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14/7/2007 - LaByRiNTHe (ReVue eT CoRRiGé)




Au dessus de mon épaule, la glace reflète le dessin accroché derrière moi : le labyrinthe de la cathédrale de Chartres, que j’avais fait d’après une photographie bien avant qu’il ne devint tant soit peu à la mode et qu’on ne se mit à en étudier le sens ésotérique, les effets bioénergétiques, que sais-je encore. Je l’ai retracé des dizaines de fois, je l’ai dans les doigts encore plus que dans la tête. Par la suite je me suis intéressée à d’autres labyrinthes, ceux de l’Antiquité, celui de Reims avec ses quatre bastions, ceux d’Amiens, de Sens. Ils sont là eux aussi, sur le mur. Quand j’ai commencé, je n’étais pas encore très loin de toi. Pendant longtemps j’ai dessiné des labyrinthes, suivi leur détour du doigt ou des yeux, à l’endroit, à l’envers, vers le centre, vers l’extérieur. J’en suis finalement revenue à celui de Chartres comme au plus parfait, celui dont les circonvolutions ressemblent le plus à celui du cerveau et à celles de la vie.

La photo qui m’a servi de modèle est prise d’en haut, parce que pour voir le labyrinthe en son entier, il faut s’élever au-dessus de lui. Il est constitué de couloirs concentriques, mais divisé en quartiers incomplètement séparés puisque certains couloirs, tels des ponts, les relient entre eux. Semblables à première vue, ils recèlent une asymétrie essentielle, étant formés par les replis d’un seul lacet enroulé. On repère facilement cette asymétrie sur celui des quatre rayons qu’on pourrait prendre pour la tige de la rose à six pétales épanouie au centre, ou pour un passage direct de l’entrée du labyrinthe à son cœur ; or il n’y a pas de passage, la « tige » s’infléchit vers la gauche et revient pour former un premier repli, tandis que celui qu’elle dessine à droite, non pas en face mais décalé d’un niveau, c’est le dernier avant le court segment de rayon qui va plonger au cœur de la rose : entre ces deux replis on aura parcouru tout le labyrinthe, et pourtant ils sont si proches, à se toucher… Cette situation où  l’on se retrouve presque au même point qu’a une précédente étape se reproduit régulièrement, mais elle est imprévisible pour le pèlerin qui rampe sur le sol et qui, sans cesse renvoyé du centre à la circonférence et inversement, ne sait jamais où il en est de son parcours.

Du fait de l’enroulement en replis concentriques, les virages en épingle à cheveux se font face deux à deux, de sorte que deux pèlerins peuvent à un moment donné se frôler alors que, chacun dans son couloir, ils en sont à des étapes du parcours très éloigné l’une de l’autre. Ainsi, la courbe que je suis en ce moment me ramène vers K, qui chemine dans le couloir voisin entre sa dix-septième et sa vingtième année. Aussi proche et aussi inaccessible que mon reflet dans ce miroir, elle me fait signe. A force de la fixer, les yeux dans les yeux, je la vois aussi comme de très loin, sur la rive opposée d’un fleuve. Elle est restée là-bas, de l’autre côté, elle a toujours dix-sept ans. Je l’avais laissé derrière moi, mais dans le labyrinthe on reviens tôt ou tard vers ce qu’on a laissé derrière soi. On ne peut pas le reprendre, on ne peut pas non plus l’oublier.

Tandis que le labyrinthe est parfait dans son asymétrie équilibrée, l’entrelacs des rues sur le plan laisse à grande peine discerner le déroulement en spirale de la ville : c’est que des milliers et des milliers de labyrinthes, dont nul ne coïncide avec un autre, doivent pouvoir s’y dessiner. Longtemps avant de connaître celui de Chartres et le nom même de labyrinthe, un des jeux préférés de l’enfance de K consistait à tracer, en marge d’un cahier ou entre les taches d’un buvard, une ligne aux sinuosités les plus compliquées possible mais ne se recoupant jamais, sans lever la pointe du crayon et en changeant de direction à intervalles réguliers. Chaque virage était un choix parmi une infinité de lignes dont une seule devenait réelle. Ensuite on refaisait le parcours en sens inverse, il n’y avait plus de choix, et K se demandait toujours s en vérité, si il n’en avait pas était de même à l’aller, si tous ces embranchements possibles n’étaient pas pure illusion au long d’un itinéraire tracé d’avance.



Voir le lien suivant pour les significations du labyrinthe : click ici


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