9/2/2006 - Les mots me touchent
Les mots me touchent, les mots
m’importent, les mots me nourrissent… Mais comment se fait-il que les
mots me touchent et que cependant j’ai avec eux de telles difficultés ?
Je ne sais comment penser sans mots… mais je ne sais pas plus comment
penser avec eux. Chacun d’entre eux, avec sa sphère d’influence,
m’entraîne en effet dans son domaine propre et déplace ce que je sens
d’original et de moi propre
dans ma pensée. Quand une idée, se propose à moi… quelque chose
d’indéfinissable comme un «sentiment d’idée», cette impression ténue et
pourtant obsédante que je pense quelque chose d’encore impensé, que je
suis «au bord» de quelque chose qui devrait m’entraîner dans une région
de l’esprit, de la mémoire, de l’invention où je ne suis jamais allé,
des mots se proposent. Dès lors qu’ils se proposent, la pensée est
prise, sans retour, les mots l’orientent dans des directions desquelles
il ne m’est plus possible de dévier. Il me semble alors que je retombe,
parfois m’embourbe, dans la banalité, le déjà dit, le déjà pensé. Comme
une fatalité. Je n’ai pas les mots pour penser ce que je sens devoir
penser et les mots qui s’imposent, des mots de tout le monde, châtrent
ce qu’il y a d’original dans mon sentiment de pensée.
Comme tant de mauvais philosophes — parfois même de moins mauvais — je
me suis prêté à l’exercice à la fois difficile et réducteur d’inventer
mes mots propres — poésie lettriste, zaoum… glossolalie — mais cela ne
m’a laissé que sur une impression d’insatisfaction car cette invention
de mots s’arrête à l’aspect ponctuel du vocabulaire or c’est une langue
qu’il faudrait inventer, mais une langue qui fonctionne…
Je ne sais pas la solution.
Comment se fait-il donc que les mots nous touchent, eux qui nous
enferment dans cette ornière des vues communes et briment ce besoin en
nous d’aller vers d’autres territoires? Et pourtant, ils nous touchent.
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