9/1/2006 - Le temps qui passe
Je
m’étais promis d’écrire, tous les jours, une nouvelle page. Il paraît
que c’est ce que doit faire tout écrivain. Je n’y arrive pas : le
travail, la foule douloureuse — ou moins douloureuse, ou se croyant
souffrante, ou qui veut que quelqu’un s’occupe d’elle… — qui, de l’aube
au crépuscule, emplit mon cabinet, les petits enfants, ma femme, le peu
de temps que je dois consacrer au sport, les tracasseries
administratives diverses… Bien que je le souhaite réellement, que je le
désire, je n’y arrive pas.
Comme beaucoup d’autres je me dis que dans quelques années, lorsque je
serai à la retraite (dois-je dire « enfin » ou « malheureusement » ?),
je pourrai me consacrer sérieusement à l’écriture… Mais je sais que la
vie ne fait pas de cadeaux et qu’aucun moment n’est égal à un autre :
ce que je ne fais pas aujourd’hui, ce que je ne vis pas, ne sera ni
fait ni vécu demain. Je le sais mais ne m’y résigne pas. J’éprouve
ainsi comme une déchirure dans la conscience du temps qui passe, le
sentiment profond que rien jamais ne se rattrape et celui plein
d’espoir de pouvoir cependant reporter quelque chose — une part infime,
mais une part cependant — à demain.
Heureusement peut-être, ma vie ne me laisse pas le temps d’être
mélancolique : je suis pris dans un tourbillon de « choses à faire »
qui ne me laissent, pour penser, que peu de temps. Que faire ? Je n’ai
pas une fortune suffisante pour m’arrêter au bord du chemin (l’utilité
de la vie inutile) — et je ne suis d’ailleurs pas sûr d’être prêt pour
un tel arrêt —, je ne suis pas non plus encore assez vieux mais je ne
suis pas non plus entraîné assez vite pour ne pas avoir le loisir de
penser cette absence de temps de pause. Ni étourdi par les événements,
ni sagement paisible, je suis dans cet entre-deux —certainement
le lot de la plupart des hommes modernes — où, sans possibilité d’y
mettre un frein, je ne peux que déplorer, sans remède, le flot dans
lequel je suis emporté.
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