Diderot : Supplément au voyage de Bougainville
Le texte s’organise selon trois paragraphes qui correspondent chacun à une phase de l’argumentation :
1er§ : paragraphe narratif rappelant le contexte. Les colons sont sur le départ, les Tahitiens sont tristes de les voir partir. Toutes les caractéristiques de la situation initiale du texte narratif. Les imparfaits de durée et d’habitude( accouraient, serraient...).
L’arrivée du vieillard( premier P.S.) correspond à l’élément perturbateur : «laissa tomber, s’avança »
2e§ : Le vieux tahitien s’adresse à son peuple : Le discours est injonctif : « pleurez » et marque donc son autorité. Nous sommes dans une société où le vieillard est écouté. Il commence par faire le blâme de l’attitude des colons qui ont tout fait pour asservir les Tahitiens et leur imposer leur propre mode de vie. Les colons ne manqueront pas de revenir : l’arme à la main. Noter la métonymie « le fer » : pour parler de la guerre. Le vocabulaire du Vieillard est emprunté à la tragédie : « malheureux ». Le ton est solennel (les apostrophes « O Tahitiens... » Le vieillard incarne le Destin des sociétés primitives au XVIIIe, des futures colonies européennes. La voix du vieillard se veut prophétique et le registre du texte est donc épique.
3°§ : Le vieillard s’adresse alors à Bougainville et à ses hommes : pour faire l’éloge du mode de
vie des Tahitiens (cf. Le mythe du bon sauvage).Termes péjoratifs pour parler des colons ( brigands...) et mélioratifs pour désigner les Tahitiens.
Définition du Bon Sauvage : Il « suit son instinct de la nature » Il est donc « innocent » aux deux sens du terme et « heureux ».
La civilisation n’apporte que le vice :
- l’idée de propriété : (Tout est à tous) est étrangère aux sociétés primitives. Voir à ce propos le Discours sur l’origine de l’inégalité de Rousseau. Le Vieillard prend l’exemple des femmes qui deviennent propriétés d’un homme. L’idée de couple encourage donc la jalousie, la violence et l’inégalité.
- L’homme qui suit son instinct est « libre » : il ne se crée pas de faux besoins et n’a aucune ambition particulière.
Il ne désire pas posséder, donc il n’est pas un conquérant : voilà pourquoi il a accueilli sans se battre les colons. Ce sont les colons qui corrompu par la civilisation, ont revendiqué la propriété de Tahiti.
- A la suite de cette prise de position « rousseauiste », le vieillard va raisonner par l’Absurde en proposant une inversion des rôles à Bougainville ; que dirait-il si les Tahitiens envahissaient l’Europe et s’en proclamaient les propriétaires ?
-Il va ensuite montrer que l’attitude accueillante des Tahitiens est la preuve d’une véritable civilisation. Les civilisés ne sont donc pas ceux que l’on croit ;
-Enfin, le vieillard démontre, à partir de la ligne 45, que le vrai bonheur et le véritable épanouissement de l’homme se trouve dans l’adaptation à son milieu, dans la satisfaction des vrais besoins et non des besoins factices qui sont l’apanage de la société.
Le discours du vieillard se termine sur une injonction exprimant son désespoir : « Malheur à cette île !... » Le locuteur craint que son intervention soit inutile et qu’il soit déjà trop tard pour convaincre ses compatriotes de revenir à l’état de nature. Le réquisitoire se finit sur une note très sombre qui accentue encore le registre pathétique du texte.