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LE BLOG DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

• 6/2/2006 - 1914 Les origines de la Guerre selon Trotsky

1914
Trotsky à Vienne
ou les origines de la 1ère Guerre mondiale

Extrait de "Ma Vie",
autobiographie de L. Trotsky



Dans son autobiographie publiée en 1929, le révolutionnaire russe Léon Trotski, qui était à Vienne en 1914, évoque l'état d'esprit des populations d'une manière qui nous interroge sur les origines de la guerre.

 « On vit apparaître sur les palissades et murs de Vienne cette inscription : Alle Serben müssen sterben ! *  C'était devenu le cri de ralliement des gamins de la rue. (…) Buchanan, l'ancien ambassadeur de Grande-Bretagne à Pétrograd, parle avec enthousiasme dans ses Mémoires des "merveilleuses premières journées d'août ", pendant lesquelles la Russie lui parut "complétement transfigurée ". On peut trouver l'expression du même ravissement dans les souvenirs d'autres hommes d'Etat… Dans tous les centres européens, les journées d'août furent également merveilleuses, tous les pays apparurent transfigurés pour travailler à leur destruction mutuelle.

L'élan patriotique des masses en Antriche-Hongrie fut, de tous, le plus inattendu. Qu'est-ce qui pouvait bien pousser l'ouvrier cordonnier de Vienne, Pospezsil, moitié Allemand, moitié Tchèque, ou notre marchande de légumes Frau Maresch, ou le cocher Frankl, à manifester sur la place, devant le ministère de la guerre ? Une idée nationale ? Laquelle ? L'Autriche-Hongrie était la négation même de l'idée de nationalité. Non, la force motrice était ailleurs.

Il existe beaucoup de gens de cette sorte, dont toute la vie, jour après jour, se passe dans une monotonie sans espoir. C'est sur eux que repose la société contemporaine. Le tocsin de la mobilisation générale intervient dans leur existence comme une promesse. Tout ce dont on a l'habitude et la nausée est rejeté; on entre dans le royaume du neuf et de l'extraordinaire. Les changements qui doivent se produire par la suite sont encore moins prévisibles. Peut-on dire que cela ira mieux ou plus mal? Mieux, bien sûr. Comment Pospezsil trouverait-il pire que ce qu'il a connu en temps "normal" ? (…)

Quelle fut l'attitude que je trouvai dans les cercles dirigeants de la social-démocratie autrichienne, à l'égard de la guerre ? Les uns s'en réjouissaient ouvertement, dans un langage qui débordait d'injures grossières à l'adresse des Serbes et des Russes, et sans trop distinguer les gouvernants de leurs peuples. Ils étaient au fond, organiquement, des nationalistes; le léger vernis de culture socialiste dont ils étaient couverts tombait d'eux, et non pas de jour en jour, mais d'heure en heure…
C'est le 1er août que l'Allemagne déclara la guerre à la Russie. Avant cette date, les Russes quittaient déjà Vienne. Au matin du 3 août, je me rendis à la Wienzeile pour consulter les députés socialistes, pour leur demander ce que nous avions à faire, nous autres émigrés russes. Friedrich Adler, mû par la force d'inertie, continuait encore dans son cabinet à remuer des livres, des papiers, à préparer des timbres pour le prochain congrès international socialiste qui devait avoir lieu à Vienne. Cette idée de Congrès n'était pourtant déjà plus que du passé. D'autres forces entraient dans la carrière…»
* "Tous les Serbes doivent mourir !"




UN EXEMPLE DE COMMENTAIRE

A l'été 1914, les déclarations de guerre suivent rapidement l'entrée en guerre de l'Autriche-Hongrie contre la Serbie (28 juillet). Alors exilé à Vienne, le révolutionnaire russe Léon Trotsky est témoin des événements marqués par le déchaînement de patriotisme anti-serbe. Son analyse nous conduit à nous interroger sur la place du patriotisme et du nationalisme dans les origines de la guerre et son acceptation dans l'opinion, malgré l'importance des socialistes dans ce pays, en privilégiant le regard viennois.

1 - Le patriotisme et le nationalisme

1.1 - La Serbie est la victime du patriotisme austro-hongrois

Chacun sait que se développe une irritation extrême contre la Serbie.  La Serbie est en Europe: ne pas s'étendre sur les origines coloniales!
    * séquelles des guerres balkaniques qui ont agrandi la Serbie
    * pour l'AH : la Serbie est une menace de déstabilisation de l'empire; Belgrade prétend en effet regrouper tous les Slaves du sud (y compris ceux de l'empire danubien, tels les Bosniaques et les Slovènes). La guerre sera patriotique pour éliminer les ambitions serbes. Injures grossières contre les Serbes.
    * rôle de l'attentat de Sarajévo. Dès lors Tous les Serbes doivent mourir (admirez le jeu de mots Serben, sterben, susceptible d'amuser les gamins de la rue; comme s'il était dans la nature des Serbes de mourir à cause balles autrichiennes).

1.2 - Le patriotisme est partout considérable

Le débordement patriotique est considérable : en France, le socialiste Jaurès est assassiné le 31 juillet par Raoul Villain qui craignait que les socialistes puissent briser la mobilisation et donc la revanche. Mais la France est un Etat-nation (c'est-à-dire l'Etat d'une seule nation).
Or, l'existence d'un état-nation n'est pas obligatoire pour qu'il y ait patriotisme : c'est le constat fait par Trostky dans le 2è paragraphe : puisque l'AH est la négation même de l'idée de nationalité.
En effet il n'y a pas de nationalité austro-hongroise, mais une multitude de nationalités définies par la langue : allemande, , tchèque (et le cordonnier Pospeszil appartient aux deux; il est bilingue, c'est fréquent à Vienne), italienne, hongroise, roumaine, etc... Si les gens vont manifester en faveur de la guerre devant le ministère en juillet 1914, ce n'est pas le nationalisme austro-hongrois qui les pousse, celui-ci n'existant pas : donc la force motrice était ailleurs.

1.3 - Cet élan patriotique gagne toute l'Europe.

En France en 1914: les patriotes brisent les vitrines des magasins pris pour austro-allemands: Maggi et Singer ("maison française"! affichent des commerçants prudents). Alors que les états-majors avaient craint une poussée de désertion, celle-ci ne se produit pas : ainsi il y a bien de merveilleuses journées d'août  du point de vue des dirigeants puisque leurs peuples ne les trahissent pas.

2- L'impuissance des socialistes

2.1 - Le socialisme contre la Guerre ?

Trois forces militaient en faveur de la paix:  la coopération des capitaux, la solidarité du prolétariat (2è Internationale), et donc la peur des gouvernements que de la guerre ne jaillisse la révolution. N'oubliez pas les paroles de l'Internationale : l'hymne révolutionnaire ne promet-il pas que «nos balles seront pour nos propres généraux»?
Qu'est-ce que la social - démocratie? Aragon, dans "les cloches de Bâle" a dépeint le congrès de l'Internationale socialiste de 1912; le 17 novembre une manifestation  avait été organisée dans toute l'Europe contre la guerre. Les Congrès socialistes avaient donc envisagé de proclamer la "guerre à la guerre" et ce point de vue avait été repris par la bien des syndicats, ainsi en France par la CGT. Mais le Congrès de 1914 à Vienne sera inopérant : la guerre est déjà déclarée.

2.2 - Les socialistes acceptent l'Union Sacrée

En effet, si l'on examine l'Internationale socialiste de 1914 on constate qu'elle a failli à sa tâche de défenseur de la paix internationale. Les dirigeants socialistes autrichiens, comme Friedrich Adler, ne pensent qu'à leur Congrès; ils sont incapables de réagir (mus par la force d'inertie). Ils n'ont rien de révolutionnaires! Là est leur péché selon Trotsky.
Une grande partie de la gauche voit dans la guerre le dernier obstacle avant un monde plus huste; ainsi en France Péguy écrit-il : "Nous sommes partis, soldats de la République, pour la dernière bataille, pour le désarmement général, et la dernière des guerres" . Ou encore le point de vue de Jean Jaurès (que son assassin a donc bien mal compris) quand il s'écrie: "Un peu d'internationalisme écarte de la patrie, beaucoup d'internationalisme y ramène».

2.3 - Trostky le futur bolchevik est déjà hostile aus sociaux-démocrates.

L'auteur - à l'époque où il rédige et publie ses souvenirs-  est bolchévique, fondateur de la IIIè Internationale (Komintern, 1919), par conséquent son opinion sur les socialistes est négative : ce sont des hommes du passé : d'autres forces entraient dans la carrière ; càd les forces de la révolution sociale que les bolchéviques vont encadrer.
Evidemment, Trostky n'écrit pas union sacrée;  mais les SD sont présentés comme étant de faux socialistes (le vernis s'écaille), ce n'est qu'une accusation grave. On peut considérer que la social-démocraties suit finalement le mouvement du peuple d'autant que pour la 2°internationale, il existe des "guerres justes". C'est le point de vue des socialistes austro-allemands; c'est aussi celui des socialistes de l'Entente.

3 - La guerre comme révélateur d'un malaise social

3.1 - La guerre : un rapide coup de balai salutaire ?

L'idée d'une guerre courte: «Ce sera un orage violent mais très court, je crois à une guerre de 3, au plus de 4 mois" prévoyait le général von Bülow. Alors pourquoi pas rejeter tout ce dont on a l'habitude et la nausée ? La guerre devient alors le moyen d'entrer dans le royaume du neuf et de l'extraordinaire, parce que la vie des masses laborieuses est tout sauf cela, selon l'auteur. Cela révèle les idées révolutionnaires et marxistes de Trotsky.

3.2 - La guerre comme promesse du changement

L'idée de Trostsky est présentée dans le 3è §. Le révolutionnaire qu'il est n'est pas satisfait de la société capitaliste. Il veut la renverser. Il est donc prêt à sympathiser avec tout ceux qui n'en sont pas satisfaits : tel est la situation de Pozpezsil et autres petits personnages des classes laborieuses viennoises : la marchande de légumes, le cocher, etc. Pour eux qui vivent très mal : peut-don dire que cela ira mieux ou plus mal ? Mieux bien sûr… Les prolétaires n'ont rien à perdre. Ils vont bientôt s'apercevoir que ce n'est pas la guerre qu'il faut faire, mais la REVOLUTION !

Conclusion

 L'Union sacrée ne dura pas jusqu'au bout; mais la guerre fit 1O millions de morts. Elle sembla aussi tuer la patriotisme et le nationalisme, ainsi que le socialisme. De fait en février 1917 la révolution éclate en Russie, et en octobre Trotsky fait partie de la nouvelle équipe dirigeante en Russie, celle qui a fondé le communismer. Mais le socialisme n'est pas mort pour autant: on assistera à sa reconstruction dès les années 1920, cf le rôle de Léon Blum en France. Beaucoup plus tard, dans l'Europe de 1990, les pouvoirs communistes se sont écroulés, mais les socialistes et les nationalistes sont toujours présents, tandis que certains veulent inventer un "patriotisme européen", face au Japon notamment.





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