|
Ça s'est passé cet été. Si aujourd'hui je vous en parle, c'est simplement parce que ça n'avait pas adonné. Jay pis moi, on était en train de faire notre boulot ben tranquille à la bibliothèque quand un gars s'est manifestement offusqué devant un poster qu'on avait mis à l'entrée. Ce qu'avait de scandaleux cette affiche, c'était les deux joueurs de hockey qui se frenchaient.O.K., j'avoue que sur le coup ça fesse mais y a quand même pas matière à en faire un débat public. Sauf que notre cher ami (qui en passant devait avoir 25 ans) l'a pas vu du même oeil. Que voulez-vous, ça l'écoeurait le pauvre petit. Comme j'ai pas envie de rentrer dans les détails pis de me mettre à vous expliquer l'orientation sexuelle de mes amis, je vais juste vous dire que ce jour-là, l'indignation de Monsieur Valeur a comme un peu perturbé un de mes chums qui étaient justement sur place. Ceux d'entres vous qui me connaissent un peu savent tous que j'ai cette curieuse tendance à toujours vouloir faire dégénérer une situation qui n'en avait surtout pas besoin dès le départ. Donc, dans le seul but d'ête fidèle à moi-même, j'ai interpellé Monsieur Valeur et je l'ai invité à venir me voir. "Comme ça notre belle affiche t'a émerveillé?" que je lui ai demandé. Là, le gars m'a dit, en tentant visiblement de garder son calme, qu'un poster comme ça n'avait rien à faire dans une bibliothèque. Tiens bon, en trois ans de loyaux services, on ne m'avait pas encore dit que les posters montrant deux joueurs de hockey en train de se frencher étaient interdits dans une biblio. Je vous le dis, on en apprend tous les jours. Vous devinerez que j'aurais ben aimé lui lancer en pleine face le dernier paragraphe mais, mon noble statut de représentant des valeurs de la Ville de Chicoutimi m'a simplement fait lui répliquer que oui, il avait le droit de penser ça mais que nous, on pensait pas ça et qu'il devrait s'y faire parce que notre société s'en va tout droit dans ce sens et c'est là que Capitaine Hétéro s'est lancé dans l'envolée lyrique la plus périlleuse qu'il y ait lieu de faire dans un établissement public. Je vais lui épargner l'expérience débilitante d'être cité par moi-même mais le gars a quand même sorti un discours qui datait tout droit du VHS. "Y a jamais eu de fifs dans ma famille, y en a pas pis y en aura jamais ok. On est une famille normale pis dans une famille normale pis équilibrée y a pas de fifs" qu'il m'a dit genre. Sûrement pas ça dans les mots mais dans l'idée oui. Là, moi j'y ai répliqué: "Ben mon gars j'ai des mauvaises nouvelles pour toi. Tsé ton oncle qui est super cool pis que ça adonne toujours qu'il a pas de blonde à Noël... Ben si tout le monde est comme toi dans ta famille, ben il vous le dira jamais qu'il est homo!" J'ai aussi rajouté pour son information que le genre de monde qui tenait des propos comme ça finissait généralement par avoir des enfants homos. Là le gars a tranquillement compris que dans ce magnifique combat de coqs, il n'y aurait pas de gagnants faque il m'a demandé si j'avais un boss ou quelque chose et je me suis fait un plaisir de lui indiquer l'emplacement de son bureau ainsi que mon nom: Joël Martel. Il paraît que le gars est entré dans le bureau de mon boss pis, après avoir bien respiré, lui a tout simplement dit qu'il avait le droit de trouver que le poster n'avait pas rapport dans une bibliothèque. Naturellement, il s'est fait répondre que "oui" mais sans plus. Pauvre gars. Non mais imaginez une vie dans une tête comme ça. Bon, je sais que la plupart des lecteurs et lectrices de "Les patates..." n'échangeraient pas leur tête avec moi, ne serait-ce que pour 20 milliards de dollars et je les comprends. De toute façon, "Les patates..." est une sorte de simulation de cette expérience pouvant se révéler comme étant traumatisante. Je me demande si Capitaine Hétéro a un blog... En tous cas, je lui souhaite juste un truc à ce gars-là: qu'il débloque. Pare que de toute évidence, ce gars-là est constipé de la tête.
"NOTE AUX LECTEURS ET LECTRICES"
Suite à une réflexion intensive et bien poussée, j'ai décidé d'auto-censurer la fin de cet article dans laquelle je souhaitais entre-autres à cet homme de partir à la découverte de son homosexualité latente car les tournures de phrases employées pouvaient être interprétées de la mauvaise façon. En fait, c'est mon agent littéraire, Tom Wilson, débauché notoire mais homme d'un talent inestimable toutefois qui m'a conseillé dans cette direction.
Voilà donc ma conclusion alternative:
Ouais. Ce gars-là est totalement constipé de la tête.
|
Mais pas trop longtemps, parzempe.
Lien Permanent