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LE BLOG DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

• 4/2/2006 - 1933 La NRA

Posted sur ETATS-UNIS

 
23 septembre 1933

LA CROISADE DE L' « AIGLE BLEU »

Depuis la fin du mois de juillet, une véritable mobilisation générale a été proclamée aux Etats-Unis. Elle est toute pacifique, mais l'ardeur du patriotisme ne l'enflamme pas, moins. Il a suffi, pour la provoquer, d'un décret du président Roosevelt, en date du 26 juillet. Elle a aussitôt pris le caractère d'une croisade enthousiaste qui se développe sous le double signe de l' e Aigle bleu » et de ces trois initiales, sorte de talisman magique : N. R. A. Parfois aussi les trois initiales sont complétées par une quatrième et l'on dit N. I. R. A. Tous les moyens de propagande, de publicité et de diffusion sont mis au service de cette campagne, et l'on sait si l'Amérique s'y entend. Discours, journaux, radio, avions, théâtres, cinémas, églises, clubs sont utilisés pour faire comprendre au publie la vertu souveraine de cette mystique et pour recruter des adhésions.



Photo L'Illustration

Des enfants sont baptisés sous le nom de Nira, une ville tout récemment fondée s'appellera Nira et le président Roosevelt a été son parrain. Les quelques images que nous reproduisons ici pourront donner une idée de l'ingéniosité mise au service de la cause sacrée pour frapper les imaginations. Ici, c'est un char gigantesque, représentant un aigle bleu, que les pompiers promènent à travers les avenues de Washington. Là, ce sont les élèves d'une université californienne - hommes et femmes - qui se sont massés dans un stade de San Francisco de manière à dessiner sur le sol les trois lettres fatidiques et l'aigle. Si certaines de ces manifestations ne sont pas exemptes de puérilité, elles ne sont que l'aspect spectaculaire, peut-on dire, d'un gigantesque effort qui a galvanisé, à l’appel de son, chef, toute la population des Etats-Unis, et qui se traduit d'une façon plus sérieuse par l'organisation de comités et de sous-comités, fonctionnant aujourd'hui jusque dans la moindre bourgade.

N. I. R. A. signifie National Industrial Recovery Act, devenu par simplification N. R. A. ou National Recovery Act. Cet « Act» est le bill signé par le président, le 16 juin, pour restaurer l'économie nationale, et qui portait à l'origine le nom de Industry Central and Public Works Bill. Mais l'abréviation adoptée, par le gouvernement d'abord, puis par les journaux et par le publie, désigne à la fois cette loi de restauration nationale, l'administration qui l'exécute et l' œuvre même qui s'accomplit. Quant à l'Aigle bleu, c'est l'insigne auquel ont droit tous ceux qui s'enrôlent sous la bannière du N. R. A.

L' « expérience Roosevelt », que tentent actuellement les Etats-Unis pour sortir de la crise qui les a abattus, est assurément l'une des plus intéressantes qui soient. Par son envergure et par 'son audace, elle n'a d'équivalent, quoiqu'elle en diffère sensiblement, que la grande expérience soviétique, qui a trouvé son expression dans le plan quinquennal. Il ne faudrait pas croire, toutefois, que le plan Roosevelt soit né d'un seul coup et que le président l'ait apporté avec lui comme un tout homogène et complet lorsqu'il est arrivé au pouvoir. Sans doute, au cours de sa campagne électorale, avait-il promis l'avènement du New Deal, c'est-à-dire d'une nouvelle ère économique fondée sur l'économie dirigée, et il avait déjà présents à l'esprit les principes généraux dont son plan s'inspire. Mais, dans l'application, la suite des mesures prises n'ont pas toujours procédé d'un système préétabli et elles ont plus d'une fois été imposées par les réactions imprévues des événements.

La crise mondiale, dont les Etats-Unis ont souffert avant les autres nations et qui les a affectés plus gravement encore que la plupart d'entre elles, a de multiples causes, solidaires les unes des autres. La surproduction, née de la guerre et du développement intensif du machinisme, a provoqué l'accumulation des stocks, l'effondrement des prix de gros et la, ruine des producteurs. Elle a aussi engendré le chômage. Celui-ci a naturellement diminué le pouvoir d'achat des masses, d’où une sous-consommation qui est venue accentuer encore le désarroi de la production. Pendant quelque temps on a pu pallier au mal l’extension du crédit. Cette politique du crédit a été encouragée de la façon la plus imprudente sous le régime Hoover. Mais le moment inévitable est arrivé où ceux qui s’étaient endettés n’ont pas pu faire face à leurs engagements. Ce sont alors les banques qui se sont trouvées en difficulté. L’Etat s’est efforcé de leur venir en aide, mais l’entreprise était trop considérable et le krach bancaire s’en est suivi.

L’idée première du président Roosevelt semble avoir été de soulager la crise économique par les remèdes classiques : réduction des dépenses, des traitements, pensions et salaires, impôts nouveaux. Il s’est heurté à des résistances et surtout à la situation inextricable des agriculteurs, surchargés de dettes hypothécaires. C’est alors que, le 15 avril, il a décrété l’embargo sur l’or, équivalant à l’abandon de l’étalon-or et au fléchissement du dollar. Le volume des dettes intérieures s’est trouvé diminué du même coup. Un autre résultat non moins important était atteint : la baisse de la monnaie avait pour corollaire le relèvement des prix de gros, toujours exprimés en dollars. Ainsi les producteurs voyaient à la fois diminuer leurs dettes et augmenter leurs recettes. C’était pour eux double bénéfice. Toutefois, la valeur réelle des salaires avait baissé avec la dépréciation de la monnaie. La capacité d’achat du public n’était donc pas accrue, le chômage n’était pas réduit et, après une effervescence passagère, la situation, au lieu de s’améliorer, menaçait de s’aggraver.

Il était trop tard pour revenir en arrière et le gouvernement était pris dans l’engrenage. La seule solution était d'augmenter les salaires et de diminuer, si possible, les heures de travail afin de réduire le nombre des chômeurs puisque, pour une même production, il faudrait un plus, grand nombre d'ouvriers et d'employés. On arrivait ainsi à ce paradoxe économique : trouver le remède à la crise dans la hausse des prix de gros et la hausse des salaires, rendues possibles lune et l'autre par la dépréciation systématique de la monnaie, tout en comprimant l'essor des prix de détail.

Mais il tombait sous le sens que les employeurs ne se décideraient pas de leur propre mouvement à payer plus cher leurs employés pour un travail moindre. Un pareil résultat ne pouvait être obtenu que par voie d'autorité. Le président Roosevelt se fit accorder les pleins pouvoirs qui lui étaient nécessaires et il promulgua la série de mesures dont le National Industrial Recovery Act est la plus comme, mais non point la seule. En effet, le N. R. A. n'est qu'un des neuf organes qui ont été créés pour la restauration nationale. Il y a encore le Transportation Board, chargé de la réorganisation des chemins de fer et autres transports, la Reconstruction Finance Corporation, qui a pour fonction de financer les projets publics et privés, le Federal Home Loan Bank Board, relatif aux prêts immobiliers, de même que la Federal Emergency Relief Administration, l'Emergency Public Works Administration pour les travaux publics, la Tennessee Valley Authority pour l'exploitation des forces hydrauliques, le Civilian Conservation Corps, qui emploie 300.000 chômeurs au reboisement dans les régions forestières, la Federal Farm Credit Administration et l'Agricultural Adjustment Administration, destinées à alléger les dettes des agriculteurs et à réglementer et contrôler la production agricole. Le N. R. A. n'est donc qu'un des rayons d'une organisation multiple, placée tout entière sous la direction d'une sorte d'état-major ou de super-cabinet de dix membres dont
le « secrétaire' exécutif», est M. Frank C. Walker, ancien trésorier du comité national démocratique, qui fut l'un des plus,fidèles soutiens clé M. Roosevelt pendant sa campagne électorale.

Le programme du NIRA consiste à provoquer dans chaque industrie l'adoption d'un nouveau code du travail élaboré par les patrons avec le concours des syndicats ouvriers et conforme aux directives générales du président quant aux salaires et à la durée du travail. Mais, comme l'établissement de ces codes peut demander un certain temps, un code standard provisoire ou Blanket Code a été, promulgué et tous les employeurs invités à y adhérer. Tel a été l'objet de la propagande effrénée du N. R. A., dont la direction a été confiée, au général en retraite Hugh Johnson, devenu de la sorte comme le dictateur de l'industrie. Les résultats obtenus ont été prodigieux, car dès les premiers jours de la campagne 200.000 patrons employant 6 millions de personnes et représentant environ le sixième de l'industrie américaine avaient accepté le Blanket Code et, à l'heure actuelle, presque tous les employeurs y ont souscrit. Il y a, néanmoins, des réfractaires. Le plus significatif est le grand industriel Ford, dont la firme est la deuxième en importance dans la construction automobile aux Etats-Unis et fournit environ le tiers de la production nationale. Or M. Ford n'avait pas attendu l'initiative du président Roosevelt pour appliquer ses principes : en effet, depuis longtemps il pratique dans ses usines le système des hauts salaires et du travail réduit, mais, s'il repousse le N. R. A., c'est parce qu'il y voit une ingérence insupportable des pouvoirs publics dans l'industrie privée.

Cependant, malgré M. Ford, l'Aigle bleu étend aujourd'hui sur tous les Etats-Unis son vol  triomphal. Il a été fêté à New York, le 13 septembre, au cours d'une manifestation sans précédent dans l'histoire américaine. Un immense cortège, comprenant plus de 250.000 participants, a défilé dans la Cinquième avenue, de Washington Square jusqu'à Central, Park, accompagné par 200 orchestres militaires et civils, encadré par 2.000 policiers et survolé par 76 avions. Plusieurs millions de spectateurs l'ont acclamé de leurs cris délirants, jetant du haut des gratte-ciel, la pluie traditionnelle des papiers et des serpentins.



Photo L'Illustration


Il est indéniable que l'expérience Roosevelt a déjà donné des effets considérables. Les salaires ont grossi de 24 %, 2 millions et demi de chômeurs ont retrouvé du travail, la production a repris à un rythme accéléré. Mais le moment critique viendra dans quelque temps, lorsque les marchandises produites depuis l'inflation arriveront sur le marché. Si, pour respecter les principes du N. R. A., les prix de détail tombent alors au-dessous des prix de gros, on risque d'assister à une avalanche de faillites et à un écroulement général d'une prospérité factice. Le gros danger de l'économie dirigée telle que la conçoit le président Roosevelt est d'assurer le présent aux dépens de l'avenir. C'est dans quelques mois seulement que l'on pourra dire si sa téméraire expérience a été un bienfait ou un désastre. « Au Brésil, disait récemment un économiste qui n'est point un humoriste, on jette à la mer des sacs de café. Attendez-vous à voir les Etats-Unis obligés de détruire semblable ment des machines à écrire, des automobiles et des phonographes ! »


ROBERT LAMBEL
L’Illustration, 23 septembre 1933, pages 99-100.

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