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9/5/2008 - Diderot Fiche de lecture Autorité politique

Diderot Autorité politique

 

Denis Diderot est peut-être le philosophe qui incarne le mieux le siècle des Lumières : il est le « rédacteur en chef » avec d’Alembert  de l’immense projet de l’Encyclopédie qui avait pour objectif de faire la somme de toutes les connaissances humaines. Il est matérialiste (tout est matière y compris ce que les croyants appellent âme) et en ce sens s’interrogera sur les perceptions et la cognition (Lettres sur les Aveugles), ce qui en fait un psychologue avant la lettre. Il dénonce la condition féminine et les abus de la religion dans La Religieuse. Il s’interroge sur l’Art (Le Neveu de Rameau) et propose une esthétique théâtrale nouvelle ainsi qu’une interrogation sur la construction du personnage chez le comédien.

Il sera de tous les combats en matière de politique et luttera comme ses collègues contre l’esclavage, l’idée de culture supérieure justifiant la colonisation.

 Le texte Autorité politique est un article de sa main figurant dans l’Encyclopédie.

 

La première remarque que nous pouvons faire est que l’article que nous avons sous les yeux n’est pas explicatif ou informatif comme le sont les articles des Encyclopédies modernes, mais qu’il est argumentatif.

 

Chaque paragraphe correspond nettement à un palier de l’argumentation

 

Premier paragraphe :

L’hypothèse de départ, que l’on retrouvera pratiquement telle quelle dans les premiers articles de la claration des Droits de l’Homme et du citoyen, est celle de la liberté fondamentale et inaliénable de l’Homme

«  Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du ciel. »

L’autorité est donc sociale et la liberté est la loi naturelle qui régit toute espèce.

Immédiatement après avoir posé ce postulat initial, Diderot, émet une seule restriction à ce principe : un homme n’est libre que lorsqu’il a la raison.  Donc, un enfant jusqu’à 7 ans peut être placé sous la tutelle paternelle. Nous savons que les philosophes des Lumières étaient très préoccupés par les questions d’éducation des enfants, qu’ils prônent la toute puissance de la Raison ; c’est ainsi que Diderot reconnaît pour un temps et dans un but d’apprentissage, de protection et de conquête de l’autonomie l’autorité paternelle. Il ne parle pas d’autorité maternelle (je vous laisse juge de cette omission). La « puissance paternelle » est à la fois « naturelle » (cf. La loi du plus fort)  et nous pouvons la considérer comme sociale dans la mesure où elle fait partie intégrante du projet de société bourgeoise chez Diderot ( cf. Le père de famille (théâtre) et le cours d’histoire sur les fondements de la société bourgeoise du XIXe)

Mis à part cette autorité « provisoire » : «  mais la puissance paternelle a ses bornes, et dans l’état de nature, elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. », il n’est pas d’autre autorité que :

- celle issue de la force

- celle issue du consentement des assujettis.

L’appel à la responsabilité de chacun dans un régime tyrannique est donc claire ; l’enjeu du texte se dessine à partir de cette idée que, pour qu’il y ait aliénation, il faut non seulement une autorité aliénante mais aussi l’acceptation de cette autorité par les opprimés. Il n’est pas difficile de transposer à l’Ancien Régime, à la monarchie absolue de droit divin.

 

Deuxième paragraphe :

L’argumentation déductive se poursuit. Toute tyrannie, autorité acquise par la violence est illégitime, selon les principes énoncés ci-dessus La tyrannie ne dure donc que le temps qu’elle peut faire régner la violence. Mais dès que les opprimés redeviennent les plus forts, le tyran est renversé par le même principe qu’il a régné : «  la loi du plus fort ». Nous sommes face à une loi animale, excluant les lois sociales.

 

Troisième paragraphe :

L’argumentation déductive se poursuit et cible davantage la société d’Ancien Régime. Reprenant l’idée qu’un tyran ne peut régner longtemps que du fait de l’acceptation de leur aliénation par le peuple, Diderot, en bon logicien, applique son raisonnement au prince ( le Roi) qui n’est autre qu’un tyran que ses sujets, par habitude, par lâcheté ou encore par ignorance laissent régner, laissent exercer sur eux une autorité illégitime. Si le Roi règne au XVIIIe siècle, c’est «  du consentement exprès » de ses sujets qui ont oublié qu’il était un tyran auquel ils ont aliéné leur liberté naturelle.

 

Quatrième paragraphe

Dans la mesure où pour un être humain il ne peut y avoir aliénation de sa liberté, tous ses rapports avec les autres hommes sont le fait de contrats. Pour lier le pouvoir et les sujets, il doit y avoir contrat : des lois ( « usage légitime »), des progrès sociaux pour chacun des contractants ( « utile à la société, avantageux à la république »)

Quand le contrat est désavantageux et qu’il exige le sacrifice total des sujets, alors il est illégitime. Seul Dieu (rappelez-vous que le monarque à l’époque de Diderot est « de droit divin »)peut disposer de la vie d’un Homme, pas un Prince.

 

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