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LE BLOG DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

• 6/4/2006 - 1956 le Poujadisme



2 janvier 1956

Les Poujadistes entrent au Parlement


Article :
La mort de Pierre Poujade, précurseur d'un nouveau populisme
(Le Monde du 29 août 2003)


L'ancien dirigeant de l'Union de défense des commerçants et artisans, décédé à l'âge de 82 ans, fait la transition de Jacques Doriot à Jean-Marie Le Pen. L'intrusion du poujadisme dans la vie politique française a marqué la fin de la IVe   République

Rares sont ceux  qui, comme Pierre Poujade, mort mercredi 27 août, à 82  ans, dans sa maison de La  Bastide-l'Evêque (Aveyron), ont le privilège de léguer à la postérité un "isme" accolé à leur patronyme. Retiré, depuis une trentaine d'années dans son exploitation agricole d'où il s'efforçait de promouvoir le topinambour comme carburant d'appoint, cette personnalité saillante des années 1950 a fourni un style et un nom au premier populisme protestataire à se frayer un chemin jusqu'au Parlement dans la France d'après 1945.

Le poujadisme peut se définir comme une rébellion sectorielle érigée en vision du monde puisant dans le répertoire de la révolte contre les "gros", le fisc, les notables et le rejet des "intellectuels" au nom du "bon sens" , des "petites gens" .

Comme l'écrivit un contemporain, le sémiologue Roland Barthes, qui lui consacra deux de ses Mythologies (Le Seuil), l'homme prétendait à une "vérité mythologique" et considérait "la culture comme une maladie", "ce qui , concluait Barthes, est le symptôme spécifique des fascismes" .

Né à Saint-Céré (Lot) en 1920, Pierre Poujade a pour père un architecte disparu prématurément. Frais émoulu d'une école religieuse, le voilà qui milite dans le mouvement fasciste de Jacques Doriot, le Parti populaire français. Pendant l'Occupation, séduit par la "révolution nationale" du maréchal Pétain, Poujade rejoint les Compagnons de France. Mais après l'invasion de la "zone libre" par les Allemands, fin 1942, il s'évade en Espagne et s'engage dans l'aviation à Alger. Soit un itinéraire classique de jeune "vichysso-résistant" qui lui permet de rencontrer sa femme, Yvette, une "pied-noir" qui lui donnera cinq enfants.

De retour à Saint-Céré, il devient représentant en papeterie. D'où le surnom de "papetier de Saint-Céré" qui accompagne l'incursion de "Pierrot" dans la vie politique troublée de la IVe  République. Tout commence le 22  juillet 1953, dans un contexte où l'image et la situation du petit commerce sont bousculées par les souvenirs des profits liés au marché noir tandis que les Français rêvent de drugstores et de Prisunic.

L'amnistie fiscale accordée par Antoine Pinay en 1952, laisse du temps libre aux "polyvalents" qui s'abattent alors sur les petits commerçants et artisans. Alerté par un conseiller municipal communiste (le PC se démarquera ensuite violemment de lui), Pierre Poujade met spectaculairement en déroute une vingtaine d'inspecteurs du fisc. Dès lors, l'ancien amateur de rugby va voler de succès en succès. L'Union de défense des commerçants et artisans (UDCA) est fondée le 29  novembre 1954. Toute l'année 1955 sera marquée par les "coups" des poujadistes contre les contrôleurs des impôts. La campagne électorale de 1955-1956 se fait au cri de "sortez les sortants  !" .

Les dérapages se succèdent. Lors d'un débat à l'Assemblée nationale, Pierre Poujade ôte sa veste, créant par ses strip-teases répétés un véritable style dont raffole la grande presse, comme Paris Match , au faîte de sa diffusion.

Plus graves sont les propos xénophobes ou antisémites dont les meetings de l'UDCA sont truffés  : "Mendès... (dent de lait) n'a de Français que le mot ajouté à son nom." " Avouez que la santé, comme le sang des nôtres, vous vous en moquez éperdument" , lance-t-il à Pierre Mendès France qui vient de faire abolir le privilège des bouilleurs de cru et s'efforce de lutter contre l'alcoolisme. Evoquant en 1970 un meeting qui, le 24  janvier 1955, rassemble à la porte de Versailles des dizaines de milliers de militants, Pierre Poujade, cherchera à prouver sa bonne foi de démocrate. Il n'aurait eu alors qu'un geste à faire pour marcher à la tête de ses troupes sur l'Elysée ou le Palais-Bourbon...

Contre toute attente, l'UDCA, qui regroupe alors 400  000  adhérents, rafle 52  sièges à l'Assemblée nationale, le 2  janvier 1956 (2,4  millions de suffrages). Parmi les entrants, un tout jeune député qui fait ses premiers pas en politique  : Jean-Marie Le  Pen. Pierre Poujade ne tarde d'ailleurs pas à se fâcher avec "le beau garçon avec une gueule terrible" . Il lui reprochera d'avoir tenté un noyautage de l'UDCA au profit de personnalités d'extrême droite comme Me  Tixier-Vignancourt. Le  Pen, de son côté, s'irrite du peu d'entrain que Poujade manifeste, selon lui, pour la conquête du pouvoir.

Le poujadisme ne tarde pas à être recouvert sous les péripéties de la guerre d'Algérie – beaucoup de ses sympathisants sont "Algérie française". Le retour au pouvoir du général de Gaulle en mai  1958 met fin à la période faste.

Le mouvement s'étiole. Pierre Poujade soutient, en 1965, la candidature de Jean Lecanuet à l'élection présidentielle, tout en refusant d'en appeler à voter pour l'ennemi de naguère, François Mitterrand (à qui il finit par se rallier en  1981 et 1988). En 1995, il opte pour Jacques Chirac.

Devenu objet de curiosité plutôt qu'acteur à part entière, Pierre Poujade s'est encore déclaré favorable dès 2001 à la candidature de Jean-Pierre Chevènement. L'homme n'a cessé de poursuivre de sa vindicte imitateurs ou héritiers présomptifs, de Gérard Nicoud, qui réveille la contestation des petits commerçants dans les années 1970, à Jean-Marie Le  Pen. A propos du président du FN, il s'exclamait en 2002 qu'il "aurait mieux fait de se casser une jambe que d'en faire un député". Contrefaçon ou pas, le populisme version Poujade a fait école.


Nicolas Weill : trois questions à... Michel Winock


1 - Historien, vous avez traité la question du poujadisme dans La République se meurt (Folio histoire). Ce mouvement s'inscrit-il, selon vous, dans une tradition de populisme à la française  ?

Assurément, le poujadisme a des antécédents dans les fièvres populistes qui secouent la France depuis la fin du XIXe  siècle. On trouve dans le boulangisme des années 1887-1889 les traits communs du populisme protestataire  : défense des productions nationales, xénophobie, volonté d'en finir avec les "bavards" du Parlement et la corruption, de restaurer l'autorité de l'Etat sous la responsabilité d'un chef... Le mouvement entend dépasser le clivage droite-gauche, donner sa voix au vrai peuple de France au détriment des élites. A peu près à la même époque, le mouvement lancé par Edouard Drumont présente des caractéristiques voisines, mais il est d'abord antisémite  : il attribue à une imaginaire "invasion juive" les malheurs du pays. On pourrait aussi aisément trouver dans les journaux catholiques de la Bonne Presse, notamment La Croix et Le Pèlerin , des accents populistes  : défense du petit peuple des villes et des campagnes contre la "Bourse juive".

2 - La dimension sociale est-elle prépondérante  ? Explique-t-elle l'existence, éphémère, du poujadisme à la fin de la IVe  République  ?

Oui, l'originalité du poujadisme c'est qu'il éclôt au cœur des "trente glorieuses", sous les coups d'une modernisation devenue un impératif de la IVe  République. L'Union de défense des commerçants et artisans (UDCA) bénéficie bientôt d'une alliance  : celle des victimes de la décolonisation en Afrique du Nord. Mais le succès électoral de 1956 est un feu de paille. L'échec final tient au conservatisme foncier du mouvement dans un monde en plein changement  : "Nous défendrons, dit Poujade, la structure traditionnelle de l'économie française." Programme évidemment suicidaire  !

3 - Quelle signification donner à la postérité du mot poujadisme  ?

Le mot recouvre aujourd'hui les mouvements de défense catégorielle, corporatistes, à la fois protestataires (contre le fisc, l'Etat en général) et identitaires (contre les étrangers). En ce sens, Jean-Marie Le Pen en est l'héritier. Ex-député poujadiste - en 1956 -, il a intégré, par la suite, dans l'idéologie de son Front national à la fois la protestation contre les élus, les partis dominants - la "bande des quatre" -, l'Etat prévaricateur, les parlementaires corrompus et l'affirmation d'une identité française contre tout ce qui la menace  : l'immigration, l'Europe, la mondialisation. Sans oublier l'héritage d'un antisémitisme feutré.

Propos recueillis par Pascal Ceaux.



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