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Fiches de lecture Première ES1 Les Revendications des Lumières Séquence 4 deuxième partie
Voltaire Traité sur la Tolérance
La principale lutte de Voltaire dans le cadre des Lumières ( cf.votre cours d’Histoire) fut un combat incessant contre l’Intolérance : « Ecrasons l’Infâme »était l’adage du philosophe. Pensez à certains chapitres des contes philosophiques où ce sujet ne manque pas d’être abordé, à la harangue de Youssouf Chéribi, dans le « De l’horrible danger de la lecture », ou à la lutte de Voltaire pour la réhabilitation du Calas de l’Affaire du même nom.
La Rhétorique :
Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas l’ironie voltairienne qui domine ici, mais un jeu sur l’énonciation et sur l’opposition des champs lexicaux.
a/ : L’énonciation : Il s’agit d’une Prière, donc d’un discours où c’est l’auteur qui s’exprime et qui s’adresse à un Dieu qu’il tutoie (« c’est à toi...Tu ne nous as point... devant toi »).C’est l’apostrophe à Dieu qui ouvre le texte et c’est le subjonctif qui domine comme il se doit : « que + subjonctif présent, » formule qui scande tout le premier paragraphe, avant d’être reprise au deuxième paragraphe par un « Puisse », forme à la fois plus soutenue, plus solennelle et plus épique du point de vue du registre.
Remarquez aussi les modaux pour montrer l’humilité de l’orant : « s’il est permis...d’oser... »
Les idées philosophiques que traduit cette forme discursive sont simples :
Dieu existe : en effet Voltaire est déiste ou théiste, mais désavoue toutes les religions révélées qui sont sources de combats fratricides (Le XVIIIe est marqué par les luttes entre protestants et catholiques, par l’Inquisition encore vivace dans certains pays européens, par la montée de l’antisémitisme). La formule de Voltaire pour expliquer son déisme est claire : « je ne puis penser que cette horloge [le monde] existe et n’ait point d’horloger [un être suprême]
Dieu est le même pour tous, comme l’indique clairement la gradation ternaire de la première ligne : « Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps ».
Le monde dans lequel nous évoluons n’est ni bon ni mauvais, il nous appartient de le rendre meilleur.
b/ :D’où le jeu des champs lexicaux opposés :
Si Dieu est évoqué avec un vocabulaire mélioratif( « immuable, tout ...»), les hommes sont, tout au long du texte, « rapetissés » progressivement jusqu’à n’être que « poussière » ; au même titre que leur vanité et les valeurs sur lesquelles ils fondent leur vie : « faibles, débiles corps, fardeau d’une vie pénible et passagère... »
L’argumentaire :
C’est à partir de cette énonciation et de ces réseaux d’opposition que l’argumentaire se construit, domaine par domaine, selon le schéma itératif : que + subjonctif... ; (8 occurrences) de la grande période du premier paragraphe
1/que ses erreurs...opposition à faute : (erreur volontaire) l’homme n’est ni bon ni mauvais, il peut faire des fautes mais ne doit pas les refaire.
2/que nous nous aidions....évocation de la faiblesse de l’homme par rapport à l’omnipotence de Dieu
3/que les petites différences... thématique de l’Humanisme vs l’Intolérance
4/que toutes ces petites... : l’Homme n’est rien (atome) par rapport à l’Eternel
5/que ceux...que ceux... qu’il... que ceux...: évocation des rites religieux. Argument (4 occurrences) le plus largement développé dans le texte. Voltaire dénonce surtout ici l’intolérance religieuse et la vanité des richesses matérielles.
C’est encore, au sein de cette organisation lexico-rhétorique, les périphrases et les métonymies, seules traces peut-être ici de la fameuse ironie voltairienne. Citons par exemple : « l’habit rouge ou violet » pour évoquer les cardinaux et les évêques catholiques, « les atomes appelés hommes ».
Le dessin en creux de la société du XVIII et un certain optimisme :
Nous sommes imparfaits (remarquez au passage l’alternance des personnes, troisième et première du pluriel pour renvoyer à l’humanité dans le texte, d’abord « les hommes » puis un « nous » dans lequel Voltaire s’implique en tant que philosophe pratique), nous sommes imparfaits, mais nous nous améliorons depuis que nous nous sommes constitués en société (cf. la querelle sur la nature humaine avec Rousseau)
Nos « langages sont insuffisants » mais ils peuvent permettre de nous comprendre, nos «lois sont imparfaites », et s’opposent aux lois « immuables » de Dieu, mais elles peuvent s’améliorer avec la connaissance. Nous avons « cœurs » et « mains » :l’essentiel est que nous les possédions, et non que nous en fassions mauvais usage quelquefois, car, bientôt, dans la société que Voltaire appelle de tous ses vœux, nous les utiliserons pour nous aimer, nous aider, construire ensemble. : « le fruit du travail, l’industrie paisible et la paix » du deuxième paragraphe.
Dans ce second paragraphe, changement de forme tout en conservant le subjonctif, mode du souhait, et c’est le credo de Voltaire. Horreur de la tyrannie : liberté ; idéal de travail, de commerce et d’industrie, dénonciation de la guerre, c’est en quelques lignes le résumé des combats de Lumières pour l’avènement d’une société où le bonheur sur terre sera enfin possible.
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