1/5/2006 - Plaisir de la complexité
Je n’ai jamais aimé les choses
simples, comprendre immédiatement quelque chose me paraît toujours
suspect et je suis persuadé que sous les simplicités apparentes se
cachent des complexités inattendues.
Cette position offre quelques inconvénients : d’une part, il m’est
difficile de prendre quelque décision que ce soit parce que j’ai
toujours l’impression que je ne possède jamais toutes les données du
problème envisagé et ceci quel que soit ce problème ; d’autre part je
passe une grande part de mon temps à réfléchir sur des situations — ou
des personnes — qui ne le méritent pas. J’ai ainsi de grandes
difficultés à me débarrasser des importuns car je leur fait toujours
crédit d’intentions plus riches que celles qu’ils offrent au premier
abord… Bref je suis incroyablement compréhensif ce qui ne manque pas de
me poser bien des problèmes. Si je comprends ainsi toutes les
déviations amoureuses de ceux qui m’entourent et pardonne toutes leurs
trahisons, j’ai toujours été incapable de m’abandonner à l’amour car
j’en percevais toujours les difficultés à venir et redoutais la
simplicité apparente de ce sentiment guidé par le désir.
Mais cette attitude psychologique offre aussi quelques avantages.
J’aime traiter les choses à fond, aller voir ce qui est au-dessous des
apparences et ne me laisse pas facilement berner, que ce soit par un
discours politique, un bonimanteur de foire ou un philosophe.
Redoutable dans les discussions de salon, je pousse la discussion dans
les retranchements les plus ultimes obligeant souvent mes
contradicteurs à se révéler bien au-delà de ce qu’ils auraient imaginé
devoir le faire. J’ai ainsi, tout au long de ma vie, affûté mon esprit
critique et si je me suis quelquefois fait berner, c’est en partie
parce que j’étais conscient de la tromperie qui m’était proposée et
que, pour des raisons qui alors m’étaient propres, il me convenait de
laisser croire que j’étais dupe alors qu’au fond des choses, c’est moi
qui menait le jeu.
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