22/4/2006 - Exercices d'incroyance
Athée,
j’ai parfois la tentation de la religion. Une religion, n’importe
laquelle pour donner du sens à ma vie. Je résiste mais ce n’est pas
facile, je m’accroche — je crois vous l’avoir déjà dit — à de petits
rituels qui, d’une certaine façon, constituent comme une religion
privée mais ne me confrontent qu’à l’absurde de l’existence. Je ne sais
pas pourquoi je suis sur terre et me demande sans cesse à quoi ma
présence est utile. A quoi elle m’est utile ? Bien sûr il y a un
certain plaisir à vivre, à sentir battre mon cœur, mes muscles
fonctionner, ma tête agiter un bouillonnement d’idées mais cette vie
que j’éprouve au plus profond de moi-même, ne me satisfait jamais
totalement car si elle répond à la question du comment, elle ne répond
jamais à celle du pourquoi. J’ai besoin d’une finalité… La prolongation
de l’espèce ? Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne réponse car la
terre, qui n’a pas besoin de nous, se porterait sans doute mieux sans
les prédateurs que nous sommes. Ne parlons pas de l’Univers qui dans sa
splendide indifférence ne se soucie en rien de notre présence.
J’ai des enfants, quelques petits enfants. Je sais qu’il leur arrivera,
après ma mort, de penser à moi deux ou trois fois par an mais ce
souvenir s’éteindra bien vite et, comme des milliards d’êtres humains
avant moi, tout ce qu’aura représenté l’énergie que je produis à
exister disparaîtra définitivement emportée dans le renouvellement
permanent des matières. J’aurais été et personne n’en saura plus rien.
J’aurais été pour rien puisqu’il n’y a pas de but. Du coup je
me réfugie dans l’absurde, me donne des tâches — comme celle de
m’astreindre à écrire ce blog — dont je sais pertinemment qu’elles
n’importent à personne, que je les poursuis dans la solitude et le
désert, mais qui me donnent une colonne vertébrale intellectuelle.
Comme un travail quelconque — nettoyer les égouts, conduire un train,
écrire des lettres administratives… — qui n’ont de sens que par leur
contrainte, ces obligations que je me fixe n’ont de sens que dans la
contrainte de leur durée. Au fond, les accomplir me permet, un temps de
ne penser à rien, d’essayer simplement d’être : faire deux kilomètres à
la nage ou courir un marathon. Pas d’autre but que le but lui-même, pas
d’insertion métaphysique dans le pur exercice du corps. J’évite ainsi de chercher un Dieu.
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