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1993 L’exception culturelle française l'avis de Mario Vargas Llosa, ancien candidat à la présidence du Pérou, écrivain espagnol Libération, 19 octobre 1993 (extraits) « Intellectuels, industriels et hommes politique -socialistes, communistes, fascistes, gaullistes et démocrates à l’unisson- français se mobilisent pour demander l’exclusion des produits culturels (cinématographiques et télévisuels notamment) des accords de libre-commerce du Gatt. Si l’on ouvre ces marchés sans discrimination, la puissante industrie audiovisuelle américaine ne manquera pas de réduire ses rivaux européens en bouillie, portant ainsi un “coup fatal” à la “culture française”. Les écrivains signent des manifestes ; à la télévision, les cinéastes mettent l’opinion publique en garde contre le risque que la vulgarité pestilentielle des séries B yankees envahisse le petit écran et étouffe la créativité des artistes locaux, héritiers de l’un des traditions culturelles les plus riches de l’humanité; les comédiens en vogue descendent dans la rue pour défendre -en même temps que leur emploi- la langue, la sensibilité, l’imagination et l’art français menacés par l’invasion des dinosaures de Jurassic Park. L’argument majeur de ces adversaires de l’ouverture totale des marchés est que la “culture” constitue un cas à part. On ne peut pas mettre les produits de l’esprit artistique, la créativité d’une nation —son âme, en fait— dans le même sac que les pots de chambre, ordinateurs, automobiles et autres produits manufacturés (…) La nation qui a produit Ronsard et Molière, Proust et Baudelaire ne peut admettre que la nourriture audiovisuelle des jeunes devienne Dallas, Miami Vice, Robocop et autres cochonneries de même acabit... Comment prévenir une telle catastrophe, que quelques exaltés n’hésitent pas à comparer à la destruction médiévale de la civilisation latine par les tribus germaniques barbares ? En érigeant des barrières protectionnistes qui limiteraient les importations de produits audiovisuels nord-américains et imposeraient des quotas minimaux de distribution de films français aux circuits cinématographiques et d’émissions françaises aux chaînes de télévision. Il y va de l’honneur de la nation et de la survie de sa culture…»
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