   
Données historiques du kenya troisieme partie
3.5 L'indépendance du Kenya (1963)
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Jomo Kenyatta (1893-1978)
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L'indépendance du Kenya se fit dans un calme relatif. À l'opposé de ce que croyaient les Britanniques, le président Jomo Kenyatta, un Kikuyu, se révéla modéré, pro-occidental et progressiste. De plus, il ne modifia pas fondamentalement la structure foncière du pays, car les terres rachetées aux colons européens furent redistribuées selon des critères tribaux. Sous la présidence de Jomo Kenyatta, la politique de la KANU fut toujours marquée par un fort nationalisme kikuyu. Pendant les années 1960 et 1970, de nombreux Kikuyus, encouragés et aidés par le président Kenyatta achetèrent les terres des anciens colons et, quittant la province du Centre surpeuplée, s'installèrent dans la région de la Vallée du Rift. Il se constitua ainsi une élite kenyane, en majorité formée par les Kikuyu.
En raison de l'hégémonie de la KANU (un parti unique à partir de 1969), le pays acquit une stabilité politique et attira de nombreux investisseurs étrangers. La ville de Nairobi fut modernisée. L'industrie du tourisme se développa rapidement et devint une ressource de revenus importante. Malgré les problèmes, notamment l'absence du multipartisme exacerbant les tensions entre les ethnies, le Kenya connut une forte croissance économique sous la gouverne du président Kayatta. Le prestige de Jomo Kenyatta, nommé le Mzee («le Vieux»), resta intact jusqu'à sa mort survenue le 22 août 1978. |
Avant sa mort, Kenyatta avait désigné le vice-président Daniel Arap Moi comme son successeur en raison de son appartenance à une ethnie minoritaire, les Kalenjin. Au début, le nouveau président bénéficie d’un préjugé favorable en raison de son appartenance à l’ethnie minoritaire des Kalenjin: on lui prête des qualités d’arbitrage. Il se lança dans un programme de réformes en dénonçant la corruption et la tribalisation de la vie politique tout en renforçant les pouvoirs de l’armée.
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Toutefois, le président Moi apprend vite à utiliser le facteur ethnique. Tout comme Jomo Kenyatta l'avait fait avec l'ethnie kikuyu, il se servit de son autorité pour faire bénéficier les Kalenjin d'avantages totalement disproportionnés. Il nomma de nombreux Kalenjin, ainsi que des Massai, leur alliés, à des postes clé de l'administration locale et nationale.
Comme l'opposition politique commence à se former, Daniel Arap Moi décide d'instaurer un régime de parti unique en mai 1982. Deux mois plus tard, le pays connaît une «révolte» des unités de l’armée de l’air, assimilée à une tentative de coup d’État; la révolte fut repoussée par des troupes loyalistes.
Les tensions sociales suscitées par la crise économique et l'accroissement démographique ne cessèrent de s'exacerber durant toute la décennie, alors même que le régime réprimait toute opposition et répondait aux aspirations démocratiques des manifestants par la violence. |
En 1990, l'assassinat du ministre des Affaires étrangères, Robert Ouko, un Luo, fut à l'origine de violents affrontements intercommunautaires, surtout entre les les Kikuyu, les Luo et, dans une moindre mesure, les Luyia. La pression populaire et la communauté internationale demandèrent la libéralisation du régime. Le président Moi rétablit alors le multipartisme en 1991. Dès lors, des agitateurs se mirent au travail et provoquèrent des conflits entre les Kikuyu et les Kalenjin dans la vallée du Rift. Le bilan fut lourd: 1000 morts et 250 000 déplacés. Malgré tout, Daniel Arap Moi fut réélu en 1992 lors des premières élections libres, mais avec seulement 35 % des suffrages.
À partir de cette date, les affrontements intercommunautaires se poursuivirent. Des dizaines de milliers de Kikuyu furent chassés de la vallée du Rift par les Kalenjin et les Massaï; des centaines de fermiers luo durent également quitter leurs terres. En juillet 1995, la Grande-Bretagne suspendit à nouveau son aide au Kenya, en raison des violations des droits de l'Homme. On constate également que la réintroduction du multipartisme semble avoir provoqué le réveil de l'identité ethnique. Ainsi, les Kenyans retournèrent aux langues locales aux dépens du swahili qui a perdu alors sa place de langue officielle dominante. La privatisation des ondes a entraîné la création de stations de radios qui émettent depuis en langues locales et contribuent à l'érosion du statut du swahili. Dans les écoles, le swahili ne s'apprend plus que dans les écoles primaires. Devant ce déclin, l'industrie du livre a commencé à refuser de publier des livres en swahili.
En 1997 et 1998, des Kikuyu et des Kamba firent l'objet d'attaques et d’exactions qui entraînèrent la mort de plusieurs centaines de personnes et l’exode de 150 000 autres. Daniel Arap Moi, qui briguait un cinquième mandat, fut réélu en janvier 1998 au terme d’un processus électoral marqué par de nombreuses irrégularités. L’opposition, qui n’avait jamais su présenter une alternative crédible au pouvoir, accusa le président Moi d’attiser les tensions ethniques afin d’apparaître comme le seul recours possible dans un contexte troublé. Celui-ci entama son dernier mandat. Certains affirment que le gouvernement a abandonné sa politique de persécution ethnique. Toutefois, la «question asiatique», comme on l’appelle depuis des années, demeure toujours problème très délicat au Kenya. De loin en minorité (le recensement de 1998 en comptait presque 500 000), les Asiatiques ont pris le contrôle d’un secteur de l’économie du Kenya, fort disproportionné à leur nombre. Le président Daniel arap Moi avait favorisé les Asiatiques, apparemment plus malléables pour lui.
En décembre 2002, le Kenya mettait fin à près d'un quart de siècle de règne de Daniel Arap Moi (78 ans) et se donnait un nouveau président, Mwai Kibaki, 71 ans, deux fois candidat malheureux à la présidentielle. C'est un vétéran de la politique qui a servi pendant 25 ans le pouvoir en place avant de passer dans l'opposition en 1991, lors de l'entrée en vigueur du multipartisme. Il porte les couleurs de la Coalition nationale Arc-en-Ciel (NARC), la plus importante alliance de l'opposition, qui rassemble plus d'une douzaine de partis et des dissidents vedettes de la KANU (Union nationale africaine du Kenya), le parti au pouvoir depuis l'indépendance. Le 30 avril 2003, celui-ci ouvrait la Conférence sur la réforme de la Constitution. Il semble décidé de rester dans l'Histoire comme l'artisan d'une avancée démocratique pour son pays. Le processus devrait déboucher sur la création d'un poste de premier ministre et sur l'abaissement à 70 ans de l'âge limite des candidats à la présidentielle. Il s'agit là de deux mesures destinées à mettre fin à la monarchie présidentielle du Kenya.
   
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