
Les amplis ouvrent le début du concert par les premières notes énergiques de Peut-être toi. Mylène n’apparaît pas tout de suite. Une « capsule » transparente s’illumine alors du plafond de la salle, au niveau du milieu de la scène centrale. Les téléphones portables, visibles un peu partout dans la fosse par leur petit écran bleu, prennent en photo l'icône (nos photos du concert sont ratées, tant pis on attendra les officielles !). Alors que la capsule descend, nous commençons à distinguer Mylène allongée à l’intérieur les yeux fermés et les cheveux courts faussement ébouriffés. Une fois à terre, des porteurs soulèvent le « sarcophage », dirons certains, une passerelle descend entre la scène centrale et la scène principale et Mylène y est emmenée. La capsule se relève ensuite à la verticale et la star ouvre les yeux comme après des années de cryogénisation. La chanson Peut-être toi que tout le monde attendait en ouverture tient pleinement ses promesses. Les tensions se relâchent, Bercy est debout et danse, Mylène, magnifiquement vêtue de broderies dorées et d’une cape frangée, sourit et joue avec le public, ce qu’elle n’arrêtera pas de faire durant tout le concert. Elle est lumineuse, jamais nous ne l’avions vu aussi heureuse et épanouie. S’enchaînent ensuite quatre chansons sans chorégraphie dont XXL, Dans les rues de Londres, California et Porno Graphique. Mylène renoue avec son public et déambule en sillonnant la scène principale. Des danseurs espagnols assurent la transition pour permettre à la chanteuse de changer de tenue. Et c’est mutine, en chapeau haut de forme et robe aux allures de plumes d’autruche, qu’elle revient entonner Sans Contrefaçon, QI et C’est une belle journée. Pour la petite anecdote, sur QI, Mylène attrape une petite peluche Marsupilami et continue sa chorégraphie avec ; le public sourit, Mylène s’amuse et ramasse même discrètement un petit mot lancé par un fan qu’elle cache subrepticement dans son décolleté ! Mylène est à l’écoute de son public, elle le laisse chanter et demande à sentir sa présence. Malgré l’énormité du show, la connivence entre la star et son public est palpable à chaque instant. Mylène démarre ensuite une série de chansons plus douces en faisant une arrivée aérienne remarquée sur un « lustre » géant qui nous survole et se pose sur la scène centrale, toute proche. Ange parle-moi, Redonne-moi, Rêver, L’autre, toutes sont sobrement interprétées en piano-voix. L’interprétation est parfaite, Mylène a peaufiné son apparence, elle porte des cuissardes et une veste-robe mauve impeccablement taillée, mais sa voix aussi est largement à la hauteur (ce qui n’a pas toujours été le cas en 96 et 99). La chanson L’autre est un grand moment durant lequel Mylène semble plus émue par ses paroles et très investie. Le public ressent cela et n’en est que plus à l’écoute. Désenchantée, toujours sur la scène centrale et face au public du fond de Bercy, rompt avec la langueur des morceaux précédents. Dans une version survoltée, qui reprend la chorégraphie de 1996, elle redonne au public une occasion de chanter en choeur et de rester debout durant plus d’une dizaine de minutes après plusieurs rappels. Un autre décor et une autre ambiance reprennent sur la scène principale où Mylène apparaît cette fois tout de noir, nuisette en dentelle, mini short, petit haut et bottes simili cuir. Nobody Knows, Je t’aime mélancolie, L’amour n’est rien, nous replonge ainsi dans des chansons aux paroles plus subversives. Avec Déshabillez-moi, Mylène joue toujours plus de sa sensualité (comme ce fût le cas, mais différemment en 1989) et le public conquis en redemande, puis sans la présence de Seal, elle interprète avec son batteur, Abraham Laboriel Jr, Les Mots. Le titre phare du dernier album, Fuck them all, marque alors la proche fin du concert. Tous les danseurs sont réunis sur scène, les hommes usent de machisme avec leur chemise noire déboutonnée, les femmes se font geishas aux manches démesurées. Mylène parcoure les deux scènes et retrouve une dernière fois tout son public. Elle quitte la scène principale, qui ne se rallume que pour une dernière chanson : Avant que l’ombre. Sur ce titre, le final est éblouissant. Mylène en kimono rouge orangé se trouve derrière un fin « mur » d’eau qui projette son image en gros plan. Le rideau s’ouvre, elle s’avance devant son public. L’eau forme ensuite à plusieurs reprises le mot « passé » (en même temps que les paroles de la chanson) et la silhouette de la chanteuse par un procédé technique incroyable. Sur les dernières notes, Mylène quitte la scène en gravissant un escalier interminable où elle abandonne sa tenue pour n’être plus vêtue que d’une fine tenue dorés. Son ascension terminée, elle surplombe de profil son public alors que la porte se referme pour la laisser disparaître. Avant que l’ombre, je sais que j’ai, que nous avons tous aimé…






Réalisation : Laurent Boutonnat Année : 1987 Durée : 8'43 mn Acteurs : Mylène FARMER, Frédéric LAGACHE et la participation exceptionnelle de "ZOUC".

Introduction
Alors que son premier album met tout particulièrement sa féminité en avant, le premier single extrait du second opus, implique une ambiguïté tant sur le plan sexuel que physique. Tourné en décembre 1987 dans La Hague, non loin de Cherbourg, le tandem FARMER/BOUTONNAT utilise un cirque ambulant et glauque sur une plage triste pour illustrer le tube. Ce clip n'est autre qu'une libre adaptation du célèbre conte " Pinocchio " avec pour seul bémol, une fin moins heureuse que les studios DISNEY…
L'atmosphère du clip
Quelques notes sombres, une marionnette, des applaudissements… on se croirait presque dans une représentation théâtrale. Nous retrouverons, quelques années plus tard, le même style de représentation avec " Optimistique-moi " sauf que l'on passe de l'OMBRE à la LUMIERE ;-) Rapidement l'atmosphère est dès plus inquiétante et tous les personnages utilisés : Travestis, Clowns, Ballerine, Magicien et Saltimbanques… sont aussi lugubres que le clip. Parmi la noirceur du décor et celle des âmes tristes accentuées par un maquillage grossier, Boutonnat nous conte l'histoire d'un marionnettiste accompagné d'un morceau de bois articulé. En quelques sortes un compagnon d'infortune avec qu'il partage bonheur, peine et secrets.
Les personnages
Dans le cirque de Boutonnat, nous sommes loin de ceux qui sont riches en couleurs où retentissent des cris de joie. Les personnages grimaçants aux figures blafardes sont agressifs et reflètent la tristesse de vivre. Pourtant et malgré son apparence, un personnage se dénotera du lot : ZOUC. Elle incarne dans le clip une femme se tenant à l'écart du reste de la troupe de saltimbanques. Tout de noir vêtue, au regard fuyant, elle reste fondamentalement seule et ne semble rien partager. Nous verrons que son rôle n'est pas anodin !
Il était une fois...
Le décor est ainsi planté. " Sans contrefaçon " est le numéro d'un marionnettiste ambulant. Alors que sous la pluie, il vient de se faire jeter dehors par des Travestis, on constate de suite que le personnage principal, le créateur de la poupée de bois, est un personnage solitaire. Si solitaire, qu'il voue à sa tendre compagne de bois une affection sans limite. Tout le clip repose alors sur le sort de ces " inséparables ". Livré à lui-même, il quitte le village et poursuit son chemin sans savoir où aller, où manger, où dormir...Traversant les paysages froids où les épouvantails sont rois et les corbeaux croassent leur douce mélodie inquiétante, notre marionnettiste va faire une curieuse rencontre. Il s'agit d'un cirque ambulant nommé " GIORGINO CIRCUS ". Un nom qui ne nous est pas inconnu ;-)
C'est alors que les regards se croisent et se défient. Seul celui de ZOUC retiendra l'attention. Elle regarde la poupée avec la tendresse d'une mère qui n'a pas bercé d'enfant, et l'on devine un sourire timide sur son visage inquiétant. Elle s'approche et offre sa gamelle au marionnettiste qui accepte. Une infime complicité voit le jour entre la marionnette et ZOUC. En échange de son repas, elle reçoit l'objet (convoité en secret). L'instant de bonheur est toutefois de courte durée car ses compagnons de route arrachent la poupée de ses mains. ZOUC panique car la petite figure de bois vole autour d'elle et passe de mains en mains...Elle s'écrie à plusieurs reprises " Ma poupée, ma poupée " et parvient à la reprendre pour s'enfuir...
Lorsque le marionnettiste les rejoint, il découvre que l'objet qu'il croyait de bois est en réalité de chair et d'os : une jeune femme !!! On pense donc que ZOUC est une fée. Subjugué par cette découverte, il s'approche des deux femmes qui jouent et entretiennent presque une relation mère/fille. Surprise, la jeune femme tente de d'enfuir à son tour et trébuche sur le sable fin.
Le marionnettiste l'observe, saisit son visage et tente l'irréparable après l'avoir étreint contre son corps, sous le regard triste de ZOUC, et lui vole un tendre baiser. Jusque là, nous pourrions croire qu'il s'agit d'un conte de fée mais c'est exactement l'inverse qui se produit. La jeune femme s'éteint pour redevenir marionnette à jamais.
- Quant au désir du marionnettiste d'être avec une femme, il s'envole pour toujours...
- Pour ZOUC, c'est la cassure, on lui enlève son enfant. Déprimée, elle quitte les lieux, emportant par la même occasion son pouvoir de donner vie.
Le marionnettiste garde sa marionnette et ainsi s'achève sa triste histoire...
"Dis maman, pourquoi je suis pas un garçon ?"
Avec cette question devenue légendaire dans la carrière de Mylène, le public homosexuel s'identifie à l'icône et rejoint les autres fans. Plusieurs éléments dans le texte démontrent que notre divine rousse semble jouer sur la confusion des sexes. D'une part, le chevalier d'Eon n'est autre qu'un agent secret employé par le roi LOUIS XV. Cet agent avantagé par un physique efféminé, se transformera en femme pour mieux approcher et corrompre l'ennemi de son roi. D'autre part, la marionnette vêtue tel un garçon demande pourquoi elle n'est pas un garçon. Cela signifie que pour elle, avoir l'apparence d'un garçon ne suffit pas. Elle veut devenir garçon jusque dans la sexualité. On pourrait dire aussi que lorsque Mylène redevient poupée, cela peut dire aussi qu'elle refuse d'assumer la loi sociale qui veut qu'une fille aille avec un garçon.







Réalisation : Luc Besson Année : 1992 Durée : 6'44 mn Acteurs : Mylène Farmer...

Analyse
C'est dans un décor sombre et austère que commence le clip. Un monde plat, froid et nuageux. Dieu, constatant le malaise du monde actuel dans son quotidien, demande qu'on lui envoie l'un de ses meilleurs anges pour une mission délicate. Et c'est Mylène qui s'y colle. Plutôt tendance, elle arrive d'un pas enjoué vers Dieu tout en fredonnant sa chanson. Insolente, voir agacée, elle quitte ses écouteurs et accepte la mission d'un "Yes-sir" plutôt militaire. Mylène arrive enfin sur Terre. Après avoir ajusté sa courte tenue, elle laisse s'envoler une plume noire, symbole du mal qui s'immisce petit à petit en elle. Notre ange prend possession, dès son arrivée, du corps d'une jeune femme en pleine dispute avec son amant. Mylène est giflée et découvre par la même occasion la violence, ce qui n'a pas l'air de lui plaire. En utilisant son hôte, elle s'empresse de rendre à son interlocuteur la monnaie de sa pièce. Devant le club privé "Q", l'ange découvre le baiser entre deux êtres qui s'aiment. Parallèlement, un homme en sueur, désireux d'entrer dans le club, se prend une claque par un impressionnant videur. Résigné, il se dirige alors vers un lieu étrange où l'on y trouve un distributeur d'amour. Sous les yeux curieux de Mylène, l'homme s'appliquera le masque et prendra sa dose avant de s'illuminer devant son fantasme qui prend la forme d'un danseur en slip kangourou. Pendant ce temps et depuis le début de la mission, Dieu, à travers sa télévision, déplore l'état actuel du sentiment alors que Mylène semble plutôt prendre goût à l'aventure. C'est alors qu'arrive l'élément perturbateur de l'histoire, sous la forme d'une femme vêtue de noir et lunettes sombres, le SIDA. Le virus pénètre dans le club privé d'un pas décidé et Mylène reste perplexe par cette intrusion plutôt étrange. Notre ange portera pour la première fois, une attention particulière au club. Un " Q " très présent. Cette fois-ci, il est le reflet dans l'eau piétiné par une jeune femme qui succombe aux attouchements d'un homme très arrogant. Des caresses de la main vers des zones érogènes, la femme a l'air d'apprécier ! C'est pendant l'acte sexuel que Mylène possédera le corps de la jeune femme. Une mission que notre ange mène avec plaisir au fil des expériences. Parallèlement, un autre refoulé absorbe une dose d'amour. C'est sous la forme de Michael Jackson qu'il se manifestera... malheureusement le destin divin en décide autrement puisqu'il se retrouve malencontreusement écrasé par la sainte croix ! Après l'effort, le réconfort. C'est à l'aide d'une cigarette que Mylène le trouve. Toujours en quête d'information, Mylène vêtue désormais d'une tenue noire, très près du corps, s'apprête à entrer dans le club. En soufflant sur sa plume blanche, elle succombe définitivement à la tentation du mal et perd son innocence. Parce qu'elle l'a perdue, le videur la laissera donc entrer. Luc Besson, isole temporairement l'ange de voiles blancs, représentés pas les parois du préservatif, pour le protéger du SIDA. Par malheur, le virus n'est pas loin et attire rapidement l'ange. Les images s'accélèrent, les clubers s'agitent et les danses deviennent frénétiques. N'oublions pas que le cœur que l'on aperçoit est celui de Mylène. Son rythme s'accentue dangereusement, le virus se rapproche, l'ange accepte le masque et succombe à ses désirs. Une femme vêtue de noire, avec une capuche symbolise la Faucheuse. Mylène respire et s'abandonne. Son cœur éclate, son sang inonde l'écran. Le message est donc clair : au contact du virus, la mort suit de très près... Pour conclure le clip, nous retrouvons notre héroïne à nouveau dans les cieux après sa métamorphose. Dieu constate alors les dégâts. Son ange ne sera plus jamais le même...





Réalisation : Laurent Boutonnat Année : 1991 Durée : 10'12 mn Acteurs : Mylène Farmer, Adil Med Mejrhirrou (dans le rôle du petit gavroche)

Analyse
Noirceur, froideur et liberté, voilà ce qu'on retiendra de ce clip de dix minutes. Tourné dans une usine désaffectée près de Budapest en Hongrie, plusieurs journées de tournage, une centaine de figurants au visage grave (exigence du réalisateur), conditions météorologiques difficiles, des ingrédients nécessaires à un nouveau chef d'œuvre signé... Boutonnat/Farmer. Peu de moyens techniques mais, en revanche, un résultat surprenant et digne de notre tandem. Désenchantée fait un véritable carton dès sa sortie, plus d'un million d'exemplaires vendus !!!Cette chanson est d'ailleurs devenue l'hymne farmerien !!! L'essence même du clip est un message : Libérer une génération en mal de futur. Mylène met en paroles l'errance d'une génération qui ne sait plus vers qui se tourner pour trouver un sens à sa vie !!! Budapest... quelques secondes pour plonger dans la froideur du clip. Mylène, accompagnée par une geôlière ravagée par le temps, s'apprête à entrer dans une prison tenue sous haute surveillance. Soudain esseulée, elle se retrouve face à face avec les autres prisonniers qui lui réservent un accueil des plus particuliers, à coup de boules de neige et de pierres, en guise de bienvenue. On peut comprendre dans ce clip que la prison est certainement l'image que Mylène veut donner pour représenter la société. Les prisonniers n'ont plus leur liberté et sont contraints aux travaux forcés. La société n'est plus à l'image de l'espoir mais du chaos. " Tout est chaos, à côté, tous mes idéaux : des mots abîmés... " Ce clip est composé de deux parties : la soumission et la rébellion. On retrouve Mylène et le petit "Gavroche" assis sur un lit pendant que les autres prisonniers se reposent. Il ne faut pas oublier que ces deux personnes sont à l'initiative d'une révolte qui conduira les fuyards vers la Liberté. Plus tard, au moment de l'infâme repas quotidien (bouillie de cafards...) Mylène se révolte devant l'assemblée et révèle son impertinence ! Elle est frappée violemment au visage par une geôlière puis se rebelle. Elle arrache les planches clouées aux fenêtres et laisse jaillir la lumière. C'est alors qu'arrive enfin le temps de la rébellion. Les prisonniers se déchaînent, mettent à feu et à sang tout ce qui les entourait jusqu'à présent. On peut penser que lorsque le Christ sur la croix tombe, Mylène ne compte plus sur la religion pour trouver un sens à sa vie et même je dirais qu'elle n'y croit plus. Il ne faut pas oublier que cette croix est souvent présente dans les clips de Mylène (Sans logique, Je te rends ton amour...). N'oublions pas que " Marie " représente la mère de Jésus mais aussi celle de la religion chrétienne. " à quel sein se vouer, qui peut prétendre, nous bercer dans son ventre ". Mylène ne cherche plus le réconfort d'une mère quelle qu'elle soit. On retrouve aussi dans ce clip des images très fortes sur les enfants. Regards tristes et perdus, ils fument, crachent...Des enfants trop souvent abattus par leur faiblesse et terrassés par les coups reçus. Ce sont des enfants à qui on a volé leur enfance, l'espoir et leurs rêves. Encore plus surprenant, l'image où le petit "Gavroche" emprunte le chemin vers la liberté avec la Mort à la main (une mitraillette) et abat les gardes sans aucun remords. Ces enfants deviennent des hommes malgré eux, ne serait-ce que pour survivre. Face à cette liberté soudaine sur l'immense plaine hongroise nommée " Pustza " dont l'horizon se confond avec les nuages, une autre confusion encore plus grande se heurte aux " nouveaux libres " : Le vertige face à la liberté... et c'est sur des regards perdus dans le vaste paysage enneigé que le clip se termine.



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