Muni de sa lampe électrique, il longea le perron et s'immobilisa juste devant les ouvertures jumelles.
Il tendit l'oreille mais ne percevait que les bruits habituels émanant d'une nature environnante, parfois des voix lointaines et, plus rarement, les aboiements de quelques chiens montant la garde dans les parages...
Il jeta ensuite un rapide coup d’œil au grand pin, aux fenêtres closes de la maison endormie et se mit à frissonner lorsqu'il pensa à cette femme, Bénédicte Juin, qui s'était volontairement donnée la mort avec l'arme que son mari avait pourtant eu soin de dissimuler.
Il avait peu connu cette dame. Un saupoudrage de "bonjours" et de "bonsoirs" résumait assez bien les rapports qu'ils avaient pu entretenir durant ces quatre ou cinq années de cohabitation...
Il avait davantage sympathisé avec le mari. Il leur était souvent arrivés de discuter de tout et de rien, de choses et d'autres, au café, accoudés au comptoir, un demi de bière à la main.
Monsieur Piron trouvait madame Juin assez distante et d'un abord difficile. Ce qu'il avait injustement pris pour de la suffisance ou du mépris n'avait été, en fait, qu'une marque prononcée de crainte et de timidité...
Quand notre jardinier sut le fin mot de l'histoire, son regard sur elle se changea bien vite. Il se mit alors à la comprendre et, en quelque sorte, à partager sa douleur, lui qui avait aussi perdu un être cher. Il s'était mis à l'apprécier...
"Pauvre dame !" Songea-t-il en secouant la tête, l'air dépité.
Il allait rebrousser chemin lorsque, soudain, il sentit le souffle d'une brise chaude lui caresser le dos ! Il fit volte face et pointa instinctivement le faisceau de sa lampe vers le haut du perron, sur une porte d'entrée s'entrouvrant dans un grincement qui s'apparentait davantage à l'interminable plainte d'un mourant.