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C'était un show qui me rendait crissement nerveux. Depuis deux mois, j'imaginais tous les obstacles inimaginables qui auraient pu m'empêcher de le faire et encore la veille, j'étais ben surpris de voir que ça allait se faire. Tsé, y a des chanteurs ou des bands des États-unis qui essayent 50 fois de venir jouer de notre côté de la frontière pis à cause d'un délit ou d'une enquête ou je le sais pas, ils peuvent jamais venir. Ben moi, pas besoin de rien de ça. Pas besoin de dossier criminel, de me rendre dans un autre pays ou de faire une tournée internationale. Non non non. Essaye de me faire traverser le Parc pis checke-moi ben aller. Si j'ai pas écouté "La bamba" la veille pis que la chienne de voyager m'a pas pogné ben c'est mon corps lui-même qui va s'en charger. Comme pour le 21 décembre. En fait, la veille il y avait un micro ouvert à la chanson "Chez le diable" pis en temps normal, je m'organise pour ne jamais en manquer un. J'aime ben ça. Le monde est trippant, les genres sont variés pis ça arrive souvent que le monde écoute vraiment nos tounes. Mais là, j'avais tellement la chienne de glisser sur une plaque de glace en m'y rendant pis de me fouler un poignet ou une affaire poche de même que je me suis dit: "Joe, tu vas te préserver pour l'amour du rock". Faque chus resté chez nous à fumer des battes pis à checker des vidéos de Denis Lévesque sur internet. Ça reste que c'était pas suffisant pour me calmer parce que plus la soirée avançait pis plus que j'avais les tripes en bouillie. C'était quand même la première fois qu'un show me stressait autant. Tsé d'habitude, la veille d'un show, la seule affaire qui me rend nerveux c'est que j'espère qu'il va y avoir du monde pis que j'vas trouver quelque chose de bizarre à dire. Mais là, comme c'était pas moi qui organisait le show pis que tout le monde arrêtait pas de me dire que le Quai des brumes est tout le temps plein, j'avais pas vraiment de raison de me stresser. Sauf que mon corps me disait pas la même chose. C'était pus des papillons que j'avais dans le ventre mais des couleuvres.
J'ai emballé les 10 copies de Hamburdog pour le lendemain en me disant que ça allait me changer les idées mais non. Après ça, j'ai fumé un batte en lisant les blogues de J-F Caron pis de Pat Lagacé pis là, rendu à Richard Martineau, j'ai commencé à être étourdi. Là, allez pas penser que j'essaie de faire une espèce de métaphore, y aucun double sens. J'aurais lu un Casimir pis ça aurait fait la même affaire. Question de timing faut croire. Faque comme je me sentais pas super ben: direction mon divan. J'ai somnolé dans une position diagonale durant une heure pis là: direction lit. J'avais des crampes au ventre mais je me disais que ça allait finir par passer.
Je sais pas si vous le savez, mais vomir des Doritos, c'est crissement dégeulasse. Surtout quand une partie te passe par le pif. Aussi pénible que ça puisse paraître, j'ai quand même une certaine expérience dans le domaine. Pas plus tard qu'en 2004, une certaine nuit du 13 janvier, je vivais l'humiliation de me faire réveiller par mes vomissements Doritosiens. C'était ma fête et une des seules choses dont je me rappelle, c'est ma terrible performance de Sensualité d'Axelle Red que j'avais faite en duo avec Julie. J'étais tellement chaud que j'entendais pas la musique pis finalement le D.J. a coupé mon micro pis il m'a dit "off the air" d'aller déssaouler ailleurs. Après ça, selon Julie, j'aurais bouffé la moitié d'un gros sac de Doritos en buvant du lait...
Mais là, en ce 20 décembre 2006, j'étais pas saoul et j'avais mangé beaucoup moins de Doritos. Pis ça se pourrait que ce soient justement les dernières. En tout cas, Julie m'a rassuré en me disant que ça devait être de la nervosité pis elle m'a rappelé l'entrevue qu'on avait vue à la tévé avec Normand Brathwaite. Je me suis endormi d'épuisement une minute plus tard pis pendant une bonne heure, j'ai pas arrêté de rêver à Normand Brathwaite. Réveil brutal. Destination rapide vers la salle de bain. Dérapage sur le prélart. Perte d'équilibre. Redressement boosté à l'adrénaline. Contrôle oro-digestif stable. Destination atteinte. Séance de crêpage brève mais intense. Rebrossage de dents. Décontamination au Scope marque dérivée. Ballade titubante vers le lit. Excuse à ma blonde pour les désagréments.
Comme j'étais pour me rendormir d'épuisement, Julie s'est levée et m'a imité. Quand elle est revenue dans la chambre, je lui ai demandé: "Faque toi aussi té nerveuse ma chérie?" Là, on a passé une estie de nuit de marde à faire de la fièvre pis à pas filer pantoute. J'arrêtais pas de penser au show, au voyage de char pis je me disais que ça allait aller mieux demain matin. Finalement, c'était pas du tout le cas mais je me disais qu'à la pharmacie, ils allaient pouvoir me donner des trucs. La madame m'a donné des Gravols en me disant que je dormirais peut-être pendant un bon bout du voyage mais que je serais probablement apte à donner un spectacle. À noter le caractère très "conditionnel" de son diagnostic.
Chus retourné chez-nous pis là, je filais vraiment pas mieux mais je me disais que les médicaments allaient tout arranger. 2-3 heures plus tard, j'étais encore en train de crêper comme un con. De l'eau pour être plus précis. Julie allait pas mieux que moi. On était désormais un foyer potentiel d'infection. C'est là que j'ai appelé les gars pis crisse que je filais poche. Avec raison. Le pire dans tout ça, c'est que j'ai été invalide pendant pas plus que 24 heures. C'est crissement con. Mais bon, les choses semblent s'enligner pour qu'on se reprenne pis qu'on se paye un encore meilleur trip faque tout est bien qui finit bien.
Aussi, depuis ce fameux 20 décembre, j'ai bu un demi-verre de Pepsi, mangé une - pas un - seule chips et enfin, aucune barre de chocolat ou autre produit contenant beaucoup de sucre raffiné. C'est vrai. Faque finalement, au lieu d'aller faire la première de "Les patates..." un peu enrobé, j'vas arriver presque svelte. Je serai beau. J'aurai des paillettes partout. J'aurai des bijous dans mes cheveux, dans mon cou, sur mes doigts. Mais surtout, je ne sentirai pas le vomi.
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