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remise en question de la migration des anguilles dans la mer des sargasses

la fausse migration des anguilles dans la mer des sargasses15/6/2006

La reproduction des anguilles

et la fausse migration en mer des Sargasses

 

Par le Docteur Roland BELLET

Vétérinaire honoraire

 

La théorie actuelle, officielle tout au moins, dans le monde scientifique occidental voudrait que notre anguille européenne (Anguilla Anguilla), vivant dans nos rivières et étangs, après dévalaison, aille se reproduire dans la mer des Sargasses, entre les Antilles et les Bermudes, soit au large des côtes américaines de Floride et de Cuba.

Là, seraient pondus les œufs des anguilles fécondés par les mâles, puis donnant d’abord des larves ou leptocéphales, poissons vermiculaires, plats comme une feuille de quelques dizaines de millimètres de long, et enfin des alevins ou pibales, aussi dénommés civelles en français, et angulas en espagnol.

Ces larves et alevins, tant de l’espèce européenne (Anguilla Anguilla) que de l’espèce américaine (Anguilla Rostrata), lesquelles sont différentes notamment par le nombre de vertèbres, rallieraient, au cours d’un long voyage qui durerait trois ans, les côtes européennes pour Anguilla Anguilla, et les côtes américaines pour Anguilla Rostrata.

Par quel chemin ?

Les uns disent que les européennes rejoindraient, par le sud, les côtes marocaines, où elles apparaissent effectivement dès le mois de septembre et octobre. Elles remonteraient alors vers le nord, s’engageant pour une part par le détroit de Gibraltar, pour atteindre le Rhône par la Méditerranée, le Pô par l’Adriatique, le Danube par les Dardanelles, le Bosphore et la mer Noire, le Don, par la mer d’Azov, etc…

L’autre partie des migrantes, atteignant le Portugal, se dirigerait le long de la côte, vers la France, l’Irlande, l’Angleterre, la Norvège, la mer du Nord, puis la Baltique, pour terminer sa course en Finlande.

Effectivement, les pibales apparaissent successivement sur les côtes portugaises en fin septembre, puis d’Aquitaine en octobre, charentaises et vendéennes en fin novembre et surtout février, bretonnes en mars et avril et finalement dans les pays nordiques jusqu’en juillet – ce qui est le cas de la Finlande – comme d’ailleurs du Canada, sur la côte atlantique de l’Amérique (embouchure du St Laurent).

Ceci est la théorie sudiste, laquelle se heurte aux faits suivants :

Un tel voyage, de 4000 à 8000 kilomètres, assez invraisemblable alors que les larves leptocéphales ne sont guère équipées pour une longue natation, se produirait à contre courant.

 

Les courants atlantiques

 

Dans l’Atlantique, les grands courants marins tournent dans le sens des aiguilles d’une montre.

 

 

Les alizés de l’hémisphère nord poussent l’eau de surface, de l’Afrique vers l’Amérique Centrale – créant un fort courant chaud entrant jusqu’au golfe du Mexique.

Ce courant ressort du golfe, au sud de la Floride, par la région des Keys et des Bahamas, pour former le gulf stream.

Il en résulte qu’il est parfaitement impossible que ces minuscules larves d’anguilles, puissent traverser l’Atlantique de l’Amérique vers l’Afrique, à contre courant.

D’où une autre thèse, soutenant que ces larves de la mer des Sargasses (américaines et européennes mélangées), gagneraient le Canada et l’Europe par le nord, c’est à dire dans le sens du courant – hypothèse apparemment plus logique.

Elles quitteraient la mer des Sargasses et emprunteraient le gulf stream, lequel se dirige vers Terre Neuve, au large des côtes d’Amérique du Nord et du Canada.

A ce niveau, les larves Anguilla Rostrata sortiraient du gulf stream pour atteindre l’embouchure du St Laurent, tandis que les Anguilla européennes continueraient leur course vers l’est.

Signalons que ces américaines, faisant route vers l’ouest, tomberaient sur le courant très froid du Labrador qui longe les côtes américaines et coule vers le sud. Les leptocéphales devraient alors remonter à contre courant vers le St Laurent, ce qui ne paraît guère possible, d’autant plus qu’elles manifestent une aversion naturelle pour l’eau froide.

Quant aux européennes, elles prendraient le courant dit de la dérive atlantique, et les branches qui vont irriguer et réchauffer l’Islande, la Norvège, l’Angleterre et la Manche, puis la France.

Dans ce cas, les premières pibales devraient se manifester sur les côtes les plus nordiques, et terminer tardivement leur périple sur les côtes sud.

Or, l’on sait que c’est l’inverse qui se produit.

Par conséquent, on peut conclure que cette deuxième hypothèse, qu’on nommera Nordiste, est aussi fausse que la première, dite Sudiste, et donc que la thèse des Sargasses ne peut être soutenue.

 

Les origines de la théorie de la mer des Sargasses

 

La mer des Sargasses, mer chaude, au dessus d’une fosse atlantique atteignant 7000 mètres de profondeur, est en réalité un vaste remous.

Dans ce grand tourbillon y flottent de longues algues, et toutes sortes d’objets inertes ou vivants, troncs d’arbres, containers, sacs de plastique, jeunes tortues provenant des côtes de Floride et du golfe du Mexique, et aussi du phyto et zooplancton en abondance.

Cette mer est un vaste dépotoir où se retrouvent en particulier les déchets arrachés aux côtes par les tempêtes tropicales et les cyclones qui sévissent sur l’Amérique Centrale régulièrement en fin d’été et en automne.

En 1920, un chercheur danois, du nom de Schmidt, y trouva, à 400 mètres de profondeur, dans une eau à 17 degrés centigrades, des petites larves d’anguilles (de 10 à 12 millimètres de longueur).

Il en déduisit que c’était là le lieu de ponte des anguilles, tant américaines qu’européennes.

Depuis, et à partir de ces données, on a bâti toute une histoire d’une invraisemblable migration des anguilles d’Europe et d’Amérique, qui viendraient toutes pondre dans cette mer des Sargasses !… Et ceci, malgré toutes les contradictions et les impossibilités qui en découlent.

 


Carte des courants atlantiques extraite du site Internet WWW.educnet.education.fr
 
Les arguments contre

 

S’il a été trouvé, dans cette mer des Sargasses, quelques petites larves d’anguilles, il faut noter que personne n’y a jamais vu ni œufs, ni adultes mâles ou femelles, ni pibales...

Or, si cette mer était effectivement le lieu de rendez-vous pour la reproduction de toutes les anguilles européennes et américaines, les reproducteurs s’y retrouveraient par millions, et, malgré les algues, finiraient par y être détectés.

Il en va de même pour les larves qui, elles, seraient dénombrées par milliards d’individus.

D’autre part, au plan génétique, on voit mal comment des Anguilla Anguilla et Anguilla Rostrata, différentes au plan anatomique, se reproduiraient ensemble au même lieu, sans donner lieu à un métissage.

 

Mon explication

 

Pourtant Schmidt a bien trouvé, dans la mer des Sargasses, des larves d’anguilles, et même les plus petites qu’on ait jamais rencontrées.

Cette petite taille a servi d’argument, à savoir « si elles sont si petites, c’est qu’elles sont nées ici ».

J’ai toutefois une autre explication plausible.

Très récemment, il a été prouvé par la photographie et le film, qu’il existe, dans toutes les eaux tropicales, plusieurs autres espèces d’anguilles, et souvent de format plus restreint que les Anguilla Anguilla ou Anguilla Rostrata que les pêcheurs connaissent bien.

C’est ainsi qu’à Cuba, les Basques Espagnols pêchent des pibales qui font 10.000 pièces au kilogramme au lieu des 2.500 à 3.200 en Europe.

A Madagascar, dans l’hémisphère sud, sur la côte Est, marécageuse, ces mêmes basques d’Aguinaga font pêcher des pibales de 8.000 au kilogramme, différentes des nôtres par la taille et la couleur.

En février 2006, la chaîne de télévision « Voyages » a passé un film où l’on voit très bien des anguillettes pigmentées émergeant à demi, en groupe, de la vase d’une mangrove de l’Amérique Centrale.

En avril 2006, la revue « Match » a publié une photographie d’anguilles tropicales, également semi-émergées d’une vase riche en végétaux située en mer Rouge ceci avec un appareil automatique étanche et positionné à l’avance dans l’eau, tant ces anguilles, qu’elle nomme « anguilles jardinières » sont farouches.

Ceci est bien la preuve qu’il existe, dans les eaux tropicales, des anguilles quelque peu différentes des européennes, sans doute de diverses espèces ou sous espèces.

Schmidt, en 1920, ne pouvait pas savoir cela, et ne disposait pas des appareils actuels pour obtenir ces images.

J’émets donc l’hypothèse que les petites larves qu’il a découvertes venaient de la mangrove de Floride, de Cuba et de la région des Keys et appartenaient à une de ces petites espèces tropicales et non aux espèces dites américaines ou européennes.

Elles auraient été amenées dans le tourbillon de la mer des Sargasses, à titre erratique, par les tempêtes et cyclones habituels à cette région, en fin d’été.

Elles étaient là, avec les autres déchets des tempêtes arrachés à la mangrove côtière.

C’est pourquoi elles étaient seules, sans reproducteurs, et sans grosses larves ou pibales, représentant un des états suivants – et ne pouvaient guère avoir d’avenir biologique.

 

L’hypothèse d’une reproduction régionale

 

Il apparaît bien que l’anguille existe dans toutes les eaux tempérées ou chaudes de  la planète, et ceci, sous différentes espèces ou variétés.

On connaît l’anguille américaine, européenne, asiatique, la très grosse anguille d’Océanie. On peut y ajouter à présent diverses anguilles tropicales.

Ces dernières sont plus petites, plus fines et donnent des larves et des anguillettes plus petites que les nôtres.

Plutôt que de s’accrocher à une théorie ancienne et dépassée, il me semble plus plausible de penser que les anguilles des différentes espèces connues, voire inconnues, se reproduisent sur les côtes, dans les estuaires marins des rivières ou fleuves dans lesquels elles vivent – quelle que soit la latitude.

 

Les arguments en faveur de l’hypothèse régionale

 

Le poids et la taille des larves d’anguilles

 

La littérature indique que les premières larves d’anguilles font 5 à 7 millimètres de long, allant jusqu’à 70 millimètres en fin de métamorphose.

Pêchées sous forme de civelles sur les côtes françaises, elles mesurent de 10 à 12 centimètres et font de 2.500 à 3.200 pièces au kilogramme.

Les pêcheurs professionnels français précisent que les pibales pêchées au Maroc et au Portugal de fin septembre à octobre et novembre font 7000 au kilogramme.

Les pibales d’Espagne, côte atlantique, auraient pratiquement disparu depuis quelques années suite à une pollution intense des rivières. Celles du bassin d’Arcachon sont les plus grosses (2.500 au kilogramme).

Celles de Charente Maritime et de Vendée font 3.000 à 3.200 au kilogramme.

En Bretagne (avril, mai), elles sont plus petites : 3.500 pièces au kilogramme.

Ces différences de taille et de poids entre les populations d’une même espèce semblent dues à l’âge d’abord (7 à 8 mois d’écart entre les marocaines et les irlandaises), et à la température de l’eau côtière où elles vivent, et à la spécificité de chaque souche.

 

La pêche des anguilles à basse mer

 

Sur toute la côte de Charente Maritime, et notamment autour de Marennes, dans l’estuaire de la Seudre, face à l’Ile d’Oléron, et dans l’anse de Fouras, au nord de Rochefort, se pratiquait encore, au début des années 1960, la pêche de l’anguille à la foëne – pêche actuellement interdite.

Cet instrument, conçu spécialement, se nommait le « salé ». Il servait à piquer les innombrables anguilles enfouies dans la vase.

Cette pêche se pratiquait à forte basse mer, soit de 3 à 6 kilomètres des côtes, par environ 1 mètre d’eau, en barque à fond plat.

Un homme debout à l’arrière faisait avancer lentement le bateau à l’aide d’une perche, tandis qu’un autre, à l’avant, armé de son « salé », détectait les deux trous dans la vase, un petit et un plus gros, distants de 30 à 40 centimètres l’un de l’autre, qui indiquaient la présence, à plus de 30 centimètres de profondeur, d’anguilles envasées.

Il y enfonçait son « salé » pour piquer l’anguille. Cette pêche était tellement fructueuse qu’elle était aussi pratiquée par les enfants, dans les « coursières », les « baïnes » ou lagunes apparaissant à basse mer, dans lesquelles ils maniaient eux aussi le « salé », avec de l’eau jusqu’à la taille.

De mai à juillet, il se prenait des anguilles de 200 à 300 grammes, donc des mâles, et en automne, des petites mais également des grosses anguilles, donc des femelles, appelées localement « morgains », et ce, dans les vasières du bas de l’eau.

Ainsi donc, dans le dispositif de reproduction mis en place par la nature, il apparaît que les mâles disséminés dans les vasières côtières, forment de bonne heure dans la saison un rideau que les femelles devront obligatoirement franchir, pour atteindre leur lieu de ponte préféré, c’est à dire les vasières les plus éloignées du rivage.

Ceci est évident sur les côtes plates à faible pente, comme celles de la Charente et de la Vendée. Il en va autrement sur les côtes pentues de Bretagne où les sites de frayères peuvent être plus proches des falaises des estuaires, mais le principe est le même.

Si les individus de sexe opposé se rencontrent en ces lieux, c’est bien pour reproduire, et il n’est pas pensable que ce soit un rendez-vous pour partir faire ensemble une interminable et dangereuse ballade transatlantique.

 

A la découverte des nœuds d’anguilles

 

Deux genres de pêche viennent confirmer cette hypothèse.

Jusqu’aux dernières années du siècle écoulé, en été, les pêcheurs de l’Ile d’Oléron et de Marennes venaient en bateau à moteur chaluter avec un filet spécial, à marée montante, entre l’Ile d’Oléron et la côte – pratique dorénavant interdite.

Ils prenaient ainsi à chaque marée, et par barque, 3 à 400 kilogrammes d’anguilles – en grande majorité femelles – soit plus de 5 tonnes par jour pendant 2 mois, soit environ 300 tonnes par saison. Celles-ci étaient réservées aux industriels hollandais, qui les achetaient pour la fumaison.

Ces acheteurs refusaient les mâles (plus petits et à museau pointu) parce que trop maigres.

Cette pêche n’était faite qu’à marée montante, car, à mer descendante, les anguilles s’envasent (comme les pibales et les lançons).

Il y a tout lieu de penser que ces anguilles femelles estivales représentaient les retardataires de fin de dévalaison précédente, arrivées après la période de reproduction. Elles attendaient sur place la prochaine fraye et ne partaient manifestement pas en croisière transatlantique.

D’autre part, au début des années 1960, parut, dans le « Chasseur Français », revue mensuelle très connue à l’époque, un article décrivant en détail la découverte et la pêche des « nœuds d’anguilles », notamment dans les estuaires de la côte sud ouest de la France et le bassin d’Arcachon en particulier.

Il s’agissait d’une pêche pratiquée à basse mer, en automne, à la fourche, dans les vasières, pour capturer des paquets de plusieurs dizaines d’individus, gros et petits, étroitement enlacés – qu’on appelait localement des « nœuds d’anguilles » détectables par leurs trous.

En fait, ces anguilles ne pouvaient être occupées à autre chose que se reproduire. Les femelles, très courtisées, et venant d’arriver en fin de dévalaison, pondaient sous l’étreinte des mâles.

 

Ma thèse d’une reproduction régionale

 

Ainsi donc, pêche des petits mâles, en fin de printemps et en été, dans les vasières, à basse mer, puis pêche des femelles au chalut, pêche des paquets d’anguilles intimement agrégées en « nœuds » de mâles et femelles, prouvent bien que la reproduction se fait à l’embouchure des cours d’eau, en eau saumâtre.

On peut penser qu’ensuite, les œufs ainsi fécondés vont donner naissance aux larves, lesquelles vont peu à peu grandir et se métamorphoser dans les vasières où elles sont nées – et ceci jusqu’au stade pibales.

Celles-ci, attirées par la température supérieure de l’eau douce après la fin de la métamorphose, auront peu de chemin à faire pour retrouver et remonter  le courant d’eau douce – en longs cordons nocturnes (nocturnes parce qu’elles sont lucifuges, n’ayant pas encore été exposées à la lumière et non pigmentées).

Ces cordons de pibales sortent de la vase et ne démarrent qu’avec la marée montante, à la vitesse moyenne d’un peu plus de 2 kilomètres  à l’heure. Cette sortie ne s’effectue qu’à condition que la température de l’eau soit supérieure à 7 degrés et prend de l’importance avec l’élévation de celle-ci.

Il apparaît donc que la  reproduction reste localisée aux embouchures des cours d’eau, à faible profondeur, tout près de la côte.

 

La mortalité des géniteurs après la reproduction

 

Après la ponte, nous avons tout lieu de penser que les femelles meurent toutes, comme celles des saumons.

Il est vraisemblable que ceci est dû à l’hyper production de cortisone par les glandes surrénales, qui a facilité l’épreuve de la dévalaison, en atténuant les réactions inflammatoires dues aux traumatismes nombreux de la descente des cours d’eau.

Concurremment, cette hypersécrétion de corticoïdes a contribué à diminuer la résistance naturelle aux infections, et particulièrement aux atteintes mycosiques cutanées, d’où une mort rapide après le stress de la ponte.

Quant aux mâles, il est possible qu’un petit nombre survive et puisse regagner les marais côtiers.

 

La pseudo migration sud nord des pibales

 

L’apparition des premières pibales dans les estuaires du Maroc, côte atlantique, en septembre, puis progressivement mois par mois, au Portugal, en Aquitaine, en Vendée, et enfin dans les pays nordiques en juillet, donnerait à croire qu’il s’agirait d’une migration sud nord des alevins d’anguilles, le long de la côte.

Ce n’est, à mon sens, qu’une apparence.

Les larves d’anguilles, étant envasées, dans chaque estuaire, ont une croissance variable, en fonction du climat local, et essentiellement de la température de l’eau saumâtre où elles vivent.

Il en ressort des durées de métamorphose variables, et de plus en plus tardives, vers le nord, avec également des différences de taille notables, pour une même espèce, selon la souche.

Ceci se vérifie tant sur les côtes européennes que sur celles d’Amérique du Nord, avec l’apparition des civelles remontant l’estuaire du St Laurent au Canada, au mois de juillet seulement.

Cette remontée ne semble avoir lieu que lorsque les alevins d’anguilles, ayant acquis leur morphologie définitive, perçoivent une température d’eau douce supérieure à celle de l’eau de mer locale.

Cette sensibilité à la température ambiante est très aiguë et persistera tout le temps de la remontée des cours d’eau, les faisant éviter d’entrer dans les affluents trop froids (c’est le cas par exemple de la Touvre, affluent d’eaux souterraines de la Charente, dans laquelle les pibales se refusent d’entrer, alors que, plus tard, sous forme d’anguilles femelles matures, elles y descendront, par les canaux souterrains du karst de La Rochefoucauld).

On peut donc dire, en résumé, qu’il n’y a pas de migration marine Sud Nord des pibales le long des côtes, mais seulement une montaison décalée des vasières côtières vers l’amont des rivières.

 

La pigmentation des pibales

 

Les larves d’anguilles, ou leptocéphales, très différentes d’aspect de la morphologie adulte, ainsi que les pibales, sont blanches et translucides.

C’est dire qu’elles sont dépigmentées, car vivant dans l’obscurité totale des vasières semi-liquides (les alevins de lamproies vivent également enfouis dans la vase des rivières – ce mode de vie n’est donc pas une exception).

Il suffit à ces pibales de passer 10 à 12 jours à la lumière et dans une eau à plus de 12 degrés centigrades, pour se pigmenter et devenir foncées.

Je l’ai constaté moi-même, en les élevant en bassin.

De plus, avec l’élévation de la température, elles se calment et cessent de grimper partout pour tenter de s’enfuir.

En Charente Maritime, ces pibales, remontant le fleuve en longs cordons nocturnes, deviennent noires, au niveau de la commune de St Savinien, située à une trentaine de kilomètres de la côte.

L’on sait que les Espagnols adorent manger ces pibales – qu’elles soient transparentes ou noires. Actuellement, la mode est plus favorable aux noires, qui seraient « plus croquantes ». C’est pourquoi les ramasseurs basques, d’Aguinaga, les gardent en bassin en eau à 15 degrés pendant 12 à 15 jours, pour les faire noircir.

Par contre, les Japonais, hier, puis les Chinois, aujourd’hui, qui les importent pour les élever, les veulent blanches.

Notons, pour expliquer l’intérêt manifesté pour cette pêche aux pibales, que les cours de gros, sur la côte, en cette année 2006, étaient de 700 € le kilogramme en début de saison, 390 € en avril et que, lorsque les Chinois sont aux achats, les cours montent jusqu’à 900 € le kilogramme !

Cette pigmentation rapide des pibales, dès qu’elles sont à la lumière, est encore un argument supplémentaire pour nier la thèse des Sargasses.

En effet, si les larves et les pibales avaient navigué deux années durant en surface, dans l’océan Atlantique, les rescapées d’une telle Odyssée auraient dû être pigmentées depuis belle lurette.

 

Le dimorphisme sexuel

 

Les anguilles révèlent un dimorphisme sexuel très important et essentiellement dans la taille.

Les mâles, au bout de quatre à cinq ans, restent dans des poids individuels de deux à cinq cents grammes, tandis que les femelles atteignent un, deux et trois kilogrammes (vers 10 à 12 ans).

De plus, il est manifeste que seules les femelles remontent très loin vers l’amont des fleuves, à l’intérieur des terres, et ce, sur parfois 500 kilomètres et plus. Les mâles, au contraire, ont tendance à rester près de la côte, dans les étangs ou mieux, les marais.

 

La différence de taille entre les anguilles côtières et celles de l’intérieur est telle qu’une bourgne (nasse en osier) à anguilles du marais poitevin est si petite qu’une anguille de la Touvre (où ne viennent que les femelles de dévalaison) ne peut pas y entrer.

La théorie selon laquelle le sexe des anguilles ne serait pas prédéterminé et dépendrait de la nutrition me paraît également erronée, puisque déjà, et de façon naturelle, les mâles restent à proximité des côtes. C’est donc bien que le sexe est déjà déterminé dès le stade alevin.

 

Les recherches génétiques

 

Si la théorie de la mer des Sargasses, comme lieu unique de la reproduction des anguilles américaines (Rostrata), et des anguilles européennes (Anguilla) était valable, il se produirait un grand brassage des gênes qui aboutirait obligatoirement à un métissage.

Or, ce n’est pas le cas, et les Rostrata ont un nombre de vertèbres différent des Anguilla.

 

Le 22 février 2001, la revue « Nature » publiait un article relatif à la reproduction des anguilles, sous les signatures de Thierry Wirth et de Louis Bernatchez, chercheurs au « Giroq » du Québec – avec un titre évocateur « La fin d’un mythe » et le sous titre suivant « des chercheurs du Giroq dégonflent certaines idées reçues sur la grande partouze de la mer des Sargasses ».

Ces chercheurs, après avoir étudié l’A.D.N. de spécimens d’anguilles européennes capturées dans les rivières de treize régions d’Europe et d’Afrique, arrivent à la conclusion que chaque population d’anguilles révèle une identité génétique très structurée.

Je cite fidèlement leurs conclusions :

« Les différences génétiques entre populations augmentent même en fonction de la distance géographique qui les sépare. Ainsi, les empreintes génétiques des anguilles provenant de la France ressemblent davantage à celles des anguilles d’Italie qu’à celles des anguilles de Finlande.

Ces observations vont tout à l’encontre de l’hypothèse qui prévalait depuis 1920, selon laquelle un vigoureux brassage de gênes survenait dans les eaux de la mer des Sargasses ».

Parlant de l’anguille américaine, Louis Bernatchez indique :

« Nous terminons présentement des travaux sur cette espèce, et nous gardons la surprise pour plus tard ».

Ce commentaire mystérieux n’a pas eu, à ma connaissance, de suite et je le regrette.

 

Conclusion

 

On est en droit de conclure que, s’il n’y a pas de lien de parenté entre les diverses populations d’anguilles, c’est bien que chacune d’entre elles se reproduit en son propre lieu, et non pas toutes ensemble dans la mer des Sargasses.

Cette conclusion d’ordre génétique tend à confirmer la thèse que je soutiens d’une reproduction régionale, sans migration marine.

 

Il n’en reste pas moins que le champ de recherches, en matière d’anguille, reste largement ouvert, pour mieux connaître la vie de ce poisson qui, malgré sa résistance légendaire, risque d’être victime de la pollution et de la prédation humaine démesurée.

 

PS : Les données techniques locales  et commerciales m’ont été aimablement fournies ou confirmées par des professionnels, dont M. Georges Bellu, ancien négociant en pibales, M. Courtin, mareyeur et M. Papin, ostréiculteur à la Tremblade.

Qu’ils reçoivent ici tous mes remerciements.

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