BlogHotel.orgAccueil | Créer un blog | Imprimer la page Imprimer | Blog hasard Au hasard | Chercher des blogs Rechercher | Entrer dans le chat du blog Chat | | Jeux Jeux | Adminitration et édition du Blog Manager



BNL (But Not Least) Accueil | Profil | Archives | Amis
Ma collection de CDs et disques + mes chroniques (textes protégés par le code de la propriété intellectuelle, tous droits réservés)

Chronique de l'album "Gung Ho" de Patti Smith (2000)18/10/2017


De sa voix posée autant que chargée d’une émotion qu’elle sait doser, donner au bon moment, Patti Smith entame avec « One Voice » une promenade pleine de mystère, qui mobilise tout le groupe. D’un son moins entier, plus axé sur la mise en avant d’un chant assez monocorde dans l’ensemble, où les mélodies asiatiques apparaissent aussi sous un jour plus explicite, « Lo and Beeholden » vaut surtout par l’intensité du refrain et de la conclusion. « Boy Cried Wolf » démontre une expressivité vocale, soulignée par la guitare électrique, où l’on décèle encore l’influence que Kate Bush a pu avoir sur la chanteuse, à force d’élans passionnés délivrés par à-coups. Les « I don’t care » finissent par sonner punk. Plus rythmé, plus électrique, « Persuasion » marque un temps fort au bon moment, avec solo de guitare, accélérations et pics d’intensité. Bien entraînant lui aussi, « Gone Pie » se souvient davantage de la new wave, importance du clavier oblige, mais la guitare électrique y garde toute sa place. Fallait-il vraiment marquer la pause plus sentimentale de « China Bird » ? La mélodie, asiatique en demi-teinte, embellie par des arpèges de guitare acoustique placés avec délicatesse, permet au chant de passer lentement du murmure au cri, sans exagérer dans un sens ni dans l’autre. Puis la guitare électrique revient aux abords de la quatrième minute. Face à une telle maîtrise, on ne peut que s’incliner. Du coup, le son primaire de « Glitter in Their Eyes » fait son apparition avec d’autant plus d’éclat, jusqu’au hard rock, ce qui dénote une intelligence de la dynamique par les contrastes, au sein d’un album, que l’on ne rencontre que chez les plus grands. La ballade sombre, entre narration et description, de « Strange Messengers », insiste sur l’esprit de synthèse, avec une force de caractère qui, reconnaissons-le, tient la durée des huit minutes, qualité qui n’est pas non plus donnée à tout le monde. La voix de Patti Smith y opère des transformations qui, parfois, la rendent digne de la prestation d’une métalleuse au meilleur de sa forme. Par la constance de ses accents folk, « Grateful » nous berce et nous emporte loin. Proche du metal, « Upright Come » montre que les saveurs puissantes n’ont pas dit leur dernier mot. La fin de l’album, au contraire, aurait-elle le bonheur de se corser encore plus ? « New Party », très metal lui aussi, semble le vouloir. Du coup, « Libbie’s Song », plus folklorique, arrive à s’intégrer. Quant au final « Gung Ho », du haut de ses onze minutes, il reste du grand art. C’est donc avec un très bon album, produit par Gil Norton (Pixies, Foo Fighters), et comptant Michael Stipe de REM parmi ses invités, que Patti Smith inaugure les années 2000. Une belle occasion de se replonger dans sa discographie et de redécouvrir ses albums plus anciens. Note : 8/10.


D. H. T. (18/10/2017)

http://www.dh-terence.com

Lien Permanent

Chronique de l'album "Green" de REM (1988)17/10/2017


Nous sommes dans la charnière entre 1988 et 1989 : « Pop Song 89 », outre la référence chronologique évidente, a dans l’articulation entre ses accords primaires de guitare rythmique et la dissonance répétitive de la guitare soliste, en complément des chœurs féminins, un aspect brouillon maîtrisé qui, en fait de pop, évoque autant les Pixies et la déferlante grunge allant bientôt s’abattre sur le monde. Au fond, et « Get Up » va dans le même sens, REM vient de mettre le doigt sur un élément clé qui tend à caractériser toutes les transitions entre la pop et le rock, à savoir que la pop la plus simple et le rock le plus agressif ont en commun, par-delà l’efficacité vers laquelle ils convergent, un socle primitif, sur lequel reposent à la fois l’évidence de la mélodie et la brutalité du rythme, même si un abîme les sépare à un certain stade de leur développement. Nettement plus doux, plus mélodieux et plus acoustique, « You Are the Everything » marque une de ces pauses paisibles que l’on retrouvera dans la dynamique d’Out of Time. Très pop et très rock en même temps, « Stand » s’attache à poursuivre la déclinaison d’une proximité accrue avec le grand public, tirant le meilleur parti du son de l’époque dans une prise de distance propice à l’intériorisation. Quitte à préfigurer, « World Leader Pretend » pose nettement les jalons de « Losing My Religion », tant sur le plan de la mélodie qu’au niveau des instruments. « The Wrong Child » et « Hairshirt » se démarquent par l’absence de section rythmique, privilégiant les sons de cordes aiguës. Puis « Orange Crush », plus rock, revient à la batterie ainsi qu’aux paroles simples à retenir, et la lenteur agressive de « Turn You Inside Out », non dénuée d’accent soul, laisse deviner une zone d’affinité avec Soundgarden – tandis que l’alternance entre plages paresseuses et regain de distorsion rythmée que nous offre « I Remember California » penche davantage du côté de Nirvana, sans jamais atteindre la violence des uns ou des autres. Résumons-nous : ayant lentement évolué du post-punk au rock qui se souvient des années 1960, REM a vite établi la cohérence de son inspiration, servie par la spiritualité discrète du chant de Michael Stipe ; l’effet mosaïque dans les tons ocres de Lifes Rich Pageant introduisit donc, au bon moment, le juste emploi de la différence sur un même projet. De la différence au contraste, il n’y avait qu’un pas à franchir, qui permettrait à REM d’évoluer du rythme des chansons au rythme de l’album. Il en ressort que Green demeure, avec le recul des années et décennies, comme la meilleure passerelle qu’il était possible d’établir entre deux excellents opus, l’un passé et l’autre à venir, excellents pour des raisons très différentes : Document et Out of Time (le chef d’œuvre Automatic for the People à leur horizon). Bien sûr, le grand public a pu passer à côté de Document, et en un sens c’est dommage, car le grand public est capable d’apprécier le rock à l’état brut. Bien sûr, certains auditeurs attachés à la première période de REM n’aiment pas Out of Time, et en un sens c’est dommage, car son caractère accessible résulte d’un travail de fond que seul un groupe expérimenté aurait pu produire. Mais, entre les deux, Green fournit encore des arguments favorables et à l’un, et à l’autre. Note : 8/10.


D. H. T. (17/10/2017)

http://www.dh-terence.com

Lien Permanent

Chronique de l'album "Document" de REM (1987)16/10/2017


« Finest Worksong » balance du lourd : rythmique bourrée de munitions, guitares lancinantes, voix aussi insistante que mélodieuse, paroles ambitieuses (« The time to rise has been engaged »). « Welcome to the Occupation » profite de ce coup de poing sur la table pour opérer aussitôt après une véritable osmose entre vivacité, notes sombres, chant introverti mais engageant. « Exhuming McCarthy », aux accents jazz sporadiques, sort les chœurs féminins et martèle une consonance dont le bagou n’a d’égal que le désabusement. Focus sur la mélodie vocale quand vient le très aérien « Disturbance at the Heron House », avec une belle dualité entre accords chargés de distorsion et arpèges acoustiques. Il va falloir cravacher, après un tel coup d’éclat, pour faire croire que le paroxysme de l’opus n’a pas déjà été atteint. Et, en effet, ça cravache dur si l’on en croit « Strange » et « It’s the End of the World as We Know It (And I Feel Fine) », où REM se révèle plus punk que jamais auparavant, plutôt par le son gras dans le premier cas et plutôt par la rapidité sans relâche dans le deuxième cas, ce qui n’empêche pas quelques notes de piano de s’inviter à la fête, ici et là. On se dit : pourvu que les cinq derniers titres ne tombent pas dans la guimauve, ce serait vraiment dommage. Il n’en est heureusement pas question selon les termes de « The One I Love », qui aurait pu être slow mais qui, à la place, nous fait partager un rythme tout ce qu’il y a de plus rock, aspect qui, loin de gâcher la rêverie sombre émanant de cette chanson, ne fait que lui donner plus de piment. La saveur corsée de « Fireplace » semble évoquer une promenade irréelle entre les flammes, où les cuivres se déchaînent autant que les guitares. Rarement REM aura délivré des sons aussi hypnotiques, aussi proches de la transe, de l’extase. Le tribalisme funk rock de « Lightnin’ Hopkins » danse parmi les décombres, où les guitares brûlantes ne sont jamais en reste. « King of Birds », dans le style d’une marche étrange et pacifiée, tambour au sol saluant le vol des oiseaux dans le ciel, remonte loin dans le temps et apaise les esprits sans pour autant les endormir. La guitare enragée aura décidément le dernier mot, comme en témoigne le calme bouillonnant d’ « Oddfellows Local 151 ». Disons-le simplement : cette fois-ci, REM a cassé la baraque. Ce document ne restera pas classé sans suite. Note : 9/10.


D. H. T. (16/10/2017)

http://www.dh-terence.com

Lien Permanent

Chronique de l'album "Lifes Rich Pageant" de REM (1986)15/10/2017


Comme REM a habitué son auditoire, jusqu’ici, à annoncer la couleur, on se dit, à l’écoute de la section rythmique lourde de « Begin the Begin », renforcée par la distorsion constante de la guitare rythmique, que Lifes Rich Pageant sera l’album de REM le plus proche du hard rock et du heavy metal, sans trop en faire toutefois, dans la mesure où l’on sait aussi que REM prend soin d’éviter la caricature. Il faut entendre par là que si REM avait été un groupe de metal, il aurait fait franchement du metal. Mais comme ce n’est pas le cas, quand il s’en rapproche, il le fait à sa façon, avec subtilité donc. Il n’en demeure pas moins que cette première impression se confirme à l’écoute du rock rapide et de la voix toujours à la limite du cri de « These Days ». Même « Fall on Me », plus acoustique, conserve un son chargé, plus intense par moments et non dénué de distorsion. « Cuyahoga », par contre, correspond à l’identité générale du groupe mais, du fait de son relatif dépouillement instrumental, accorde une place plus importante aux chœurs qu’à la distorsion de la guitare. « Hyena », vif comme l’éclair, n’a pas non plus un son hard à proprement parler, ni rien qui y ressemble. L’un de ses traits les plus marquants relève davantage d’une consonance plus appuyée que dans les titres précédents. Quant au bref instrumental « Underneath the Bunker », sa latinité évidente, du coup, semble contribuer à une atmosphère de western contrastée, narrative, mettant en scène différentes origines ethniques sur une même toile de fond. L’extrême douceur de « The Flowers of Guatemala », du moins pendant les deux premières minutes, plaide en faveur de cette idée de variation sur un même thème. Mais quel thème ? Le thème du groupe, tout simplement. Conscient de l’homogénéité de ses productions, REM se risque à introduire des couleurs différentes dans un temps rapproché, élan créatif auquel nous invitent également la saveur country et l’harmonica de « I Believe ». « What If We Give It Away », à l’avenant, joue la carte de la clarté ambiante précédant quelques poussées de fièvre. Il faut attendre « Just a Touch » pour retrouver le hard du début. La belle méditation folk de « Swan H » et l’entrain héroïque de « Superman » nous indiquent que, au final, REM n’a pas annoncé la couleur cette fois-ci. Mais, des quatre premiers albums, Lifes Rich Pageant demeure quand même le plus rock, et son hétérogénéité, somme toute raisonnable, fonctionne très bien. Note : 8/10.


D. H. T. (15/10/2017)

http://www.dh-terence.com

Lien Permanent

Chronique de l'album "Fables of the Reconstruction" de REM (1985)14/10/2017


La nouveauté qui s’impose tout de suite à l’écoute par rapport aux deux premiers albums de REM, c’est la dissonance de « Feeling Gravity's Pull », premier titre de Fables of the Reconstruction, succédant à un Reckoning aux mélodies plus harmonieuses. Cette dissonance, toute relative, surtout présente grâce à la guitare et au violon, définira-t-elle la signature du disque ? « Maps and Legends » permettrait d’en douter, car c’est moins le paramètre de la mélodie qui interpelle ici que l’importance des chœurs dans le refrain, une importance de contrepoint amenant la chanson vers les sommets d’une communion hors d’âge. Mais les guitares du plus rock « Driver 8 » abondent dans le sens de cette remarque initiale, en faisant preuve cependant d’une subtilité qui caractérise plus généralement la signature de REM. On note que les parties instrumentales semblent évoluer spontanément vers des notes plus graves, d’où une ambiance plus sombre et plus réflexive que précédemment. « Life and How to Live It » apporte une réponse plus catégorique, cette fois c’est sûr : l’opus est plus dissonant et plus grave, donc plus sombre, que ses prédécesseurs. Le chant n’y est pas moins intense qu’ailleurs pour autant, à l’image des moments forts d’une vie vécue passionnément. « Old Man Kensey » enfonce le clou plus lentement, néanmoins avec force et ténacité. Le rappel le plus vif, pour l’instant, de l’ambiance chaleureuse du précédent Reckoning, c’est « Can’t Get There from Here », fort de sa batterie légère, de ses accords impulsifs, de ses cuivres inattendus et de ses voix déchaînées, peut-être un de leurs titres les plus proches du punk en termes d’état d’esprit. « Green Grow the Rushes » prolonge une avancée à la fois calme et alerte. « Kohoutek » et son chant plus aigu au démarrage interpellent d’abord puis se fondent dans l’ambiance, section rythmique et guitare ayant tendance à s’imposer comme pour réguler cet angle d’approche, pendant qu’ « Auctioneer (Another Engine) », sur un rythme rapide, colle au plus près de la signature telle que définie plus haut. Notons que la dissonance s’exprime de préférence à travers des notes aigües jouées par la guitare. Les notes graves ont leur importance aussi, bien que davantage dans la consonance. On a donc les rapports dissonance / notes aigües d’un côté, et consonance / notes graves de l’autre, pour structurer l’ensemble des chansons. « Good Advices » traduit parfaitement cette dualité résolument sombre, qui n’empêche pas la voix de montrer ses accents souvent optimistes, avant la ballade folk mélancolique de « Wendell Gee ». Note : 8/10.


D. H. T. (14/10/2017)

http://www.dh-terence.com

Lien Permanent

Chronique de l'album "Reckoning" de REM (1984)13/10/2017


On ne se doutait pas, avec Murmur, que REM intègrerait le ska dans ses chansons, mais finalement cela n’a rien d’étonnant, dans la mesure où il existe une proximité historique et culturelle entre les genres musicaux jamaïcains et les groupes punk ou influencés par le punk, d’autant plus que « Harborcoat » réussit cette synthèse, axée à la fois sur le rythme et sur la possibilité, pour ceux qui avaient apprécié le premier album du groupe, d’identifier un matériau mélodique déjà habituel dans le bon sens du terme. La consonance optimiste fait un pas en avant. « 7 Chinese Bros », bien que d’une façon déjà moins flagrante, contribue lui aussi à ce signe distinctif. Des sons de guitare aigus, en boucle, y influencent aussi bien le rythme que la mélodie, un peu comme dans « Gimme Shelter » des Rolling Stones. Quant à « Central Rain », il contient déjà des éléments mélodiques qui referont surface quelques années plus tard dans « Losing my Religion », et la convergence régulière entre la hauteur, la durée et l’intensité vocales représentent en outre une progression vers une approche plus incantatoire de la chanson. « Pretty Persuasion », de son côté, s’appuie sur un rythme très rock, de la distorsion et une voix plus grave. REM a donc trouvé un moyen plus ingénieux de varier les plaisirs, que celui qui consiste simplement à faire suivre les morceaux rapides de titres plus lents, et ainsi de suite. D’autres paramètres sont invoqués au service d’une belle complexité qui, elle-même, rend les chansons d’autant plus accrocheuses. Car il y a le plaisir de l’évidence, mais aussi celui de découvrir des nouveautés à chaque réécoute. Si « Time after Time » tend vers une forme de transe répétitive, « Second Guessing » nous gratifie d’un rock and roll efficace. « Letter Never Sent » tente alors la douceur vocale sur un rythme appuyé, et la formule fonctionne là aussi, car d’autres dimensions de la mélodie ressortent grâce à cette perspective, notamment au niveau de la guitare et des chœurs. Seule baisse de régime, « Camera » part pour s’endormir et pour endormir l’audience. Pourtant, progressivement, l’intensité fait passer la pesanteur. « (Don’t Go Back To) Rockville » fait danser le piano, puis « Little America » achève au pas de course cet opus tout aussi bon et, en même temps, plus ensoleillé que le précédent. Note : 8/10.


D. H. T. (13/10/2017)

http://www.dh-terence.com

Lien Permanent

Chronique de l'album "Murmur" de REM (1983)12/10/2017


Il y a des groupes qui partent avec plusieurs longueurs d’avance sur tout le monde, et qui gardent ce niveau jusqu’au bout de leur carrière, en arrivant même à s’améliorer, à toucher aussi bien le grand public qu’un public plus spécifique et plus exigeant, puis à engendrer des chefs d’œuvre marquant l’histoire du genre musical. C’est relativement rare, mais cela existe, et REM fait partie de ces groupes. Quelque part entre l’influence punk encore récente et la résurgence des décennies passées, « Radio Free Europe » se tient à égale distance de l’agressivité revigorante et du plaisir de la mélodie. Voilà donc une formation qui, avant toute chose, marque les esprits d’une signature définitive. Avec ses échos comme venus du fin fond du studio d’enregistrement, « Pilgrimage » commence à la manière d’un titre d’Unknown Pleasures de Joy Division, permettant à l’auditeur d’imaginer l’espace acoustique de la chanson, puis suit son propre chemin, au prix d’interruptions et de regains de présence. Ce n’est pas la facette la plus convaincante de leur talent. On verra que la continuité leur va mieux : des musiciens entiers se doivent de délivrer de la musique entière. « Laughing » rapproche le rythme rock d’une certaine douceur mélancolique que le titre du morceau ne laisse pas forcément deviner. Ici encore, répétition et intensité vont de pair. Déjà à son rythme de croisière, l’album se promène entre émotion et réflexion au gré de « Talk About the Passion ». Plus rapide, « Moral Kiosk » confirme une logique d’alternance. « Perfect Circle » démarre lentement et continue d’assumer cette lenteur grâce à une interprétation posée, faisant la part belle aux sonorités acoustiques. « Catapult » ne porte pas trop mal son nom, mais il ne faut pas s’attendre à du hardcore chez REM, même si la voix ne manque pas de relief ; du reste, les variations mélodiques sont à la fois efficaces et agréables, aussi pourquoi s’en plaindrait-on ? C’est l’un des grands points forts du disque. « Sitting Still », contre toute attente, sonne tout aussi rock, avec une voix plus présente, parfois dominante, dans un dialogue d’égal à égal avec la batterie, dialogue servi par l’arbitrage loyal de la basse et de la guitare, qui s’effacent et reviennent toujours au bon moment. Est-ce parce qu’il ne reste plus que trois morceaux après lui que « 9-9 » s’approche davantage encore de la polarité punk, dans l’idée d’entretenir la flamme jusqu’au bout ? Le titre est, en réalité, aussi aérien qu’entraînant : on plane à vive allure. « Shaking Through » demeure dans le rock, un rock aimant les accords de piano : l’idée est bien de faire durer la flamme. Voilà le deuxième grand temps fort, pour une bonne ponctuation. « We Walk », comme son nom le laisse presque deviner, remonte plus loin dans le passé de la chanson populaire. C’est du REM insouciant et joyeux, de l’Out of Time avant l’heure, au stade encore embryonnaire, tandis que « West of the Fields » a l’honneur du sprint final. Avec Murmur, REM ancre le post-punk dans le terroir américain, mais on sait déjà que leur road movie légendaire ira beaucoup plus loin, sans se douter à quel point. Note : 8/10.


D. H. T. (12/10/2017)

http://www.dh-terence.com

Lien Permanent

Chronique de l'album "The Stars are Indifferent to Astronomy" de Nada Surf (2012)11/10/2017


Ceci n’est pas une chronique astronomique, même si l’opus a tout de l’astre lumineux qui anime le ciel et la terre. La section rythmique lourde, les gros sons de guitare et les larsens en avant avec la voix mélodieuse, quelques accords simples en fond sonore, quelques variations bien senties, c’est parti pour un tour : quand on entend une chanson comme « Clear Eye Clouded Mind », on se dit que, à la limite, le rock aurait toujours dû être ainsi. « The stars are indifferent to astronomy », y entend-on, et les étoiles ont bien raison. L’univers, les étoiles, la musique, les individus, la vie, chaque être et chaque chose ont toujours une longueur d’avance sur l’analyse. Le plus important est de profiter du souffle, le bilan suivra toujours. Même remarque avec « Waiting for Something », où l’on croit même entendre, parfois, des accents de heavy metal. Comment l’album va-t-il gérer les moments plus calmes ? Très bien, si l’on se fie à « When I Was Young », où le passage de l’acoustique à l’électrique se fait presque à notre insu. Tout s’enchaîne dans la foulée, résultat d’un travail mené à son terme, d’un aplomb, d’une assurance, d’une maîtrise et d’une aisance cachant avec décontraction toute la tension et tous les efforts sous-jacents. « Jules and Jim » et « The Moon Is Calling » captent la force des deux premiers titres et le gros plan sur la mélodie du troisième, l’album a donc posé les bases de sa réussite, c’est net et carré. Les Nada Surf vont-ils tenir jusqu’au bout ? On dirait bien que la deuxième partie respecte les termes du contrat tacite, les attentes que l’on est forcé d’avoir à ce stade. Dès les premiers accords fougueux du saccadé « Teenage Dreams », on perçoit que la fraîcheur n’a d’égale, décidément, que l’aptitude à durer. Avec « Looking Through », ça déménage de plus belle, à tous les niveaux. Le paroxysme a été atteint, « Let the Fight Do the Fighting » revient à la douceur de  « When I Was Young », sur un rythme toujours constant et soutenu, démonstration d’une belle linéarité. De nouveau dans le rock à 100%, rapide et chargé, « No Snow on the Mountain » et « The Future » maintiennent jusqu’à la dernière note l’optimisme et la vitalité d’un album qui incarne, au fond, ce que bien des groupes auraient aimé faire sans en avoir l’audace : adopter un parti pris simple, précis, et s’y tenir dans un défoulement festif et viral en y mettant tout leur cœur et toute leur énergie, une interprétation et une production impeccables en renfort. Comme un remède contre la morosité du monde, l’écoute, d’un trait vigoureux, se passe à la vitesse d’une étoile filante. On en revient de bonne humeur, avec le sourire, prêt à déplacer des montagnes. Note : 9/10.


D. H. T. (11/10/2017)

http://www.dh-terence.com

Lien Permanent

Chronique de l'album "Another Man's World" d'Immaculate Fools (1990)10/10/2017


Ceux qui vivent en Amérique n’ont, à la limite, pas besoin de l’imaginer, même si l’environnement familier a lui aussi son imaginaire. Ceux qui ont séjourné dans l’Amérique profonde ont gardé dans l’âme ses déserts, ses canyons, ses montagnes verdoyantes, ses lacs, ses torrents et ses forêts millénaires. Nous avons tous en nous des images de ces contrées, qui s’éveillent quand nous écoutons Johnny Cash ou Bruce Springsteen. Les mêmes images reviendront à l’écoute d’Another Man’s World, album de rock animé par la mélancolie héritée de la country, témoignage intime d’un groupe pourtant tout ce qu’il y a de plus anglais, les Immaculate Fools. Depuis Dumb Poet, ils sont sortis des années 1980, chronologiquement, culturellement et musicalement. Kevin Weatherill y chante d’une voix plus grave, avec un accent insulaire plus effacé. Le regard orienté vers l’ouest lointain, « Another Man’s World » et « Sad » resteront gravés, parmi leurs plus belles chansons, comme deux des hommages européens les plus réussis à l’inspiration outre-Atlantique : le premier par le continuum harmonieux entre la douceur de la guitare acoustique et la guitare électrique de plus en plus intense, au plus près de l’émotion ; le deuxième par son violon atemporel qui, dans sa communion avec les autres instruments, nous fait voyager au-delà des frontières, des époques et des souvenirs. Quant à la simplicité des refrains, elle résonne comme un cri du cœur authentique : « Just another day in another man's world, not mine », «  So sad, the things we never had, so sad ». « The Prince » reste dans la même lignée, tant musicalement qu’au niveau des thèmes évoqués, les occasions perdues et la femme à qui l’on finit par souhaiter mieux que nous-mêmes : « Save a Prince for her, save a tear for me, and let her Prince be everything that I could never be ». Bien que plus rock, « This Is Not Love » assure lui aussi cette continuité, où le violon et la guitare électrique marchent ensemble dans la même direction. On se souvient que, dans le disque précédent, il y avait également une homogénéité propre aux quatre premiers titres, abstraction faite de la différence de style entre Dumb Poet et Another Man’s World. Cette constance, ici, va au-delà. On se demandait si le clavier, plus en retrait qu’en 1987, émergerait de nouveau. Et « Bad Seed » répond par l’affirmative, mais avec une sérénité qui maintient l’atmosphère intacte. Puis l’énergique « Falling Apart Together » donne au violon l’occasion de revenir sur le devant de la scène. Pendant que « Come On Jayne », inversant les rôles de « The Prince », adresse un message de réconfort à la femme blessée par une déception sentimentale, « Got Me by the Heart » complète ce message par une déclaration : « My head hurts, all I want is you ». Another Man’s World apparaît alors comme l’histoire d’une reconquête, dont la part de doute tient au flou mémoriel. Le rock blues de « Stop Now » tient la distance, apportant à l’album un supplément de nervosité au bon moment, et va même jusqu’au hard rock tout en gardant le violon à ses côtés. Plus proche du folklore irlandais des Pogues, « Fighting Again », à la fois triste et souriant, nous rappelle, histoire de conclure sur un clin d’œil, que les racines de la country sont européennes : la boucle est bouclée. Avec Another Man’s World, qui aurait mérité le même succès qu’Out of Time de REM, les Immaculate Fools se hissent au même niveau d’accomplissement musical que U2, Dire Straits et Texas dans leurs meilleurs moments. Note : 9/10.


D. H. T. (10/10/2017)

http://www.dh-terence.com

Lien Permanent

Chronique de l'album "Dumb Poet" d'Immaculate Fools (1987)9/10/2017


Avec « Never Give Less Than Everything », l’intention est bonne et elle est claire : tout donner. Enfin, l’intention est surtout claire. Quant à affirmer qu’elle est bonne, cela dépend en fait de ce que l’on entend par tout donner. S’il s’agit de donner le meilleur et rien que le meilleur, on peut dire que, sur ce projet d’album, les Immaculate Fools sont au maximum de leur potentiel en ce qui concerne le titre en question. Mais le potentiel de ce groupe est multiple, comme on le voit chez eux d’un disque à l’autre, selon les périodes et selon une tendance assez marquée à essayer à chaque fois quelque chose de différent. Par ailleurs, donner le meilleur dès le premier titre constitue toujours un risque. On l’a vu par exemple avec Feline des Stranglers, où toute l’attention se focalise sur « Midnight Summer Dream », même si l’album est très bon dans l’ensemble. Pour juger de la qualité d’un opus, des éléments subjectifs entrent bien sûr en considération, et même la tradition classique la plus savante n’est jamais parvenue à esquiver totalement cette dimension de l’affect, ce parce qu’une relation totalement froide à la musique n’est tout simplement pas souhaitable (sauf niches dédiées, de type math rock, cold wave ou musique industrielle, et encore). Quant à la part d’objectivité, on peut la situer, dans le rock en général et chez un groupe comme Immaculate Fools en particulier, entre l’annonce et le déroulement. Si l’album se démarque, à un moment donné, par son rapport privilégié entre l’exaltation de la mélodie et le paroxysme de l’intensité, rapport servi par un message fort, de type « Never Give Less Than Everything » (ce qui rejoint totalement la logique du hit single), il est évident que le reste du disque va être jugé à l’aune de cette référence, soit, en règle générale et en ne se limitant qu’aux exemples acceptables : moyen si le hit, produit d’appel, porte ombrage aux autres chansons (voir Parklife de Blur) ; assez bon si la moitié des titres se maintient à un niveau remarquable et que le reste se borne à une exécution technique acceptable (voir The Head on the Door de The Cure) ; bon si l’album contient des signatures charismatiques dans une ambiance relativement identifiable d’un bout à l’autre (voir Movement de New Order) ; très bon si des aspects récurrents structurent tous les titres sans dépareiller les meilleurs (voir Hounds of Love de Kate Bush) ; excellent si les moments forts ont droit à des échos ou à des rappels réguliers (voir Unknown Pleasures de Joy Division) ; parfait si la dynamique des morceaux phares et les autres qualités structurelles convergent en permanence et que cette tension maximale résiste à l’écoute et emporte cette dernière (voir Automatic for the People de REM). Ce n’est qu’une perspective parmi d’autres et dont la pertinence repose sur la possibilité d’identifier une force référentielle. Il existe bien d’autres façons de pondérer la subjectivité quand on écoute de la musique de manière immersive, dans le but d’évaluer à quel point, en l’occurrence, les chansons nous plaisent vraiment. On a déjà présenté « Never Give Less Than Everything », une bonne occasion de faire un point théorique. La possibilité de retrouver des qualités similaires sur les quatre premiers titres est plutôt bon signe : Dumb Poet, c’est le rock anglais typique des années 1980, new wave, romantique, avec beaucoup de synthé ainsi qu’une section rythmique affirmée, elle-même embellie par des guitares partagées entre saturation et accalmies acoustiques, mais c’est aussi, déjà, un regard attentif porté sur les mélodies du passé, avec une certaine admiration pour la musique américaine. Plus lente, « Tragic Comedy », ou plus rapide, « One Minute », la sobriété consonante amène une ambiance solaire pour dissiper la grisaille, quelque part entre « Every Breathe You Take » et « Don’t Stand So Close to Me » (la version de 1986) de Police. Si « Dumb Poet » tend vers la déclamation, il introduit deux temps faibles, ce qui n’est pas forcément péjoratif car les sonorités plus folk, en elles-mêmes, sonnent avec justesse : le redondant « So Much Here » et « Wish You Were Here », hommage un peu trop évident à Pink Floyd. L’harmonica de « Don’t Drive the Hope from My Heart » contribue à une synthèse, où la guitare électrique revient en force à partir de la troisième minute. Même constat, à peu près, avec « She Fools Everyone », pour ce qui est de l’esprit de synthèse. Le conquérant « Pretty Prize Now » et le mélancolique « Stay Away » magnifient la fin d’un opus homogène en demi-teinte, bon mais un peu trop prévisible. Son fil rouge demeure la voix de Kevin Weatherill, ni trop grave, ni trop aiguë, franchement britannique, avec une prédilection pour les voyelles ouvertes. Note : 7/10.


D. H. T. (09/10/2017)

http://www.dh-terence.com

Lien Permanent

Page 1 of 6
Précédent | Suivant