30/1/2008 - Mal à l'âme
La création se moque de la créature, lui décoche à tout instant des sarcasmes. Tout est indifférent à tout, chaque être, chaque chose vit ou végète par sa propre loi. Que je fasse ceci ou cela, que je vive ou meure, que je souffre ou jouisse, que je dissimule ou sois franc, que j'aime ou déteste, que je crée ou m'engloutisse dans l'indifférence, qu'est-ce que cela fait au soleil, aux fleurs, aux escargots, aux betteraves. Et même aux hommes?
Une branche tombe sur une fourmi et lui casse la troisième patte à la deuxième articulation; un rocher tombe sur un village et l'écrase; un avion s'engloutit dans les flots; un massacre se déroule au Kénya; je ne crois pas qu'aucun de ces malheurs arrache plus de larmes que l'autre aux yeux des étoiles.
L'homme n'est rien pour l'Univers.
Tu es mon meilleur ami, si ce mot signifie vraiment quelque chose; je mourrai demain… Il est bien évident que, si éploré que tu sois, tu ne te passeras pas de dîner ne serait-ce que deux jours et que, malgré cette épouvantable catastrophe, tu n'en continueras pas moins de jouer passionnément aux échecs. La vie poursuit sa route sans se soucier des victimes qu'elle laisse derrière elle. Quel est celui de mes amis, quelle est celle de mes maîtresses qui, dans vingt ans, se souviendra de mes noms et prénoms, rira de mes plaisanteries, qui me reconnaîtrait dans les rues si je venais à y passer vêtu comme un SDF, pantalon crasseux, veste percée au coude? Si l'on se souvient parfois de ceux qui nous ont quittés, ce n'est que par bribes, souvent de façon décousue, parfois même parce que notre compassion renforce notre image dans la société.
L'homme est indifférent à l'homme. Rares celles ou ceux dont la vie, ne serait-ce qu'un moment, s'arrête avec celle d'un autre.
Oubli et néant, c'est tout l'homme.
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