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30/10/2006
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Un monstre si gentil...
Ouais ouais ouais. Grosses semaines. Oui oui, avec deux "s". Tout d'abord, pour ceux qui étaient au tout premier concert de "Les patates impossibles...", inutile de vous dire que j'ai eu ben du fun. On aura beau dire que le bar Chez l'diable peut pas compter plus qu'une centaine de personnes, c'est quand même le fun de le voir rempli. Disons que ça encourage. Ça m'a vraiment fait chaud au coeur de voir plein de monde du Saguenay, du Lac et même de la ville de Québec s'être déplacé pour ce show.
Justement, le proprio a ben aimé ça (quand même une de ses soirées le plus payantes de l'histoire du bar) et il a demandé à "Les patates..." de reprendre ça le 9 novembre et j'ai tout de suite sauté sur l'occasion. Et depuis hier, ma célèbre anxiété m'a repris et j'ai la chienne que personne vienne voir le show. Bon. C'est comme ça, que voulez-vous?
Mais y a des choses ben pires que ça et j'en sais quelque chose. Imaginez-vous donc que depuis un bon deux semaines, j'étais pus capable de rien écrire. C'est que les circonstances étaient pas trop bonnes. Quand des fois, je m'amuse à vous dire qu'on vit vraiment dans une société de parano, eh! ben! j'en ai maintenant la confirmation.
Je commencerai pas à vous expliquer comment ça se passe à ma job mais pour ceux qui ne le savent pas, disons que c'est pas toujours rose. En fait, si c'était rose, ce serait rose foncé. En gros, y a des employés étudiants et y a des employés permanents. Les deux font pratiquement la même job sauf que le deuxième groupe est syndiqué et bénéficie de vacances et tout le tra la la. Ce qui fait que les employés étudiants ont le dos pas mal large.
Moi, comme j'haïs ça haïr le monde, j'essaie par plein de moyens de crever les abcès et de rendre le climat entre classes d'employés le plus agréable possible. En fait, je devrais désormais employer l'imparfait. Parce qu'un certain lundi, j'ai décidé de prendre les devants et d'aller rencontrer les employés permanents un peu avant l'ouverture, pour leur faire savoir qu'on était débordé la fin de semaine (eux ne travaillent pas la fin de semaine) et que quand il restait des trucs à faire le lundi, c'était seulement par manque de temps et surtout pas de mauvaise foi.
Mais bon, comme ça me stressait et que je suis émotif, je suis venu avec la voix qui tremblait et les yeux humides pendant ma mise au point et là, à trois reprises, y a une des employées qui m'a coupé en disant qu'elle se sentait visée et que c'était pas elle qui avait chiâlé à propos de notre job. Bizarre. Et enfin, elle s'est éloignée du groupe pour fuir la discussion. C'est là que je lui ai dit de ne pas s'en aller et de ne pas fuir les vraies discussions, que ça faisait dix ans que ce monde-là se parlait dans le dos et qu'ils étaient tellement hypocrites qu'on en était rendu à être obligé d'engager des centres de médiation pour régler ça.
Si j'avais été le Joel d'aujourd'hui, je me serais fermé la gueule à ce moment précis mais bon, c'était une minute avant d'entamer ma transformation. "Écoute A..., c'est ben mieux que je vous en parle et que je règle ça. Voyons donc, c'est ben mieux que je dise ça que... je sais pas... que je garde toute ça pour moi pis que je fasse comme dans les films... que j'vire fou pis que j'rentre avec gun pour tirer du monde voyons!"
Et voilà. À cet instant précis, votre fidèle serviteur entrait officiellement dans la liste des personnes les plus potentiellement dangeureuses du monde. Un peu plus et je me faufilais parmi le top 10 des "Most wanted criminals", juste à côté de Ben Laden. Le lendemain, j'apprenais que la police avait ouvert un dossier sur moi, que j'étais suspendu de ma job, que trois personnes avaient porté plainte contre moi pour "menaces de mort" pis envoye donc!
J'ai eu trois rencontres avec la ville. Et heureusement, tout est bien qui finit bien. Les plaintes à la police n'ont pas été déposées, j'ai gardé ma job sauf que maintenant, y a trois personnes qui ont convaincu tout le monde que je leur ai fait des menaces de mort. Le plus drôle c'est que selon des entretiens individuels avec les témoins, j'aurais dit quelque chose comme : "Je vais aller faire le ménage". Décidément, ces investigateurs n'ont jamais fait d'études littéraires et ne connaissent vraiment pas cette propriété du langage qui s'appelle CHAMP LEXICAL. Excusez-moi, vous le demanderez à ma blonde, le terme "ménage" ne fait pas partie de mon vocabulaire, hormis si j'ai à faire mention d'un ménage à trois mais ça, c'est une autre chose. Comment mon affirmation aurait pu se transformer en celle-ci? J'ai essayé toutes les modèles d'hallucinations auditives possibles et niet. La seule explication résiderait en une forme de dyslexie auditive collective. Oui, parce qu'en isolant une lettre par-ci et par-là de ce que j'ai dit, on peut former le mot "ménage" mais sinon.
Je suis même allé voir un psychiâtre pour démontrer aux autres employés et à la ville que je n'étais pas une menace pour la société. Un sympathique entretien de 26 minutes qui s'est terminé lors de ma réponse à propos de la question: "Et comment tu occupes tes temps libres Joel". "Écrire et regarder les chats qui se promènent sur mon terrain" que j'ai répondu pour enfin me faire dire que c'était assez comme ça, que le docteur n'était pas capable de s'inquiéter pour moi.
C'est quand même drôle hein? Y a du monde qui ont eu peur de moi. Si ces personnes ont peur de moi, imaginez toutes les autres affaires dont ils peuvent avoir peur. Ça me fait de la peine parce que moi, je le sais que j'ai jamais fait de menaces. Et y a au moins deux autres personnes qui le savent parce qu'ils n'ont pas porté plainte. Mais les sbires de la ville en ont décidé autrement: cinq personnes ne peuvent se tromper.
Un jour, je ne travaillerai plus pour eux et ce sera dans un contexte volontaire. Je le sais parce que j'aime ben ma job parce que j'ai l'impression de bien faire ça. Probablement que j'irai bosser pour un journal ou une radio mais ça sera pas mes patrons qui me montreront la porte. Ce jour-là, je profiterai de ma tribune pour leur faire comprendre c'est quoi un sophisme. Non. Je n'accepte pas de porter ce fardeau sur mes épaules. Je ne suis pas un gros con qui fait des menaces au monde pour se faire écouter. Pis anyway, tout le monde le sait.
Maintenant, moi j'ai fait ce que j'avais à faire. J'ai rencontré tout le beau monde qu'il fallait et y a même un éminent docteur qui a confirmé ma bonne santé mentale. C'est quand même le fun pour mes boss. Ils sont maintenant certains d'avoir au moins un employé en bonne santé mentale. Sauf qu'il est tellement épeurant...
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Voilà. J'aurais pu être un sympathique ex-champion de karaté mais bon, la vie est souvent insolente et faut s'y faire. Vous pouvez me passer le poivre svp?
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