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MALROUVE de Ludovic Careau |
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Malrouve I, chapitre 10Posté à 01:29 le 4/7/2009
Quelques années passèrent et la construction de communs fut engagée, du côté ouest de la propriété, à proximité du grand pigeonnier. C'était en avril 1879. Le chantier ne dura qu'un an et quelques mois. Un simple bâtiment massif, tout en longueur, style "Second Empire" qui présentait une façade tout en tuffeau, incrustée de pépites ardoisées et de briquettes orangées. Pendant ce temps, Eugénie entrait dans une sorte de dépression latente mais réelle et fort douloureuse. Son ventre était obstinément plat. Depuis plus de quatre années, elle espérait offrir à son époux ce qu'il avait tant désiré : un enfant. Malgré ses prières et ses nombreuses tentatives médicinales, Mère Nature faisait la sourde oreille. Malgré le soutien moral de mesdames Houdier et Lépine, les deux épouses devenues, devant l'adversité, de véritables amies dévouées, sa peine croissait inexorablement. Cela lui faisait mal de voir les enfants de ces dernières, rire et gambader, au nez et à la barbe de son immense et cruelle souffrance. Elle n'avait pas encore trente ans et se voyait déjà vivre le restant de ses jours dans cette si grande et froide demeure, au beau milieu d'un domaine empli de mélancolie, tenant la main vieillissante de son aimé avec au ventre et à l'âme, cet épouvantable regret. Il lui arrivait bien souvent de s'isoler, de s'enfermer seule dans une pièce du château, un boudoir, un salon ou une salle de bain, plongée dans le noir pour pleurer en toute discrétion et évacuer ainsi toute sa détresse. Elle se morfondait... Gustave s'en aperçut bien vite, malgré son travail qui lui dévorait une grande partie de son temps. Car il avait toujours dans l'esprit de faramineux projets qu'il s'évertuait à matérialiser. Il voulait faire de son domaine un véritable paradis floral pour espérer redonner à sa bien aimée l'envie de vivre et de s'épanouir à nouveau... Dans le même temps, il pensait que tout ce qu'ils avaient réussi à obtenir devait se payer. La contrepartie de cette merveilleuse et fulgurante réussite sociale était cette incapacité pour Eugénie de devenir un jour mère ! <- Précédent | Suivant -> |
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