1/1/2006 - Commentaire d'un commentaire
Dans Les écrits de Marc Hodges je lis ce commentaire du 28 décembre 2005 à propos du texte de Marc Hodges intitulé «Mémoires insincères»
de quelqu’un qui signe Jean D’Artois (un beau nom, peut-être un
pseudonyme ?) : « Le passé revient par morceaux, «nous sommes tous de
lopins» (Montaigne). Le passé se donne en ruines, en décombres
inconstructibles ; une mise en place logique pour donner ordre à ce
nombre incalculable d’éléments qui se présentent au moment de la
remémoration est une erreur. Et vous avez tout à fait raison, les
livres bien agencés, où le souvenir impeccable d’une pensée conçue dans
un autrefois lointain, sonnent faux. Certains ont encore une conception
mécaniste de la mémoire (conçue comme organe de rétention du
savoir, puis de restitution de celui-ci). Or il faut renverser ce que
Kant appelle la «mémorisation ingénieuse», c’est à dire la «méthode
pour imprimer dans la mémoire certaines représentations». Or rien ne
s’imprime tel quel, nous déformons après coup. La mémoire est un espace
avec ses interstices, ses codes reçus de l’extérieur que l’on prend
pour des objets intimes et singuliers. Elle est toujours cet antécédent
à toute vision «objective» du réel. Tellement que le réel me paraît
parfois inexistant. L’écriture permet peut-être une forme de
restitution du réel, non pas tel qu’il est, mais tel qu’il se présente,
et ce au moment où le mot s’inscrit sur la page. Le langage crée
lui-même son objet qui se déplace en même temps que le mot défile pour
découvrir alors une réalité qui se tient dans le retrait, dans la
négation des rapports familiers entre le langage et ce qu’il veut dire.
L’utilisation de la réserve personnelle d’images mémorielles engage une
pensée du réel, un réel fait de trous, de coupures, où la fiction se
mêle intimement au vécu, quitte à se confondre avec. Votre texte donne
à réfléchir, sans forfanterie, je dirais volontiers que vous vous
engagez dans la voie de la vérité, parce que les vides, le doute
s’insère dans vos phrases. Cela vaut plus que toutes les
littératures-vérité qui dupent leurs lecteurs (les prenant alors pour
des imbéciles) avec cette prétention à la restitution intacte du passé,
de leurs pensées d’antan. » Ce
commentaire est si proche de mon avant-dernier billet que j’aurais pu
l’écrire sauf que, certainement, je n’en serai pas allé jusqu’à réfuter
le réel qui me semble au contraire la seule ancre qui nous retienne
dans cet océan de doute.
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