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Des Livres et Nous

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Un peintre qui vous inspire

Posté le 7/3/2007 à 23:19 - 0 Commentaires - poster un commentaire - Lien

Jeudi 15 février





LA GRADIVA

7-9, passage des Deux Portes 78000-Versailles


Echanges  entre  Céline, Madeleine, Magali, Yannick, Thérèse, Jean autour d'un peintre de notre choix et avec Yvette Graffeuil, peintre, qui nous a montré quelques photos de ses toiles et nous a parlé de sa passion pour Modigliani, l'un de ses maîtres en peinture.



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A priori rien de commun entre Jean Rouault, invité de notre prochaine Rencontre pour Lire et Modigliani, sujet proposé mais non obligatoire de notre après midi versaillaise. C’est le hasard qui au gré des lectures, des envies, des voyages a crée un lien discret entre cet écrivain et ce peintre à la destinée tragique. Dans son ouvrage, Les Champs d’honneur, Jean Rouault brode sur la phrase prononcée par le Christ ressuscité lors de sa rencontre avec Marie Madeleine : Noli me tangere – Ne me touche pas.

«   Cette révélation de l’amour lui suffit, l’occupera jusqu’à la fin de ses jours. Et Lui qui comprend, usant pour la première fois dans doute d’un tendre diminutif : « Mariam », dit-il simplement, et elle, se retournant : « Mon rabbi », ce qui en hébreu signifie mon maître, ce qui pourrait signifier mon homme, mon tout, ma sollicitude, car il est le seul à  la mesure de ce flux d’amour, le seul à l’étancher quand avant Lui tous les hommes entassés dans son lit n’y suffisaient pas. Et maintenant confiez ce scénario à un metteur en scène et voyez ce qu’il en ferait (Mon Dieu, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font) : il les précipiterait ahuris l ‘un vers l’autre, leur demanderait de s’étreindre fougueusement dans la joie des retrouvailles, et ni Jésus, ni Marie Madeleine, ni le metteur en scène n’auraient compris le fin mot de la résurrection. « Ne me touche pas », dit le Maître. « Embrassez votre tante », nous disait maman. »  

Ce passage est venu en résonance avec un commentaire du tableau du Titien sur le même sujet, aperçu dans le magazine La Vie. Il a résonné à nouveau à Florence lors de la visite de la basilique de San Marco et ses sévères cellules de moines. Seule décoration admise, une fresque illumine un mur de chaque cellule. Dans la cellule numéro 1, j’admire non plus sur papier mais dans toute sa réalité, une fresque où le noli me tangere est traité avec beaucoup de douceur.

Et c’est en Italie que cela se passe comme cette matinée ensoleillée à Rome. Quel bonheur, teinté il est vrai de quelques grammes de snobisme, de visiter une exposition consacrée à Modigliani dans son pays d’origine. L’audio guide laisse échapper entre les commentaires des œuvres, quelques bribes de cette existence malheureuse que restitue bien le roman de France Huser « La fille à lèvre d’orange ». Curieusement, à la lecture de ce livre, ce sont plus des images de Rome qui affleurent à ma conscience que des vues de  Paris où se déroule le drame. Sans doute car Modigliani est à jamais associé à la Ville Eternelle où la grâce de ses portraits m’a touchée en plein cœur.

 Magali


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Lettre de Jeanne Hébuterne à Modigliani de la main de Céline


Pourquoi me peins-tu sans cesse, Modi ? Tu peins toutes tes nuits devant ta toile. Que cherches-tu à saisir, dans la tristesse de mon regard ? Ta propre mélancolie ? Est-ce moi, Jeanne Hébuterne, ou toutes les femmes à travers moi ? Ta sensualité contenue, méditative, baigne tous mes portraits plus que les nus encore. Combats-tu ta solitude avec ces fantasmes féminins ? Non, Modi, je ne suis pas jalouse de tes conquêtes d'autrefois. Ma seule rivale est ton idéal de beauté :

"Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre",

écrivait Baudelaire. Je suis ta muse, tu possèdes mon âme, tu la tiens au bout de ton pinceau. Je ne veux plus être ta femme, seulement ton modèle pour que tu retrouves celle qui t'a donné envie de devenir peintre : la Vierge de l'Annonciation de Simone Martini. Peux-tu revivre cette émotion, ce séisme en toi, lorsque tu l'as vue pour la première fois à Sienne ? Suis-je vraiment madone digne de toi ? Tu as peint vingt-cinq fois l'ovale de mon visage, la ligne de mes épaules, mon long cou de cygne. Avec ces couleurs tendres, chaudes : l'ocre, l'orange, le rouge sur le fond d'azur de ton bleu idéal. Tu rêves l'harmonie parfaite. Toi, le peintre, tu as le pouvoir de voir au-delà de moi-même, d'attteindre ta vision -ton "illumination", comme Rimbaud. Je suis "ta fille à lèvres d'orange entreveue à la lisière de la forêt". Sur ce portrait de 1918, "Jeanne Hébuterne au chandail jaune", je croise les bras. Mon pull orange, mes cheveux roux allument la flamme d'un incendie, sur un ciel de fresque claire.  Dans le dernier portrait que tu peins de moi, je suis devant la porte rouge, les mains ouvertes, les doigts allongés, en geste d'offrande, tout entière à toi, comme Marie donnée à Dieu. Je me déhanche légèrement pour ressembler à ces vierges effarouchées se dérobant à la parole de l'ange -celle de Lorenzo Lotto, si étrange avec ce mouvement de recul de tout le corps. Mais moi, je n'ai pas peur. Tant que je vis sous ton regard, j'existe. Je veux passer a vie à poser pour toi. Faire tout ce que tu diras : arrondir les bras, lever mon index comme l'ange de l'Annonciation. N'être qu'un "oui" pour toi, comme Marie.


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Lecture par Madeleine d'extraits de  "La vie fantasmagoriquement brève et étrange
d'Amadéo Modigliani."
de Velibor Colic ,roman mosaique traduit du serbo -croate par Mireille
Robin  édition du serpent  à plumes

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"L'incendie du Parlement" de Turner


Si l'opéra a connu dès le 18ème siècle un débat de fond sur la prédominance respective du texte et de la musique (prima la musica dopo le parole e vice versa) , la peinture n'a pas véritablement connu d'équivalence concernant le dessin et les couleurs avant le 19ème siècle. Or, si pour l'opéra on peut s'interroger sur cette prédominance, il n'est pas question d'une émergence exclusive de l'une des branches de l'alternative. En revanche pour la peinture l'approche s'avère plus radicale : peut-on imaginer un art pictural où la forme aurait disparu cédant la place à la seule couleur ou plutôt aux seules couleurs car nous n'en sommes pas encore au monochrome ?

Il semble que le premier grand peintre (peut-être y a-t-il eu auparavant d'autres tentatives émanant d'artistes moins connus) ayant osé cette nouvelle approche est Turner. Après avoir été influencé par Le Lorrain, Gainsborough, Wilson, etc... et avoir énormément dessiné (près de 100 dessins de lui à la Tate Gallery) il a été élu en 1799 à la Royal Academy. Sa facture a donc longtemps été traditionnelle. Or, à l'approche de la soixantaine en 1834, il peint "L'incendie du Parlement"  qui est avant tout un travail sur la couleur proche de l'abstraction. Le feu flamboie sur l'eau comme il ferait sur de l'huile et semble déssecher le ciel. On distingue tout juste une silhouette du pont, le reste n'est que couleur et embrasement. Cette toile marque sans l'ombre d'un doute un tournant dans l'histoire de la peinture...

Jean


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 «  La nuit tombe » ( 1939, aquarelle sur étoffe)  Paul Klee / l'oeuvre qui a accompagné Yannick

"Les mots sont des fenêtres, des portes entrouvertes dans l'espace ; je les devine à la pression de nos paumes sur elles, aux empreintes qu'elles y ont laissées". Edmond Jabes

Une toile carrée mais dont le cadre, comme souvent chez Klee, n’enferme pas le sujet représenté ni même la nuit, affirmant ainsi son caractère arbitraire, renforcé par l’épaisseur du trait et des contours et, par voie de conséquence, l’infini ou l’inachevé de l’espace mural, dont on ne verrait qu’un fragment, comme s’il était à l’image des végétations microscopiques, proliférantes, que Klee baigne d’une lumière magique. Dans cette vision de près, si près qu’on discerne la toile de tissu sous la peinture, le regard éprouve le besoin de se raccrocher à des lignes de forces, ne fût-ce que pour respecter la tradition occidentale. Et en effet, cet espace blafard, que seuls les suffixes péjoratifs pourraient qualifier ( « jaunâtre, verdâtre, bleuâtre »), où  des couleurs peu franches se mélangent et s’effritent, se superposent et se décomposent, muraille trouée de bleu, où flottent des figures géométriques, qui semblent des signes, sans lien ni rythme apparent, champ de matière picturale travaillée, usée, jusqu’à la corde et qui se défait sur les bords, auquel s’oppose la nuit lisse et profonde et lumineuse, cet espace spécifique du peintre qui, au fond, pourrait être sa dernière palette, semble traversé de diagonales, de perpendiculaires et d’horizontales, virtuelles ou fragmentaires.

Depuis le coin gauche, en bas, la diagonale part d’un cercle aux reflets verts et blancs, le vert synthèse du jaune et du bleu, épars dans le tableau, le vert, malgré les éléments hétérogènes, repris en écho par la figure du haut, au coin droit opposé, dans le dessin de sa tête, qui termine la diagonale, et que j’appelle l’ange.

La diagonale passe d’abord entre deux figures énigmatiques. Celle du haut inscrit une verticale qui désigne, comme un doigt accusateur, le cercle de lumière verte, en quoi je vois une tête coupée de son corps. La menace est soulignée par des angles aigus de montagne ou de clochers renversés. Leur base est solidaire du cadre où apparaît la nuit. L’autre forme énigmatique, en dessous, est composée d’un demi-cercle et de deux segments. Cela pourrait ressembler à une faucille ou à un crochet si l’on adoptait un point de vue figuratif. En tout cas, son autonomie, ou son unité formelle est mise en valeur par le fait qu’elle sépare deux surfaces de peinture, la bleue et la jaune, même si ces couleurs sont hétérogènes, incertaines comme dans le reste de la toile. En outre, de façon contradictoire, cette forme graphique au trait noir épais nous fait voir la nuit sous le tissu de couleur, comme d’ailleurs tous les autres signes. Ceux-ci participent donc de l’espace nocturne, ils flottent dans un espace autre et on se demande si la fragilité des couleurs va longtemps résister à l’avancée de la nuit…

Si le regard poursuit la diagonale il rencontre l’énorme losange, exactement au centre, facteur d’équilibre et de symétrie. On dirait un étendard à l’intérieur duquel, encore une fois, s’insinue la nuit, sur les bords. C’est donc une fenêtre, mais occultée par ce tissu plâtreux qui constitue la matière du mur. Fenêtre-étendard dont la hampe de travers semble indiquer que cet oculus en forme de losange se trouve au centre par hasard…Un hasard que le geste du peintre transforme en nécessité.

La diagonale s’achève dans une ouverture nocturne où une figure dynamique  passe, mystérieusement, de la nuit au mur, ou, si l’on préfère, de l’extérieur à l’intérieur de la palette…c’est-à-dire de l’atelier. Les oppositions et les dualités s’abolissent. Il s’agit bien d’un ange et son mouvement semble appeler…

L’autre diagonale est décalée, il faut la faire partir de la croix lumineuse, qui se trouve dans la fenêtre du bas, dont les branches sont allumées par le vert. Elle passe ensuite par des formes horizontales et les étranges créatures célestes qui flottent, elles aussi, dans la nuit. A noter que le fond bleu où apparaît la croix est éclairé par un voile blanchâtre et transparent qui parcourt la toile à droite, sur toute sa longueur, de haut en bas, comme une voie lactée…

Les formes horizontales qui, en contrastant avec la dure verticale accusatrice reprennent virtuellement le symbolisme de la croix, jouent en écho les unes avec les autres. Celles qui se trouvent à droite, entre l’ange et la fenêtre du bas, s’avancent latéralement, comme encouragées par l’ange, elles impriment un mouvement à ce mur statique qui contient le corps décomposé, dont on voit, en bas, la tête et des membres flotter, bras et jambes, si l’on adopte une perspective semi-figurative.

Quelque chose est en train de se jouer. Ces êtres qui sont en train d’épouser la peau rapiécée d’un tissu en haillons, les lambeaux de couleurs gagnées par le gris, frappées de marbrures inquiétantes, ils poussent vers la gauche, vers le mort, vers le doigt terrible du Juge. Entre cette figure en mouvement, espèce de main grise et fantomatique, et l’étendard central, il y a un idéogramme, familier de Klee, dans sa dernière période, comme un ying et un yang réinterprétés, auto-citation aussi, qui rappelle son tambour de la mort, qui emprunte à la calligraphie chinoise, comme ici .

Sur la même ligne horizontale flotte ou avance un petit drapeau, de couleur jaune, à moins que ce ne soit une tête. Avec la tête du bas, et l’ange du haut, il est la troisième figure fermée, symétrique de l’idéogramme par rapport à l’étendard central, qui constitue la quatrième figure fermée, et elle s’inscrit dans la diagonale  qui part de la croix. Comme le cercle du bas, le rectangle est prolongé par une droite.  S’agit-il d’un autre corps ? En décomposition – comme les couleurs - ? ou en voie de recomposition ? Ses membres épars semblent en tout cas au moins s’aligner sur une ligne de force ascendante, oblique d’ailleurs suggérée par un trait épais, esquissé, trace d’un geste, absorbée par la peinture, et non, comme les autres traits, qui révèlent la nuit en même temps que, grâce à elle, à cette nuit infiltrante, ils s’insèrent dans le mur et se trouvent chargés de symbolisme, de représentation signifiante, comme des fruits de la nuit - et du rêve ?- . Au lieu d’une épiphanie de la nuit, où le peintre semble calligraphier directement sur une plaque de verre des formes disloquées en plomb de vitrail, il nous indique ici, par ce geste – ultime ? – où l’on devine qu’il a écrasé son pinceau, un pinceau sec, qui n’est plus assez imbibé d’encre, à même la matière des couleurs, une direction.  Celle-ci s’origine dans la tête de la croix, elle s’achève près de la verticale du Juge et de l’horizontale du cadre. Promesse de résurrection ? Sans doute est-elle plus avancée que le mort du bas, dont les membres – ou si l’on veut, les corps désagrégés d’hiéroglyphes - ne s’inscrivent dans aucune ligne dynamique et, de surcroît, bien que perçant la matière bleuâtre ou jaunâtre et  bientôt grise, semblent pris dans la glue de la palette. Mais on peut tout aussi bien lire autrement et croire que ce sont précisément ces fragments calligraphiques qui  précipitent l’action dissolvante de la nuit et qu’à terme, le mur de couleurs disparaissant, tous ces membres épars iront rejoindre les autres figures de la Nuit mystique… 

Une analogie de formes, troublante, apparaît enfin : la grande créature céleste à antenne présente trois triangles tournés vers le bas, et ils semblent reprendre la forme du doigt pointé. Par ailleurs, ces flèches sont réunies par une base. Ne dirait-on pas une couronne à l’envers, sinon un château, la cité céleste, Jérusalem ? Alors le doigt du Juge a son reflet, son double de douceur au ciel…

La mort peut venir, la grisaille dévorer les couleurs, amenuiser les formes, la nuit est en dessous et l’ange vole dans l’opacité du monde, entre les mondes. Le tissu se défait déjà sous la lumière de la nuit acide …

La tension entre « la nuit qui tombe » » et le masque de plâtre passe par l’épreuve du gris qui recolle les morceaux de pauvres couleurs, afin de consolider l’édifice précaire d’un mur-palette, l’atelier que troue déjà la vraie lumière, à la faveur des derniers traits épais et puissants du si grand dessinateur qu’était Paul Klee, prêt, maintenant, à rendre les armes et ses larmes d’encre noire.

Yannick




                                                                          

                                                                                           


Delivrez Proust

Posté le 23/2/2007 à 22:09 sur Spectacles - 0 Commentaires - poster un commentaire - Lien

 

 

Dimanche 18 février 2007. Stop.  Quatre  membres du « Commando » Des livres et Nous ont rendez-vous avec Délivrez Proust. Stop.  Théâtre Lucernaire Rue Notre Dame des Champs, Paris. Stop. 17 heures. Deux membres –en possession des billets d’entrée- sont absents. Stop. Les deux autres –Céline et Luc-  bataillent   avec le guichetier qui leur vend deux billets et les  rachète instantanément : Magali et Thérèse surgissent. . Tous les quatre grimpent un étage et s’engouffrent  dans une salle.  Stop. Rappel à l’ordre par l’ouvreuse. Stop.  Delivrez Proust est à l’étage supérieur. Ils courent,  les chemins sont  multiples ! Stop. Ils échouent  sur des fauteuils rouges au premier rang : face à eux  trois cabines rayées bleu/blanc  et deux transats occupés : ne serait-ce pas  Monsieur Proust en costume blanc et Madame Verdurin en robe de mousseline saumonée ? « elle poussait un petit cri, fermait entièrement ses yeux d’oiseau qu’une taie commençait à voiler, et brusquement, comme si elle n’eût eu que le temps de cacher un spectacle indécent ou de parer à un accès mortel, plongeant sa figure dans ses mains qui la recouvraient et n’en laissaient plus rien voir, elle avait l’air de s’efforcer de réprimer, d’anéantir un rire qui, si elle s’y fût abandonnée, l’eût conduite à l’évanouissement » [Un amour de Swann]

Thérèse

 


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