voix.  
  • Et pour conclure. Le latin est indissociable du chant grégorien pour des raisons techniques. Mais pas uniquement !  Le chant grégorien représente dans sa symbolique  la langue originelle perdue à Babel que nous ne savons plus parler, mais seulement répéter ou traduire, symbolisant la marche inverse du processus de Babel. Je pense qu’il faut y voir un inconscient collectif partagé par toute l’espèce humaine. Ce phénomène se retrouve effectivement dans les autres grandes religions où la langue vernaculaire est toujours tenue en méfiance. Je fais allusion à l’arabe littéraire dans lequel est écrit le Coran et qui n’est plus parlé ou l’Hébreu ancien pour l’ancien Testament qui n’est pas, courament parlé. Symboliquement la langue de la transcendance est toujours plus élaborée que la notre, donc nous précède… 
  • Le fidèle épèle pratiquement la parole de Dieu, dans le chant grégorien comme il vient d’être dit, puisque ce dernier est monosyllabique et monodique, donc basé sur la syllabe, ce qui montre bien, que toutes les expressions spirituelles  ont de larges points communs dans la psyché humaine : seuls la bêtise, le pouvoir, la politique ou les intérêts les séparent, comme le soulignent  si bien les versets de la Tour de Babel. Aussi, Seul l’Esprit Saint réunit ce qui est épars, et permet de construire sur des bases solides, comme  le dit cet introït et cette séquence de la messe tridentine de la Pentecôte : Spiritus Domini et Veni Sancte Spiritus. Il conviendrait maintenant d’aborder le Veni Cretor Spiritus qui est probablement à lui seul, le chef d’œuvre grégorien du temps de la Pentecôte, et qui aborde aussi les sept dons de l’Esprit Saint, la Sagesse, le discernement, la connaissance, la force, la piété et l’adoration…Mais ici, c’est une autre réflexion qui commence !    

 François de Mendizabal

 

(1) Le latin n'est pas non plus la "langue primordiale", même s'il en est symboliquement plus proche, parceque antérieur aux langues vernaculaires... Une langue parlée tombe dans le profane, c'est à dire comme le dit l'étymologie, dans le domaine de l'usage quotidien. Au contraire le latin, langue qui n'est plus utilisée au quotidien, est sacré, conformément à l'étymologie du mot sacré qui vient de sacer, qui signifie séparé, à part. Toutes les religions ont la même démarche, sans pour cela expliquer l'inconscient collectif qui les détermine. Tout se passe comme si les langues vernaculaires étaient en train de chuter dans le matérialisme, comme s'est le cas pour le français et encore plus pour l'anglais. Il devient donc impossible d'exprimer convenablement la spiritualité dans les langues modernes qui n'ont plus étymologiquement les mots pour le dire. On ne peut que traduire de façon plus ou moins satisfaisante ce que latin fait de façon admirable. Le passage de la Tour de Babel prend une dimension universelle d'une profondeur et d'une actualité qui mérite d'être noté. 

Qu'est-ce qui gène dans le latin. Probablement un courant politique qui a parfaitement compris ce que je viens de dire, et qui manipule l'opinion, comme à l'accoutumé. En effet le latin exige un effort, ou une humilité qui ne sont plus de mise aujourd'hui. S'adresser à la Transcendance ou recevoir son Inspiration n'est pas une démarche facile, contrairement d'ailleurs aux canons que l'on a essayé de nous insuffler. Toute démarche à renfort de proximité, comme ce fut le cas ces quarante dernières années, n'est qu'un leurre destructeur, et de toute façon ne saurait constituer une méthode! Ancun courant spirituel n'était tombé dans cette ornière, c'est pourtant ce qui est advenu chez nous chrétien. On reconnait maintenant l'arbre à ses fruits.

Oui le latin, même s'il n'est pas la langue de Dieu, est plus proche de ce que l'on pourrait nommer la Langue Primordiale. Ceux qui disent le contraire, manquent de réflexion ou pêchent par un angélisme qui n'est plus de mise, surtout dans la nouvelle morale et le nouveau langage qui se sont mis en place et qui sont destinés à un consumérisme et à un hédonisme, contraire à toute spiritualité...   

François de mendizabal 

 

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