|
21/5/2006
-
Y'a DeS PaSSaGeS De LiVRe...
... qui me hante tellement que je me lève la nuit pour les relire....Jusqu'a ce que je les connaisse par coeur et me les répète à voix basse le soir dans mon lit. Le château de ma mère, vieux bouquin, dont j'ai du tourner la premiere page lorsque j'étais collègienne. Le livre en lui même ne m'a jamais fait un effet boeuf. Non. Moi c'est la fin, les deux derniers chapitres....
Le château de ma mère Marcel Pagnol , Edition de Fallois, p246
Le temps passe, et il fait tourner la roue de la vie comme l'eau celle des moulins. Cinq ans plus tard, je marchais derrière une voiture noire, dont les roues étaient si hautes que je voyais les sabots des cheveaux. J'étais vêtu de noir, et la main du petit Paul serrait la mienne de toutes ses forces. On emportait notre mère pour toujours. De cette terrible journée, je n'ai pas d'autres souvenir, comme si mes quinze ans avaient refusè d'admettre la force d'un chagrin qui pouvait me tuer. Pendant des années, jusqu'à l'âge d'homme, nous n'avons jamais eu le courage de parler d'elle. Puis le petit Paul est devenu trés grand. Il me dépassait de toute la tête, et il portait une barbe en collier, une barbe de soie dorée. Dans les collines de l'Etoile, qu'il n'a jamais voulu quitter, il menait son troupeau de chèvres, le soir il faisait des fromages dans les tamis de joncs tressés, puis dans le gravier des garrigues, il dormait, roulé dans son grand manteau : il fut le dernier chèvrier de Virgile: Mais à trente ans, dans une clinique, il mourru. Sur la table de nuit, il y avait son harmonica. Mon cher Lili ne l'accompagna pas avec moi au cimetière de la Treille, car il y attendait depuis des années, sous un carré d'immortelles: en 1917, dans une noire forêt duu Nord, une balle en plein front avait tranché sa jeune vie, et il était tombé sous la pluie, sur des touffes de plantes froides dont il ne savait pas les noms Telle es la vie des hommes. Quelques joies, trés vite effacées pas d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants. ********** .....Au fond d'une allée de platanes centenaires, le cortège s'arrêta devant un château. Ce n'était pas un monument historique, mais l'immence demeure d'un grand bourgeois du Second Empire : il avait dû être assez fier de ces quatres tours octogonales et des trente balcons de pierre sculptée qui ornaient chaque façade... Nous déscendimes aussitôt vers les prairies, où j'avais l'intention de construire les studios. J'y trouvai des hommes qui dépliaient des chaînes d'arpenteurs, d'autres qui plantaient des jalons peint en blanc, et je regardais orgueilleusement la naissance d'une entreprise, lorsque je le vis au loin, en haut du remblai, une haie d'arbustes.... Mon souffle s'arrêta et sans en savoir la raison, je m'élançai dans une course folle à travers la prairie et le temps.
Oui c'était là. C'était bien le canal de mon enfance, avec ses aubépines, ses clématites, ses églantiers chargés de fleurs blanches, ses ronciers qui cachaient leurs griffes sous les grosses mûres grenues.... Tout le long du sentier herbeus, l'eau coulait sans bruit, éternelle, et les sauterelles d'autrefois, comme des éclaboussures, jaillissaient en rond sous mes pas. Je refis lentement le chemin des vacances, et de chères ombres marchaient prés de moi. C'est quand je le vis à travers la haie, au-dessus des platanes lointains que je reconnu l'affreux château, celui de la peur, de la peur de ma mère. J'espèrai, pendant deux secondes, que j'allais rencontrer le garde et le chien. Mais trente années avaient dévoré ma vengeance, car les méchants meurent aussi; Je suivi la berge : c'était toujours une passoires, mais le petit Paul n'était plus là pour en rire, avec ses belles dens de lait... Une voix au loin m'appela : je me cachai derrière la haie, et j'avançai sans bruit , lentement, comme autrefois...
Je vis enfin le mur d'enceinte : par-delà les tessons de la crète, le mois de juin dansait sur les collines bleues; mais au pied du mur, tout prés du canal, il y avait l'horrible porte noire, celle qui n'avait pas voulu s'ouvrir sur les vacances, la porte du Père Humilié... Dans un élan de rage aveugle, je pris à deux mains une trés grosse pierre, et la levant d'abord au ciel, je la lançais vers les planches pourries qui s'effondrèrent sur le passé. Il me sembla que je respirais mieux, que le mauvais charme était conjuré. Mais dans les bras d'un églantier, sous des grappes de roses blanches et de l'autre côté du temps, il y avait depuis des années une trés jeune femme brune qui serrait toujours sur son coeur fragile les roses rouges du colonel. Elle entendait les cris du garde, et le souffle rauque du chien. Blême, tremblante, et pour jamais inconsolable, elle ne savait pas qu'elle était chez son fils.
|
Laisser un Commentaire! ::
Envoyer à un ami!
|
|
|
MoN TiRoiR au FoND Du PLaCaRD
Derniers Articles
Menu
Liens
|