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Les sœurs Bianca "Coco" et de
Sierra "Rosie" Casady effectuent le retour lumineux que l’on attendait
avec un troisième album porteur de toute la magie éthérée de leur
univers hypnotique et inclassable.
Il est étonnant de constater à quel point la fragilité des
compositions des CocoRosie ont pu nous faire craindre que Noah's ark
(paru en 2005) ne connaisse jamais de successeur. Peur irrationnelle,
induite par la nature même de l’œuvre des deux sœurs : d’improbables
petites chansons aux notes éparses égrainées avec parcimonie, à peine
soutenue par quelques instruments de fortune, objets hétéroclites
détournés de leur usage courant, et par leurs voix enfantines et
sensuellement éraillées
A notre immense soulagement, c’est pourtant bien le troisième album
des CocoRosie qui s’avance avec la même (im)pudeur vénéneuse que ses
aînés. Une pochette sublime signée Pierre et Gilles, un artwork
déroutant qui semble tout droit sorti de la plume et de l’encrier
d’écoliers hésitants et maladroits… Toute l’ambiguïté de l’univers de
Bianca et Sierra est là résumée. Perceptible, presque palpable, avant
même que la première note de musique n’ait été jouée.
Et quand enfin survient cette première note, timidement suivie
d’une seconde puis d’une troisième, tout un monde se met aussitôt en
place. Celui de ritournelles et comptines faussement maladroites, celui
de chansons suspendues dans le vide, seulement retenues par le fil
fragile d’une mélodie pourtant entêtante.
Car tout le paradoxe des compositions "insignifiantes" des
CocoRosie (et celles de The adventures of ghosthorse and stillborn
n’échappent pas à la règle) est dans leur impossibilité à s’en défaire,
à s’en passer. Agissant comme des mélodies obsessionnelles, elles se
gravent au plus profond de notre inconscient… Ecouter une fois
Rainbowarriors, Japan, Animals, ou n’importe quel autre titre de cet
album, c’est se condamner à une voluptueuse et éternelle addiction.
Or il se trouve que, par une inexplicable carence des pouvoirs
publics, The adventures of ghosthorse and stillborn est en vente libre.
Alors écoutez et écoutez encore cet album qui, comme les plus "nocives"
des substances illicites s’achève en apothéose par un Miracle qui tient
pour beaucoup à la présence troublante d’un Antony sans ses Johnsons,
mais avec sa voix bénie d’ange condamné à une éternelle malédiction. A
moins que ce ne soit le contraire…
Joël Fompérie
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