Quand on sortait de l'école,
on ne se demandait pas si l'on avait fait
cinq fautes dans la dictée,
oublié quelque part sous son pupitre un
affluent de la Loire,
le mont Gerbier-de-Jonc lui-même avait
d'ailleurs, selon les jours, une hauteur assez changeante ;
cela ne
nous tourmentait guère ...
On poursuivait les volailles du voisin à travers champs,
nous
esclaffant à leurs frayeurs d'idiotes.
On lançait des poignées de
petits cailloux dans la marre aux roussettes.
C'était souvent à celui
qui, le premier, parviendrait au plus haut d'un chêne.
Certains déjà
aimaient se battre.
On devait sans doute croire en Dieu... 
Et maintenant nous voici, sûrs de rien, avançant dans la sauvagerie des
jours, si tremblants et inquiets parfois ! On veut connaître à chaque
instant l'heure qu'il est, l'altitude exacte du mont Gerbier-de-Jonc ;
savoir si l'on reverra, l'été prochain, la Loire et tous ses
affluents... Pour un peu, sentant l'odeur de la nuit s'approcher, on
demanderait que demeure allumée la lampe de chevet, avant que ne nous
gagne le sommeil léger des oiseaux. Affolé, toujours, à l'idée de
n'avoir encore rien fait, depuis le temps lointain de l'enfance...
Pierre Autin-Grenier, Revoir la Loire
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