   
Les médias
Les cinq titres de la presse quotidienne kenyane, tous publiés à Nairobi, totalisent un tirage de 300 000 exemplaires. Parmi les trois principaux quotidiens, deux sont en langue anglaise (Daily Nation et The Standard), et l'un en swahili (Taifa Leo). De nombreux journaux et magasines sont en anglais: Coast Week, Analyst, East African, East African Standard, Financial Standard, Karen'gata Chronicle, Kenya Times, Media Africa, Wananchi, Weekly Review, etc. La Kenya Broadcasting Corporation exploite des stations de radio et de télévision diffusant des programmes en anglais et en langues africaines et asiatiques.
La loi kenyane actuelle limite les éditeurs de journaux en exigeant qu'ils s'enregistrent auprès du gouvernement, payent une assurance pour diffamation et soumettent une copie de chaque publication à un registre gouvernemental. La nouvelle loi adoptée en 2002 par le Parlement est une modification à la Loi sur les livres et les journaux. Elle multiplie le montant de l'assurance par cent et pénalise les vendeurs et les distributeurs qui ne pourraient prouver que les éditeurs de chacune des publications qu'ils vendent ont été enregistrés et se sont acquittés de cette assurance. Pour certains, il s'agit là d'un moyen pour réduire la liberté de presse, voire les langues dans lesquelles elle est publiée.
La situation linguistique dans le secteur commercial et des services favorise l’anglais, mais on relève la présence du swahili et de quelques langues kenyanes. C'est principalement dans les zones rurales que le swahili est le plus utilisé non seulement à la radio et à la télévision, mais aussi dans les journaux et les petits commerces.
De façon générale, le discours politique perpétue le respect des valeurs britanniques avec comme résultat qu'il demeure relativement étranger aux sociétés locales dont les locuteurs parlent d'autres langues. Il est quand même curieux que les deux langues officielles ne soient pas des langues maternelles parlées par l'ensemble de la population. Au moment de l'indépendance, l'anglais était déjà la langue administrative du pays et le swahili a été perçu comme un instrument d'identité collective, d'où la reconnaissance des deux langues. Si le swahili a acquis une solidité remarquable en Tanzanie, il n'en a été ainsi au Kenya. C'est pourquoi le swahili a régressé au profit de l'anglais. Quant aux langues locales, elles sont simplement ignorées de la part des autorités, bien que la plupart des Kenyans continuent de les employer dans leur vie quotidienne.
Techniquement, le Kenya pratique une politique de bilinguisme déséquilibré au profit de l'anglais. Cela signifie que l'une des langues est plus officielle que l'autre. En fait, les motifs qui ont poussé les dirigeants politiques (Jomo Kenyatta) à promouvoir le bilinguisme anglais-swahili ne semblent plus jouer aujourd'hui. Depuis environ 1976, les dirigeants ont même privilégié la non-intervention, ce qui a favorisé l'usage de l'anglais. Pour les autorités politiques et administratives, les langues locales sont perçues comme une source de division nationale. Il faut dire que les dirigeants ont toujours tribalisé la politique du pays. Par voie de conséquence, toute politique linguistique ne pouvait qu'être également tribalisée au profit d'une langue unique, celle du président en fonction. C'est pourquoi il a été jugé plus prudent de laisser plus de place à l'anglais, la langue d'aucune ethnie en particulier.
   
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