|
Depuis le début de mon stage, je prends le bus de 7heures30 puis le métro qui me dépose devant la cathédrale. Je ne commence qu’à 9heures, alors je m’arrête acheter le journal local, des clopes parfois, et je m’installe dans un café.
Le premier jour, je n’y suis allée que le matin. Le patron, la patronne et une serveuse trônaient derrière le bar, quelques habitués, des gens de passage, rien de particulier.
Le deuxième jour, j’y ai posé mon sac en fin de journée, en sortant du stage. Je me suis installée pour la première fois à la terrasse. J’ai eu la surprise de voir arrivé vers moi (alors que je m’apprêtais à commander un café au bar), un jeune serveur d’à peu prés mon age.
Plutôt agréable au regard. Je lui fais ma commande. A son retour il me lance : « Vous êtes tatoueur ? »
Surprise de sa question, et étant plongée dans un livre, j’ai cru mal entendre, je lui demande de répéter. « Vous êtes tatoueur ? »
Moi : « Absolument pas… » Le voyant regardé la couverture de mon book j’enchaîne : « Vous dites cela à cause des dessins ? »
Lui : « Oui, et puis j’aimerai me faire tatouer, mais je ne sais pas trop ou aller, on m’avait parlé de ////////, mais il est fermé depuis peu. »
Moi : « Je ne suis pas tatoueur non, je dessine simplement. Vous avez une idée de tatouage déjà ? »
Lui : « Oui un dessin polynésien »
Moi : « C’est particulier oui, je ne suis pas spécialement au courant des bons ou mauvais tatoueurs du coin. »
Lui : « Vous demandez cher pour vos dessins ? »
Moi : « Oula, je n’en fais pas mon métier, c’est juste pour moi, mes amis…à titre perso.
Lui : « Haa d’accord… » Il me fait un sourire et reprend son travail.
J’étais contente qu’il trouve un prétexte pour m’aborder, mais je ne me suis pas trouvé à la hauteur, j’aurai voulu paraître plus détendue, le regarder droit dans les yeux. Je n’ai pas su…
Le troisième jour, le bus de 7 : 30 n’est pas passé, je suis arrivée plus tard. La veille j’avais cédé à une collègue de travail qui m’avait proposé de boire le café avec "eux" J’ai fini par céder, et donc ce matin là, je n’ai pas lu mon journal au café.
Je m’y suis donc rendu pour midi. J’ai pris ma pause déjeuner à 11h20, histoire de ne pas tomber dans les embouteillages du resto, et de ne croiser que peu de regards, (mais aussi et surtout dans l’intérêt de passer plus de temps au café).
Midi et quelque je m’installe donc à une petite table à l’intérieur du fameux café. Il est là. Il me voit. C’est lui qui me sert mon café. Noir aujourd’hui, bien serré.
Il y a peu de monde à cette heure là (bizarrement), et j’espère secrètement qu’il trouvera une approche pour revenir vers moi.
Un homme, style bohème entre dans le café, s’installe au comptoir. Il commence à monologuer, observe les tableaux d’artistes sur les murs, commente. Puis voyant qu’il n’intéresse pas grand monde, il s’adresse directement au jeune serveur. Celui-ci lui répond d’un air amusé. Il faut dire que l’homme bohème à l’esprit artiste à un côté rocambolesque.
Je pose mon livre et mon stylo (je relevais un passage du livre), m’allume une cigarette et participe visuellement à la discussion. Je croise son regard. Il me le renvois, accompagné d’un sourire. Mon cœur bât.
Il se lance… me demande ce que je lis : Je lui réponds : « la bête qui meurt. »
Il passe devant le comptoir, s’approche de moi, en regardant l’ouvrage. Je le lui tends.
Il lit le derrière de couverture. S’arrête. « Vous notez un passage qui vous intéresse ? »
Moi : « Oui exactement. »
Il ouvre le livre au niveau du marque page et lance : « Donc à cette page il y a un passage que vous jugez intéressant. » Il commence à lire le texte à voix haute puis fini dans la tête.
Voilà le passage :
P102. Quand on vit chaste sans sexe, comment supporter les défaites, les compromis, les frustrations de l’existence ? En gagnant plus d’argent, toujours plus ? En faisant des enfants ? Ca aide mais c’est loin de valoir la Chose. Parce que la Chose à élu domicile dans ton être physique, dans ta chair qui naît, la chair qui meurt.
Parce que c’est seulement quand tu baises que tu prends ta revanche ne serait-ce qu’un instant sur tout ce que tu détestes et qui te tiens en échec dans la vie. C’est là que tu es le plus purement vivant, le plus purement toi-même. Ce n’est pas le sexe qui corrompt l’homme, c’est tout le reste. Le sexe ne se borne pas à une friction, à un plaisir épidermique. C’est aussi une revanche sur la mort. Ne l’oublie pas la mort. Ne l’oublie jamais. Non, le sexe n’a pas le pouvoir illimité, je connais très bien ses limites. Mais dis moi tu en connais un pouvoir plus grand ?
Je suis gênée qu’il est lu ce passage. La première chose qu’il apprend de moi, c’est ce bout de texte que j’ai noté.
Il repose le livre, me demande si j’aime les bouquins qui parlent d’érotisme…
Je lui réponds que oui j’aime ce sujet, que je lis également des sujets sur la folie…
« Le dernière livre que j’ai lu s’appelle « l’amanite », il parle de la folie d’une femme emprisonnée pour meurtre. »
« De sa vie avec les autres détenues ?»
« Non elle n’a pas de contact avec les autres, elle décrit ce qu’elle ressent, la folie qui la ronge. »
La serveuse, de notre âge aussi, entendant le serveur parler « bouquin » lui lance :
« Tu sais lire toi ? »
Lui : « Tu serais surprise de voir la quantité de livre que j’ai lu. Et toi toujours sur tes arlequins ? »
Elle ne relance pas, vraisemblablement calmée.
Il me regarde. Non il m’observe. Il me dit qu’en ce moment il lit le dernière Ouelbeck, il me site des titres de livres, savoir si j’ai lu un tel, si j’ai aimé celui-ci.
Je prends des notes des titres qu’il me donne. Lui dit que dés celui-ci terminé j’irai à la FNAC en acheter un de cela.
Le bohème tente de s’immiscer, en bafouillant quelque chose d’inaudible pour moi (il faut dire qu’il a enchaîné plusieurs cocktails depuis son arrivée). Le serveur lui répond :
« Elle c’est une artiste »
« Non non du tout, je m’intéresse à l’art mais ce n’est pas du tout mon métier. »
« Que faites-vous dans la vie » ? J’adore quand il me vouvoie. Ca met une petite barrière qui me plais bien.
Je t’observe je te désire, mais de derrière cette barrière. Je joue le jeu pour toi, pour te séduire. Je me cache derrière ce vous. Comme je mettrais un chat devant mon visage. C’est un vous excitant. Je souhaite qu’il franchisse cette barrière, mais pas trop vite, en douceur, joliment.
« Je suis dans l’informatique » (réponse plus courte que pour le serveur, mais trop de détail n’est pas bien venu ici. »
Il à l’air surpris. Tant mieux, j’aime surprendre.
Des clients arrivent, et la patronne le rappel.
Le bohème voyant place libre, me demande si je souhaite boire un cocktail, je lui réponds que je ne bois pas d’alcool. Merci. Il insiste, je lui « offre » donc la possibilité de me payer un café. Il me parle depuis son perchoir, me dit qu’il est artiste, qu’il dessine. Et que ce soir en rentrant chez lui, je serai sa muse, et qu’il me dessinera. Il me flatte qu’il n’en peu plus.
J’ai toujours apprécié les âmes d’artistes (même bourrée), ils ont une façon de parler, d’employer les mots. Je trouve ça beau. Il est d’Espagne, et a gardé l’accent, si bien que parfois je le fais répéter. Nous discutons, de la Vie, du bonheur, de la folie, de l’évangile.
Il me demande si je crois en Dieu. Je lui réponds que j’ai déjà assez de mal à croire en moi, alors en Dieu…
« Sais tu pourquoi les femmes ne croient pas en Dieu ? » Sans me laisser le temps de répondre il enchaîne « Parce qu’elles sont jalouses. Dans le cœur d’un homme qui croit en Dieu, Jésus aura toujours la première place, il sera toujours le premier…et les femmes ne peuvent pas l’admettre, elles veulent cette place. »
Il me propose un autre café, puis un troisième. Lui prend un whisky glaçon…un double.
Le serveur me regarde l’air amusé : « Un déca ? »
Moi sourire aux lèvres : « Oui un déca SVP »
Au rythme ou il me paie les cafés je vais bondir toute la journée.
Il me dit que si Dieu m’a fait belle, c’est qu’il y a une raison. J’ignore cette raison pour le moment, mais il faut que je fasse mon chemin de croix et je finirai par le savoir, alors je serai heureuse. Il me dit que je mens souvent, que je cache. Je ne sais comment mais il devine que j’écris, que je m’analyse. Il me dit de ne pas le faire souvent, que je vais finir psychopathe, sombrer dans la folie.
Je lui dis que je suis déjà border-line à ce niveau.
Il me sourit.
Il regarde mes bras, mes hanches. Cela me gêne, mais je ne dis rien.
Paolo, c’est son prénom. Il me demande quand est ce que je reviendrai ici, s’il peu m’inviter à manger demain.
Je lui réponds, qu’un café suffit, que je ne peu pas accepter une invitation à déjeuner, que c’est beaucoup trop. Il me répond espérer me recroiser dans ce même café dés demain.
L’heure passe et je dois partir.
Je me lève pour payer mon premier café de mon arrivé. Je règle au serveur :
« Vous revenez en fin de journée ? »
Je tourne mes yeux sur ma gauche pour indiquer Paolo : « Je ne sais pas trop… »
Lui : « Il ne sera plus là… »
Je souris : « Dans ce cas, oui, je serais là, après ma journée de boulot je repasse… »
J’aurai voulu lui lancer un « à toute a l’heure », mais Paolo écoute je présume et je ne souhaite qu’il gâche mon temps avec ce serveur.
Il faudrait que je me lance, et lui demander son prénom…
|
Les gens qu'on croisent dans notre vie sont source dde bonheur, d'inspiration et sont enrichissants, partout où ils sont nichés ....
Il suffit de regarder.