Ethique de la prise en charge de la douleur:
de la compassion à la solidarité.
Dr: Fatma Haddad-Chamakh
INTRODUCTION
L'objet de ce texte est de mettre en lumière les aspects éthiques les plus problématiques de la question de la prise en charge de la douleur et de présenter quelques réflexions concernant certaines stratégies de maîtrise et de lutte contre la douleur.
L'étude procédera en trois parties, selon une approche multiple, analytique, phénoménologique et réflexive pour l'essentiel, mais puisant aussi dans le vaste réservoir de notre patrimoine culturel commun: celui de l'histoire de la philosophie et des idées.
La première partie sera axée sur l'analyse de l'expérience de la douleur comme phénomène structurant de la vie de l'individu, depuis son articulation dans le cri et la plainte jusqu'à son expression dans des attitudes éthiques existentielles comme la compassion, la consolation. Leur genèse, leur valeur morale, leur fondement philosophique seront examinés à la lumière de la figure de Job, symbole de la douleur humaine, protagoniste capital dans le problème du mal.
La deuxième partie, intitulée ‹‹De la compassion à la solidarité: transition du "pâtir à l'agir", conversion de l'homme souffrant en homme agissant››, examinera deux questions : en premier lieu, celle du passage de la compassion à la solidarité avec ses deux moments: le moment passif de ‹‹l'affection›› du moi par sa douleur et sa sensibilisation à celle d'autrui par la possibilité – et l'effectuation- de l'identification du moi à l'autre; et le moment actif de la prise en charge de la douleur: conversion du moi pathique, sous l'emprise de sa propre douleur ou affecté par la douleur d'autrui, en sujet agissant et solidaire; en second lieu, celle de la solidarité, comme obligation morale.
La troisième partie évoquera les principaux problèmes éthiques que posent des stratégies de prise en charge de la douleur, en deux volets: d'abord l'analyse des aspects éthiques des stratégies ‹‹ mentales ››faisant appel à des‹‹ techniques›› psychologiques, des doctrines philosophiques et religieuses de lutte contre la douleur, du stoïcisme antique au sabr (patience, longanimité) islamique en passant par le dolorisme chrétien, en laissant de côté l'examen des aspects éthiques des stratégies physico-chimiques et biomédicales relevant des sciences et techniques biologiques et médicales et des institutions de santé publique, qui feront l'objet de communications de la part de médecins et de spécialistes de la douleur lors des séances ultérieures de ce colloque; ensuite l'examen critique des aspects éthiques du rôle de la solidarité dans ces diverses formes de stratégies.
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