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Un petit morceau de bout de melon

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(Dessin : Jean-Louis Janssen)


Posted: 24/11/2007
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La découverte d'une galaxie parallèle mode bulle ascendante


 Un beau matin de septembre, j'étais là, au bord du trottoir, j'avais longé le grand boulevard au coeur de la ville, l'estomac au bord du gouffre, la gorge serrée, les doitgs noués autour de la poignée de cette putain de valise qui n'avait fait que d'rouler sur mes pieds. Jeune fille sérieuse, bac en poche, jupe orange, tongs à paillettes, cherche chaussures décentes pour faire cesser souffrance roulettes valise lourde sur peau fraîche et accessoirement pour se présenter à la responsable de l'internat. Vieille peau radine, aux moeurs du siècle dernier et à la tension en chute libre, me fait signer son p'tit papier me donne la clé -demerde toi pour trouver l'escalier...pas d'ascenseur c'est parti pour la montée qui déchire sa race, l'ascension transcendantale devrait-on dire dans cet établissement huppé, bourgeois et hypocrite...
Toujours en tongs, soyons courageuse, grimpons à l'échelle de la scolarité et de la renommée : tadadam voici l'étage des études supérieures...la grande classe mon cul ! La descente dans la ténébreuse Érèbe plutôt...la découverte d'une haute chambre jaune, l'internat des filles, le minuscule quadrilatère vicieux d'un site monastique, le couvent des oiseaux...Ah bon ? Cest plus un esprit sain dans un corps sain, mais un esprit enclavé dans un corps entravé ?

 Ce jour là c'était la fin d'une ère grandiose, la liberté sur la pelouse verte du parc lycéen, les fruits de mer à la cantine, les quelques dizaines de bâtiments sans style, disposés via un lancer de dés, la fin aussi de la promenade dans l'air brumeux des matins nazairiens, et de la route inclinée sur les doux reins d'une terre natale...je m'éveillai, c'était la maison natale...ah ma campagne ma province mon doux bétume natal, le port, le béton armé le "st-nazaire, c'est au delà du moche" ! ah douce mélancolie des instants restés au passé...le pain frais qu'il fallait démouler, le lait de la petite ferme d'à côté (qui certes puait parfois l'herbe broutée), le chien qui ronfle au fond du panier...la porte du garage qui grince, mon vélo, la pluie qui trempe et ce vent humide que je déteste, le bas des pantalons boueux, le manteau qui sentira le chat mouillé toute la journée...Boucles rousses à la récré, la vibration d'une percussion, la piscine et son immensité turquoise après les devoirs de littérature le vendredi midi...on n'était pas l'élite de la nation, seulement une bande de p'tits cons, mais on mastiquait du chewing-gum en classe et on était heureux !

Bien sûr on s'habitue à tout, on s'adapte et on intègre le refrain....J'avoue avoir déja oublié la sensation du gros bâtiment de brique rouge me tombant sur les pieds, et j'avance toute bancale, le coeur retourné, les ongles incarnés dans ce p'tit couloir de corps effondrés ; mais j'avance, et au fur à mesure (le bruit court), que mon corps tombera, mon esprit s'élèvera, et je n'ai pas oublié, papa, d'être intelligente -tu sais j'essaye de m'en souvenir tous les jours.
Alors l'hypokhâgne, un mythe ? Mis à part que le prof de philo est un extra-terrestre et que le prof de géo parle en latin, tout va bien ! Pas de vieille sorcière qui lançe de mauvais sort parce qu'elle te trouve plus belle qu'elle, seulement un prof de français passioné de Proust qui donne un peu trop beaucoup des dissertations à faire quand on a du temps libre la nuit par exemple. Pas de prince charmant supra intelligent qui fait qu'on s'trouve un peu cruchion sur les bords à côté quand même, seulement des camarades solidaires, révoltés par l'élitisme de notre situation mais lucides, travailleurs et passionés. Pas de tribu de villageois qui se transforment en loups-garous les soirs de pleine lune, seulement une poignée d'allumés qui font des nuits blanches pour rendre des devoirs. Pas de dragon à affronter, de donjon à escalader, de rival à dégommer, seulement un emploi du temps chargé, du travail à organiser, des loisirs à s'occtroyer en tentant de ne pas culpabiliser. Seulement un genre de vie à mettre entre paranthèse... Faisable, largement faisable, pour qui sait faire quelques sacrifices, preuve de relativisme et surtout, de tenacité. (Et j'ajouterais, de stabilité mais ce n'est que mon avis personnel que je pense dans ma tête.)

Reste juste que le fleuve à débouché sur l'océan, et qu'un océan de questions, ça donne la migraine.
Qu'est-c'que j'fous là ? Où vais-je ? Pourquoi ? Que faire, ne pas faire ? Où courir, ne pas courir ? Je ne sais, je ne vois, je vais en aveugle...
T'façon là ou ailleurs...Et t'façon, le sait-on jamais, où qu'l'on va ?

 
Bulle dorée qui brille de l'extérieur, bulle étanche qui détruit de l'intérieur...Paix à mon âme, paix à ma vie sociale, paix à mes délibérations scripturales. Amen.


Posted: 23/10/2007
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