Personnellement je photographie peu,
pourtant la photographie est une technique qui me séduit. J’ai horreur
photos qui ont des prétentions esthétiques, non seulement celles qui
veulent « faire joli » mais également toutes celles qui cherchent à
faire de la photo quelque chose comme un art plastique. Je regarde de
très nombreux albums photo: les albums photos de Marc Hodges
1 et
2,
les photos d'Oriane,
L'album photos de JPB, de nombreux autres encore parmi ceux qui abondent sur Internet. Mon album préféré est cependant
celui de Saint-Loup
car les clichés sont tout sauf des clichés: il ne s’intéresse ni à
l’esthétique ni à l’anecdote mais donne à chaque fois sa vision étrange
du monde. Au-delà de la fiction, ils sont en deçà de l’anecdote.
Je considère en effet que la photographie, si elle peut prétendre à
être une création d’ordre artistique ne doit rivaliser ni avec la
peinture ni avec la réalité. Elle ne doit être ni un simple témoin («
ça a été… ») ni un embellissement artificiel de ce monde tel que l’on
trouve si souvent, notamment dans la recherche de couleurs «poussées»,
d’un trop de couleur — l’exemple parfait de ce négatif étant pour moi
les portes colorées grecques ou provençales qui séduisent tant les gens
ordinaires…— Le monde est en effet plus fade qu’il n’y paraît, du moins
pour mon œil. De même les scènes à la Cartier-Bresson me gênent dans
leur construction artificielle, leur mise en scène du monde qui, pour
l’essentiel, comme tant d’autres, joue sur la nostalgie.
Ce qui m’intéresse c’est un regard presque impossible sur le monde, un
regard ascète, dépouillé, ponctuel, une façon de mettre en évidence, en
le stabilisant, en l’isolant, en le découpant, quelque chose
qu’autrement je n’aurais pas vu. Je ne suis pas loin de penser que
seule la photo aléatoire, prise par un automate, peut y parvenir. Dans
certains cas, la couleur est une gêne. Dans d’autres, lorsque c’est
cette couleur qui est donnée à voir, elle est une évidence.
Si, très souvent j’ai essayé de réaliser ce qui était pour moi la photo
idéale, n’y étant jamais, à mon sens, parvenu, je me contente depuis
d’analyser les travaux des autres. La critique est… (locution connue)
Je n'en suis pas si sûr tant nous sommes enfermés dans la bienséance
des conventions artistiques.