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LE BLOG DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

• 6/4/2006 - 1958 De Gaulle et la Communauté

LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE


Juillet 1958
Discours du général De Gaulle à Brazzaville
au stade Félix Éboué



"Quelles propositions, quel projet va être soumis au choix libre et conscient de tous? C'est celui de la Communauté. Ce c'est que la Métropole et les Territoires d'Outre-Mer forment ensemble une Communauté dans laquelle, je le répète, chacun aura le gouvernement libre et entier de lui-même, et dans laquelle on mettra en commun un domaine qui, dans l'intérêt de tous, comprendra la défense, l'action extérieure, politique, économique, la direction de la Justice et de l'Enseignement et des communications lointaines.

"Cette communauté aura des institutions; un Président de la Communauté, un Conseil Exécutif de la Communauté qui réunira les Chefs de Gouvernement avec les Ministres chargés "Affaires des Communes, et un Sénat de la Communauté, formé par les représentants de tous les Territoires et la Métropole, qui délibérera des affaires communes, enfin une Cour d'arbitrage pour régler sans heurt les litiges qui pourraient se produire.

"Cette Communauté-la, je vais la proposer à tous et à toutes ensemble, où qu'ils soient. On dit: "Nous avons droit à l'indépendance, mais certainement oui. D'ailleurs l'indépendance, quiconque la voudra pourra la prendre aussitôt la Métropole ne s'y opposera pas. "Un territoire déterminé pourra la prendre aussitôt" a répété le Général De Gaulle, s'il vote "non" au référendum du 28 septembre. Et cela signifiera qu'il ne veut pas faire partie de la Communauté proposée et qu'il fait en somme sécession. Cela signifiera qu'il veut poursuivre son chemin lui-même, isolément à ses risques et périls.

La Métropole en tirera la conséquence et je garantis qu'elle ne s'y opposera pas. "Mais si le corps électoral, dans les territoires africains, vote "oui" au référendum, cela signifiera que par libre détermination, les citoyens ont choisi de constituer la Communauté dont j'ai parlé. Alors cette Communauté sera instituée. On la fera fonctionner. Je suis sûr que ce sera pour le bien de tous.

"Mieux même, à l'intérieur de cette communauté, a ajouté le Général De Gaulle, si quelque territoire au fur et à mesure des jours, se sent, au bout d'un certain temps que je ne précise pas, en mesure d'exercer toutes les prérogatives de l'indépendance, eh bien, il lui appartiendra d'en décider par son Assemblée élue et, si c'est nécessaire ensuite, par le référendum de ses habitants. Après quoi, la communauté en prendra acte et un accord réglera les conditions de transfert entre ce territoire qui prendra son indépendance et suivra sa route, et la Communauté elle-même.

"Je garantis d'avance que, dans ce cas non plus, la Métropole ne s'y opposera pas, mais bien entendu, la Métropole elle aussi gardera à l'intérieur de la Communauté la libre disposition d'elle-même; elle pourra, si elle juge nécessaire, rompre les liens de la Communauté avec tel ou tel territoire, car il ne peut échapper à personne que la Communauté imposera à la Métropole de lourdes charges, et elle en a beaucoup à porter.

"Je souhaite de tout mon coeur qu'elle persévère dans cette Communauté, qu'elle continue à porter ses charges, qu'elle puisse et qu'elle le veuille, mais bien entendu, elle se réservera elle aussi la liberté de ses décisions."
20 ( ?) août 1958.

26 août 1958
Discours de De Gaulle à Dakar

"Je vois que Dakar est une ville vivante et vibrante ; je ne me lasserai pas de la saluer en raison des souvenirs qui m'y attachent, en raison, aussi, des espérances que j'y ai placées. Je veux dire un mot d'abord aux porteurs de pancartes. Voici ce mot : s'ils veulent l'indépendance, qu'ils la prennent le 28 septembre. Mais s'ils ne la prennent pas, alorsqu'ils fassent ce que la France leur propose : la communauté franco-africaine.

Qu'ils la fassent en toute indépendance, indépendance de l'Afrique et indépendance de la France. Qu'ils la fassent avec moi, pour le meilleur et pour le pire, qu'ils la fassent dans les conditions que j'ai évoquées d'une manière précise, en particulier l'autre jour à Brazzaville. Conditions dont je n'admets pas qu'on mette en doute la précision ni la sincérité.
   
Nous sommes à l'époque de l'efficacité, c'est-à-dire à l'époque des ensembles organisés. Nous ne sommes pas à l'époque des démagogues. Qu'ils s'en aillent les démagogues d'où ils viennent, où on les attend. Nous sommes à l'époque de ceux qui veulent construire pour le bien de la Métropole et pour le bien de tous les hommes. Nous sommes à l'époque où tout nous appelle à travailler de concert, à mettre en commun notre effort, librement, par notre libre détermination. Mais nous ne contraignons personne. Nous demandons qu'on nous dise "oui", ou qu'on nous dise "non". Si on nous dit "non", nous en tirerons les conséquences. Si on nous dit "oui", nous serons des frères pour prendre la route côte à côte, la route des grandes destinées.

J'ai dit ce que j'avais à dire. Je l'ai dit à Dakar comme ailleurs. Je salue Dakar et le Sénégal, depuis trois cents ans liés à la France et réciproquement; je salue l'Afrique, l'Afrique qui est libre, l'Afrique pour la liberté de laquelle l'homme qui vous parle a fait tout ce qu'il a pu et est prêt à continuer de le faire. Mais si la France interroge l'Afrique elle répondra aussi à ce que l'Afrique lui dira, suivant que l'Afrique décidera de s'associer à elle, ou suivant, que, selon une hypothèse que je rejette absolument, elle se refuserait à le faire. Allons ! la route est claire et la lumière est devant nous. A Dakar, je constate avec une certaine satisfaction qu'en tout cas le sujet paraît vous intéresser.

On crie : "De Gaulle !", "De Gaulle !". Je constate aussi que, quand il est là et qu'il parle, les choses sont claires et qu'on ne s'ennuie pas. Et, ceci dit, je prends congé de Dakar. J'aurais préféré, bien sûr que ce fut dans un silence plus complet, mais je n'en veux à personne. Je tiens à répéter à cette Afrique que j'aime l'expression de mon amitié, l'expression de la confiance de la France, et je suis sûr que, malgré les agitations systématiques et les malentendus organisés, la réponse du Sénégal et de l'Afrique à la question que je lui pose, au nom de la France sera: Oui ! Oui ! Oui ! Vive le Sénégal ! Vive la République ! Vive l'unité franco-africaine ! Vive la France.







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• 6/4/2006 - 1954 Discours de Carthage



31 juillet 1954
         Discours de Carthage

le Président du Conseil Pierre Mendès France se rend en
Tunisie, au palais de Carthage, où il prononce la
déclaration suivante devant le bey de Tunis, Sidi Lamine.

« Monseigneur,

C'est un ami qui vient vous voir, ami de Votre Altesse et ami de votre pays. C'est aussi le chef du gouvernement de la France, de la France qui a tant fait pour la Tunisie. Je sais, Altesse, vos soucis et votre tristesse devant la situation actuelle de votre royaume. Ces soucis, cette tristesse, sont également les miens.

J'ai donc tenu à venir vous exposer moi-même aujourd'hui, avec M. le ministre Christian Fouchet et M. le maréchal Juin, les propositions du gouvernement français à l'égard des problèmes que posent les relations entre nos pays et nos peuples. Ces problèmes ont été compliqués beaucoup plus par la violence des attentats et par l'opposition de thèses purement doctrinales que par un antagonisme réel et profond des intérêts en présence. C'est pourquoi il nous appartient de faire un effort, non seulement de conciliation mais aussi de réalisme et de clarté. (…)

Notre politique est une politique libérale, conforme aux traditions de notre histoire aussi bien qu'aux aspirations profondes du peuple tunisien et aux promesses qui lui ont été faites.

L'autonomie interne de l'Etat tunisien est reconnue et proclamée sans arrière-pensée par le gouvernement français qui entend tout à la fois l'affirmer dans son principe et lui permettre dans l'action la consécration du succès. Le degré d'évolution auquel est parvenu le peuple tunisien — dont nous avons lieu de nous réjouir d'autant plus que nous y avons largement contribué —, la valeur remarquable de ses élites justifient que le peuple soit appelé à gérer lui-même ses propres affaires.

C'est pourquoi nous sommes prêts à transférer à des personnes et à des institutions tunisiennes l'exercice interne de la souveraineté.

Dès maintenant, et tel est votre désir, un nouveau gouvernement peut être constitué qui, outre la gestion des affaires de la régence, sera chargé de négocier en votre nom avec le gouvernement français les conventions destinées à fixer clairement les droits des uns et des autres. Ces conventions préciseront les obligations réciproques des deux pays et les garanties reconnues à la France et aux Français habitant en Tunisie.

Je tiens à cet égard à préciser la pensée du gouvernement français sans aucune équivoque afin que l'accord se dégage dans une parfaite loyauté et qu'aucune interprétation déraisonnable ne puisse être donnée à mes intentions. Il est sans aucun doute de l'intérêt commun que la France reste présente en Tunisie. Les services qu'elle rend à votre pays, l'aide culturelle, économique, technique et financière qu'elle lui fournit, la place qu'un grand nombre de Français y occupent et le travail qu'ils ont accompli sont des réalités dont aucun patriote tunisien ne songerait à faire bon marché. Au surplus, la sauvegarde de la paix dans cette région du globe qui est la nôtre exige l'unité de la défense ; de là découle aussi la nécessité d'une commune politique étrangère. C'est bien pourquoi vos illustres prédécesseurs ont tenu, comme vous tenez aussi, à ce que la France assure la sécurité de votre pays et ses relations internationales, conformément au traité du Bardo.

L'apport de la France à la prospérité de la Tunisie repose, dans une large mesure, sur la présence d'un grand nombre de Français dont le rôle, dans les branches d'activité les plus diverses, a puissamment contribué au développement et à l'enrichissement de la Tunisie.

Les Français, en échange de leurs services passés et présents, du rôle qu'ils peuvent et doivent jouer dans l'avenir, ont acquis le droit de vivre et de travailler en Tunisie, droit dont personne ne songe à les priver. Il ne s'agit pas seulement de défendre les situations qu'ils se sont acquises. En vérité, ils doivent continuer, eux, leurs fils et les fils de leurs fils, une tâche qui répond à l'intérêt du pays et de tous ses habitants. Leur action doit, non seulement se poursuivre, mais se développer dans un climat de confiance et d'amitié. ( …)

Au cours de ces dernières semaines, les violences ont redoublé comme si elles voulaient gagner de vitesse nos décisions et creuser un fossé entre les populations appelées à s'entraider fraternellement. Comme vous-même, j'ai le droit d'espérer qu'un terme sera mis maintenant à ces violences. S'il fallait affecter plus de moyens pour les maîtriser, le gouvernement français n'hésiterait pas à envoyer tous les renforts nécessaires ; s'il fallait recourir à des mesures draconiennes d'ordre public, à son regret, il les prendrait.

Si de nouveaux attentats venaient endeuiller ce pays, les sanctions, je dois le dire loyalement, seraient d'une rigueur que ne mitigerait aucun ménagement car notre devoir consiste, n'est - il pas vrai, à hâter l'heure de la conciliation et des réformes sur le sens desquelles aucun désaccord n'a plus lieu de subsister entre nous.

De toute manière, le terrorisme n'atteindra pas le but qu'il poursuit, il n'entravera pas les déterminations politiques que nous avons prises. Tout au plus, il risque d'en retarder le succès, tout en imposant à votre peuple des souffrances imméritées.

Vous n'ignorez pas, Altesse, que vous pouvez compter sur la bonne volonté entière du gouvernement français. C'est pourquoi j'ai tenu à venir, dans cette circonstance qui doit être heureuse pour nos deux pays, vous apporter moi-même le message amical du peuple français. Je regrette vivement que mon séjour auprès de vous soit trop bref, en raison d'affaires pressantes qui me rappellent à Paris. J'espère pouvoir revenir prochainement pour une durée moins limitée. J'espère surtout que notre entretien d'aujourd'hui aura pu contribuer à une meilleure compréhension entre nos deux peuples, qui doivent reprendre la route sur laquelle ils ont ensemble réalisé tant de progrès déjà en trois générations. La meilleure garantie des intérêts des uns et des autres, la meilleure chance d'avenir pour la Tunisie entière et pour tous ceux qui contribuent à sa vie, n’est - elle pas, en effet, une intime coopération qui ne peut manquer de se confirmer entre Français et Tunisiens, réunis par tant de profondes affinités et de réelles sympathies ? »


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