Je
suis porté à l’introspection : j’aime comprendre comment je vis ce que
je vis et ne rien me cacher de moi-même. Si je le pouvais, je
m’allongerais sans cesse sur mon propre divan pour m’écouter parler de
ce qui m’a fait ce que je suis. Non que je me considère comme l’être le
plus intéressant de la terre, non que je pense découvrir en moi des
secrets ignobles profondément enfouis, mais parce que j’éprouve un
besoin absolu de savoir et ne supporte que très mal de subir ma vie
plutôt que de la diriger. Fantasme de puissance ? Je ne crois pas car
je n’ai jamais cherché ni les honneurs ni le pouvoir et si j’ai été
mêlé à quelques événements historiques, c’est malgré moi parce que, par
ma naissance dans une famille d’artistes, j’ai dû fréquenter des
milieux de pouvoir et, parce que, mon amour des femmes m’a conduit à
nager en des eaux où je n’aurais jamais dû me trouver. Être l’amant
d’Oriane, la femme du Général Proust, m’a ainsi mis dans des situations
historiques que j’aurais plutôt aimé fuir. C’est ainsi !
Mais
si, comme tout le monde, je n’ai pas choisi le destin qui nous fait
toujours malgré nous, je n’ai jamais renoncé à comprendre ni son
pourquoi ni son comment. Emporté par les flots tumultueux d’un fleuve
en furie, je chercherai toujours à comprendre les mouvements erratiques
qui me pousseraient de rocher en rocher ou me feraient tourbillonner
sur place…
Pourtant il y a encore quantité de mes actes que je
ne comprends pas. Ainsi ce blog… Je ne parviens pas à comprendre d’où
vient ce besoin qui, de temps en temps, m’oblige d’une part à rédiger
un journal et, d’autre part, à le déposer dans les pages virtuelles
d’un instrument de communication des plus théoriques. Bien que médecin
généraliste en retraite, je ne suis pas plus techniquement stupide que
la plupart de mes contemporains : je n’ignore pas que les textes que je
dépose ici sont des bouteilles à la mer dont la plupart iront se perdre
dans les amas de détritus que les marées déposent, s’enliseront dans
les sables de côtes désertiques ou se fracasseront sur des rochers de
côtes inaccessibles. Et je n’ai plus seize ans : je ne crois plus aux
récits romanesques où des messages envoyés sur les flots font découvrir
des trésors ou sauvent des naufragés… Alors ? Pourquoi cela ? D’où
vient ce besoin d’écrire, plus encore ce besoin de croire publier ce
que j’écris ? Exhibitionnisme ? Certainement pas puisque personne ne
les voit… Masochisme ? peut-être : je chercherais une satisfaction à
produire un travail que, d’avance, je sais inutile !… Est-ce si
différent que d’envoyer, par la poste, un manuscrit à une quelconque
maison d’édition ? Esprit moutonnier : faire comme ces millions de mes
contemporains qui déversent sur Internet une vomissure de textes
qu’heureusement personne, à part eux-mêmes, ne lit jamais.
Peut-être, au fond des choses, je ne fais tout cela que pour essayer de
comprendre pourquoi je le fais et que je ne serai guéri de cette
graphomanie compulsive que lorsque j’aurais compris. En quelque sorte
le symptôme de la maladie serait dans l’acceptation de la maladie
elle-même. Il y a tant de pistes qui se perdent dans la jungle de
l’esprit humain…
Si j’avais la réponse ?