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LE BLOG DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

• 20/11/2006 - 1943 Jean Moulin crée le Conseil National de la Résistance


1943
Jean Moulin crée le Conseil National de la Résistance




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Biographie de Jean MOULIN
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Jean Moulin est né le 20 juin 1899 à Béziers, dans une famille de militants républicains. Son père, franc-maçon, professeur et conseiller général radical-socialiste, l’incite à entrer dès l’âge de dix-huit ans dans l’administration préfectorale. Il met ensuite à profit ses relations dans le monde politique pour favoriser la carrière de son fils.

 1. Jean Moulin, préfet

Après une courte mobilisation à la toute fin de la Première Guerre mondiale, Jean Moulin débute comme attaché au cabinet puis sous-chef de cabinet du préfet de l’Hérault (1917). Il est tour à tour chef de cabinet du préfet de la Savoie (1922), sous-préfet d’Albertville (plus jeune sous-préfet de France, 1925), de Châteaulin (1930), de Thonon (1933), secrétaire général de la préfecture de la Somme (1936), préfet de l’Aveyron (plus jeune préfet de France, 1937), puis d’Eure-et-Loir (1939).

Son amitié avec Pierre Cot, jeune et brillant député radical, lui ouvre la porte des cabinets ministériels. À plusieurs reprises, il est chef de cabinet de Cot, au secrétariat d’État aux Affaires étrangères (1932), au ministère de l’Air (1936), puis du Commerce (1938). En tant que chef de cabinet du ministre de l’Air du Front populaire, à partir de l’été de 1936, il prend part aux livraisons clandestines d’armes et d’avions au gouvernement républicain lors de la guerre d’Espagne.

La réputation du préfet Jean Moulin auprès de son ministère de tutelle est celle d’un excellent administrateur, à tel point que le ministre de l’Intérieur du gouvernement formé le 17 juin 1940 par le maréchal Pétain à la suite de la demande d’armistice, envisage de le nommer directeur de la Sûreté. Projet abandonné lorsqu’on apprend son arrestation le soir même par le commandant allemand qu’il a dû accueillir dans sa préfecture de Chartres. Pour échapper aux brutalités qui lui sont infligées dans le but de lui faire avaliser un texte raciste et mensonger à l’égard des troupes coloniales, Jean Moulin tente de se suicider dans la nuit du 17 au 18 juin 1940. Soigné, libéré, il reprend ses fonctions à la tête de son département occupé, faisant preuve d’opiniâtreté tant à tenir tête aux Allemands et à protéger ses administrés qu’à remettre son département en état de marche. En vertu de ses opinions de gauche et de sa personnalité marquée, il est révoqué par le maréchal Pétain et quitte l’administration le 16 novembre 1940.

 2. Sous l’autorité du général de Gaulle

Dès les premiers mois de l’Occupation, Jean Moulin a utilisé sa fonction pour se renseigner sur la Résistance naissante et se forger une fausse identité lui permettant de quitter la France pour chercher à l’étranger une aide pour les réfractaires. Les mois suivant sa révocation, il intensifie ses activités clandestines, rencontrant nombre de pionniers, dont Henri Frenay et François de Menthon. Son inventaire est modeste, mais il sait en dresser, dans un texte intitulé Rapport sur l’activité, les projets et les besoins des groupements constitués en France en vue de la libération du territoire national, un tableau sélectif qui présente les perspectives d’une résistance susceptible d’organisation et d’extension.

Jean Moulin quitte la France le 9 septembre 1941, muni d’un visa pour les États-Unis. Il choisit pourtant de se rendre en Angleterre, où il arrive le 20 octobre, via l’Espagne et le Portugal. Il se présente en émissaire des mouvements de résistance et sollicite l’aide des Britanniques et de la France libre.

Sa rencontre avec de Gaulle, le 25 octobre 1941, est décisive. Alors qu’il ignorait presque tout de la France libre, Moulin est convaincu par le projet du général de maintenir la France dans la guerre au nom d’une légitimité supplantant la légalité de Vichy. Sa vision de la résistance métropolitaine emporte l’adhésion de De Gaulle, qui le charge, sous son autorité, d’une triple mission de propagande, d’unification militaire et de fédération politique des mouvements de Résistance de la zone libre.

Parachuté en France le 2 janvier 1942, Jean Moulin reprend les contacts établis avant son départ, distinguant trois groupes auxquels il apporte financement et soutien : Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur.

Sa première tâche consiste, non sans difficulté, à faire reconnaître à des groupes nés indépendamment de la France libre l’autorité du général de Gaulle. Jean Moulin crée aussi des services centraux : radio, opérations aériennes, bureau de presse, comité général des experts (C.G.E.), noyautage des administrations publiques (N.A.P.) et exécute, malgré de nombreux obstacles, sa mission de coordination technique et d’unification militaire. Le 2 octobre 1942, leComité de coordination, dont il est président, est créé à Londres, regroupant les trois mouvements sous les ordres du général de Gaulle.



 3. Le Conseil de la Résistance

Ces résultats, difficilement acquis, sont brutalement remis en cause après le débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord, les Américains cherchant à évincer de Gaulle au profit de l’amiral Darlan (13 novembre), puis du général Giraud (26 décembre).

Pour assurer de Gaulle du soutien des résistances métropolitaines et proclamer à l’extérieur la légitimité démocratique de celui-ci, Jean Moulin travaille au processus qui aboutit à la création du Conseil de la Résistance, institution clandestine représentative des mouvements de Résistance des deux zones (huit mouvements), des fractions résistantes des partis politiques de la IIIe République (six partis) et de deux syndicats. Lors de sa première réunion, le 27 mai 1943, le Conseil de la Résistance (connu par la suite sous le nom de Conseil national de la Résistance, C.N.R.) adopte une motion confiant l’autorité militaire à Giraud et l’autorité politique à de Gaulle. Parallèlement est mise sur pied, au cours du premier semestre de 1943, une Armée secrète, dont la direction est confiée au général Delestraint.

L’institutionnalisation de la Résistance et sa soumission à l’autorité du général de Gaulle ont suscité de terribles affrontements au sein de la Résistance métropolitaine et entre ses chefs et la France libre. Jean Moulin, nommé président des comités de coordination de zone sud et nord et du C.N.R., et commissaire national en mission (titre équivalent à celui de ministre), cristallise sur sa personne les dissensions internes, qui susciteront un certain nombre d’imprudences, aux conséquences parfois tragiques, de la part de dirigeants de mouvements, pris dans le tourbillon de leurs batailles. Ce sont ces imprudences qui, jointes à la trahison, mènent à l’arrestation de Jean Moulin à Caluire, le 21 juin 1943, par les services de la Gestapo de Lyon dirigés par Klaus Barbie.

Trahi une seconde fois en prison, Jean Moulin est identifié et torturé. Il tente probablement de se suicider pour échapper à ses tortionnaires. C’est dans un état désespéré qu’il est provisoirement transféré à Paris puis dirigé vers l’Allemagne. Il meurt durant le trajet. Son décès est déclaré en gare de Metz à la date du 8 juillet 1943.

 4. Les polémiques

Jean Moulin est la cible périodique de calomnies. Celles-ci se sont alimentées des écrits d’Henri Frenay, chef du mouvement Combat, qui prétendit, dès 1950, que Jean Moulin avait « favorisé » les communistes dans la Résistance. En 1973, il reprit cette thèse dans ses souvenirs (La nuit finira), puis la systématisa en 1977, dans un essai polémique, L’Énigme Jean Moulin.

Discréditer le symbole de la Résistance (le général de Gaulle fit entrer Moulin en 1964 au Panthéon où François Mitterrand lui rendit hommage lors de sa prise de fonction en 1981), c’est discréditer, d’une part, de Gaulle, et, d’autre part, la Résistance et les valeurs de combat, de sacrifice et de liberté qu’ils incarnent.

La répartition de l’argent et des armes entre les composantes de la Résistance, le choix de ses collaborateurs, la composition des institutions qu’il créa, les directives militaires et politiques qu’il appliqua prouvent, à la lecture des archives, que Jean Moulin n’a pas favorisé les communistes et s’est même appliqué à les contenir, afin d’assurer l’autorité exclusive du général de Gaulle sur l’ensemble des Résistances. Frenay, d’ailleurs, n’a jamais prétendu démontrer le crypto-communisme de Jean Moulin, mais seulement exprimer son « intime conviction ». Toutefois, les glissements successifs de son raisonnement, l’utilisation de moins en moins nuancée qui en fut faite et l’autorité morale dont il jouissait en tant qu’ancien chef de la Résistance ont non seulement donné du poids à son soupçon, mais ont fourni des arguments à ses suiveurs. Ceux-ci s’abritent derrière lui pour calomnier Jean Moulin, jusqu’à en faire un espion soviétique voire, à l’opposé, un agent américain.

La métamorphose des résistances en la Résistance, que Jean Moulin a soumise à l’autorité du général de Gaulle, évita pourtant à la France, lors de la Libération, l’humiliation d’une occupation alliée et la tragédie d’une guerre civile qui ensanglanta d’autres pays d’Europe occupés par les Allemands.

(source : E. Universalis)




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• 17/3/2006 - 1940 - Pétain et la Révolution Nationale


1940
 PÉTAIN ET LA RÉVOLUTION NATIONALE

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La France de 1940 à 1944           
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1 – LE MARECHAL PETAIN FONDE LE REGIME DE VICHY
A) Le régime est né de la défaite
(1) la défaite militaire
a - la percée  allemande et l’exode
La «drôle de guerre» n'a duré que quelques mois de septembre 1939 à avril 1940. À partir du 10 mai 1940 le front craque en quelques jours devant les assaut des Panzer allemands. Le Président du Conseil, Paul Reynaud prend le 18 mai la direction de la défense nationale, il appelle Pétain et nomme Weygand généralissime. La situation apparaît désespérée à beaucoup. Le gouvernement se divise entre partisans et adversaires de l'armistice. Le 5 juin, un remaniement ministériel fait entrer au gouvernement le général de brigade Charles De Gaulle, Bouthillier et Beaudouin (personnages d'avis contraires).
L'invasion allemande de la Belgique et du Nord de la France provoque un gigantesque exode des civils. Paris se vide. Des millions de personnes errent sur les routes de France. Ces populations se dirigent vers la côte atlantique et vers le midi. Ces départements ne sont pas prêts pour recevoir six millions de réfugiés. L'administration avait prévu un certains nombre de replis : exemple de l'Alsace sur le Massif central (l'université de Strasbourg est repliée sur Clermont-Ferrand par exemple).

b- devant l’invasion le gouvernement se replie à Bordeaux
Le gouvernement quitte Paris pour les châteaux de la Loire, puis Bordeaux. Reynaud songe un moment à imposer l'idée d'un réduit breton puis il envisage de se replier sur l'Algérie et le Maroc, pour continuer la lutte armée conjointement avec l'Angleterre. Une proposition d'union organique franco-anglaise est même évoquée avec Churchill. Mais le 16 juin, Reynaud décide de démissionner. Faut-il une capitulation des militaires (avis de Reynaud) ou un armistice engageant le pouvoir exécutif et non pas l’état major (avis de Pétain) ?
 
(2) la défaite politique — est celle de la IIIè République
Paul Reynaud démissionne car il ne veut pas demander lui-même l’armistice.
a- Le gouvernement du maréchal Pétain commence le 17 juin
    Le président Albert Lebrun confie la présidence du conseil au maréchal (né en 1856, il a donc 84 ans). Lebrun ne part pas en Algérie : la chute de la IIIè République et la création de l’Etat français ne le feront pas réagir ! D'ailleurs Pierre Laval se préoccupe d'empêcher l'embarquement du Président Lebrun prévu à Port-Vendres : cela aura permis à de Gaulle d'incarner seul la France libre…  Vichy, c'est à côté de Chateldon, sur les terres de Laval qui est l'artisan principal du changement de régime. "Voilà Bougnaparte" lâche Marcel Déat… Pierre Laval devient Vice-Président et Ministre de l'Information (ex: la publication du "Populaire" est interdite).
b- l’armistice de Rethondes est très contraignant
Signé le 22 (dans le wagon où avait été signé celui de 1919, Hitler l'ayant symboliquement exigé), il entre en application le 25 juin 1940. L'armée française est réduite à une "armée d’armistice" : elle est démobilisée et réduite; elle a la garde des avions qui nous restent. Les prisonniers de guerre (1,5 million) restent prisonniers jusqu’à la conclusion d’un traité de paix. La flotte de guerre est épargnée alors que Churchill craint qu’il y ait un accord secret entre la France et l’Allemagne. Aussi lance-t-il l’opération “Catapult” contre Mers-el-Kébir (près d'Oran) le 3 juillet 1940 afin d'empêcher Hitler de s'en emparer. Cet événément dramatique (2000 marins morts) est un facteur majeur de la rupture franco-britannique pour l'opinion française.
    Une partie de la France étant occupée, une ligne de démarcation sépare les deux zones principales, occupée / non-occupée : elle traverse le pays en passant par Nantua, Moulins, Tours, Poitiers, Angoulême, Mont de Marsan… [Voir Eric Alary, La ligne de Démarcation, Perrin, 2003].
    L’administration française doit collaborer avec les autorités d’occupation (art.3). Hitler a l’habileté de laisser un gouvernement en France (à la différence de la Belgique et des Pays-Bas). La France doit livrer à l’Allemagne les exilés politiques allemands (tels Fritz Thyssen, Rudolf Hilferding…)

B) La fondation de l'Etat Français
1- le choc de la défaite est utilisé pour changer le régime
    Pour Pétain la République est coupable et responsable. Elle doit donc disparaître. C’est fait le 10 juillet 1940 à Vichy : le Parlement de la IIIè République se saborde. Députés et sénateurs réunis en Assemblée Nationale confient à Pétain par 569 voix contre 80 et 20 abstentions, le soin de préparer une nouvelle constitution. Disposant des pleins pouvoirs, Pétain promulgue ainsi trois Actes Constitutionnels le 11 juillet : il s’attribue tous les pouvoirs, le titre de Chef de l’Etat français; il ajourne sine die le Parlement.
  L'Acte constitutionnel n°4 paraphé par le Maréchal fait de Pierre Laval à dater du 12 juillet non seulement le vice-président du gouvernement mais le dauphin en cas de vacance du pouvoir. Pétain : «Et maintenant M. Laval, il faudra que vous appreniez à obéir…» Laval n'éprouve pas d'antipathie contre les Juifs, mais bientôt il signera les mesures contre eux.

            2- la rivalité entre Pétain et Laval
    Laval a la majorité des clans pétainistes contre lui, en partie parce qu'il incarne la IIIè République qu'ils détestent. Mais il veut lancer la Collaboration par pragmatisme, pour ménager la place de la France dans l’Europe dominée par une Allemagne  victorieuse. D'où Montoire : légende tenace de Laval, le mauvais génie qui a fourvoyé Pétain en l'amenant à rencontrer Hitler. C'est plus complexe.
— Cependant, Pétain fait arrêter Laval le 13 décembre 1940, sans doute parce qu'il a pris trop d'importance dans les relations avec les Allemands de Paris. Laval est assigné à résidence à Chateldon et le gouvernement est remanié : arrivée de Flandin.
—Otto Abetz vient "libérer" Laval de résidence surveillée de Chateldon à la fin de l’année et le ramène à Paris. Il s'installe à Matignon : la menace d'un gouvernement Laval est utilisée par les Allemands contre Vichy. Résultat le nouveau gouvernement Darlan s'engage davantage dans la Collaboration. Le 27 août 41, attentat de Collette sur Laval lors du départ du 1er contingent de LVF: action communiste contre un symbole de la Collaboration.

    3 – Le culte du Maréchal
        a- Pétain, leader populaire.
— Pétain semble rallier la grande majorité des Français. Né en 1856. Verdun a fait de lui le héros des “Poilus”. Ministre en 1934 après la crise du 6 février. Il représente la France auprès de Franco en 1938-1939.  Le journal des Croix de Feu avait fait une enquête auprès de ses lecteurs : Pétain avait été plébiscité comme homme fort, devant … Laval!
— Peut-être pas “40 Millions de Français” comme le dira Henri Amouroux de manière symbolique. Bien des Français pensent sincèrement en juillet 1940 que le Maréchal saura tenir tête aux Allemands. Certains même croient qu’il est d’accord secrètement avec De Gaulle et mène un double jeu. Cette illusion va peu à peu disparaître.
— Il touche les Français par ses nombreux discours marqués de paternalisme. Ainsi, dès le 17 juin 1940 : « Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. »
b-  L’entourage de Pétain
- Il s’entoure des divers adversaires de la IIIè République  et du Front populaire
militants de l’Action française pour qui la chute de la “gueuse” a été selon le mot de Maurras “une divine surprise”, adeptes du dictateur portugais Salazar, cléricaux traditionalistes soucieux de rechristianiser la France, industriels hantés par 1936, technocrates hostiles aux partis politiques, syndicalistes tentés par le pacifisme et le corporatisme : une union des droites pimentée de quelques notables de gauche. On va présenter Pétain comme le “Père”, le “sauveur” de la France dans un désastre amené par la république et le Front populaire, l’incarnation de la France profonde —“La terre, elle, ne ment pas”— attachée aux valeurs sûres comme : travail, famille, patrie (Ce que les opposants transformeront en “tracas, famine, patrouilles”.)

    C) L’évolution du régime de  Vichy
1-  La répression et la pénurie
De Gaulle a été condamné à mort par contumace en 1940… Dès 41 Darlan (éphémère successeur de Laval) durcit le régime : troupes en Syrie contre Britanniques et Français Libres, tribunaux d’exception, La répression est sans pitié pour les communistes, les socialistes, les gaullistes. L’Allemagne et Vichy déchaînent la répression, notamment à la suite des attentats. Le 22 août 41, promulgation  de l’ordonnance sur les otages : 98 (dont 27 fusillés à Chateaubriant) sont exécutés les 22-23 novembre 41. L’opinion prend ainsi conscience de l’importance de la Résistance.

Importance du prélèvement sur la production française ? En 1940 cela représente 9 % du PIB de 1938; en 1941 c’est 16,5 %, pour atteindre à 31,3 % en 1938. Record de 23,6 % en 1944 pour une année incomplète du fait de la Libération. Le poids de ce prélèvement est augmenté par les bureaux d’achat au service du Reich qui achètent beaucoup de marchandises en France du fait du mark surévalué; ils seront fermés en mars 1943 sur l’insistance de Bichelonne, ministre de l’économie. 
—Ce prélèvement s’accompagne de la restriction de la consommation française : beaucoup d’articles sont devenus introuvables (essence, chaussures, vitres, savon, café, charbon…) D’où existence de cartes de ravitaillement et de tickets. Le ravitaillement a commencé à Paris dès septembre 1940 pour le pain, les pâtes, le sucre… Il s’est vite produit un développement du “système D” et du marché noir. En 1942, des produits courants comme pommes de terre, lait, œufs valent au marché noir jusqu’à 5 fois le prix officiel. Les citadins se serrent la ceinture, surtout dans la France méridionale, à l’agriculture moins productive et qui a va sa population accrue des réfugiés en 1940. Les français constatent l’enrichissement des B.O.F., les marchands de beurre - œufs - fromage. La malnutrition frappe les citadins et surtout les enfants.
—La situation de la vie quotidienne est encore aggravée par l’action militaire alliée. Ainsi les bombardements de Nantes les 16 et 23 septembre 1943 font 2 000 morts et des dégâts considérables. Mais le régime de Vichy ne parvient pas à dresser les gens contre les “prétendus libérateurs”. Pourtant, Pétain est encore ovationné lors de son dernier voyage à Paris et dans le bassin parisien au printemps 1944.

2. Le retour de Laval
— Déçus par le gouvernement Darlan, les Allemands imposent à Pétain de reprendre Laval. Le 18 avril 1942, il devient chef du gouvernement et la Collaboration est de plus en plus forte. Dans le discours du 22 juin 42 où il annonce "la Relève" Laval prononce la phrase qui restera : «Je souhaite la victoire de l'Allemagne, car sans elle, bientôt le communisme s'installera partout en Europe.» On fait appel à des ouvriers volontaires pour aller travailler en Allemagne, en échange des prisonniers seront libérés. Puis en septembre 1942, une loi instaure le STO (Service du Travail Obligatoire) : plus de 600 000 Français partent.  Le gauleiter Sauckel organise le STO; Laval va parler de la "Relève" : à la BBC  Maurice Schumann le traite de "négrier"à cause du STO : "Laval assassin" est écrit sur les trains.

3- L’occupation de tout le pays (nov.42)
Le débarquement d’Afrique du Nord et ses conséquences
—— Novembre 42 : les Alliés débarquent en Afrique du nord où Darlan tente de devenir l’homme des Américains (mais il est assassiné en décembre par Bonnier de La Chapelle). La plupart des Français ont cru un instant que Pétain allait alors gagner Alger : on voit s’effondrer le mythe du double jeu. Les gaullistes triomphants en Algérie sont de plus en plus sympathiques à l’opinion qui se détache peu à peu du Maréchal, que les Allemands surveillent de près.
— En représaille, l'armée allemande occupe toute la France. Toutes illusions maintenant perdues à Vichy quand à un semblant de souveraineté. De plus Pétain n’a pas obtenu de traité de paix avec le Reich. Laval, redevenu le dauphin de Pétain, a rencontré Hitler à Munich le 9 novembre en vain. Laval doit réprimer de plus en plus : la Milice est créée. Tout en cherchant çà et là à réduire les exigences allemandes, généralement en vain.

4 - La chute de Vichy
—Leurs partisans d’Hitler sont devenus plus nombreux au sein du gouvernement de Vichy en 1944 : on y trouve Déat au Travail, Darnand au “maintien de l’ordre”. Le dernier conseil des ministres à Vichy est tenu le 12 juillet 44; c’est ensuite le repli sur Sigmaringen.

Après le succès du débarquement allié de juin 1944, Laval et Pétain sont emmenés hors de Vichy le 17 août 1944 -c'est la fin de la Collaboration- puis repliés sur Sigmaringen, où ils sont en quelque sorte des otages. Profitant de la pagaille de la chute du IIIè Reich, Laval fuit en voiture: la Suisse dit non; il trouve un avion allemand qui le conduit à Barcelone (2 mai 45). Le 1er août 1945, Franco le livre aux Américains en Autriche. Le soir même il est incarcéré à Fresnes. La condamnation à mort tombe le 9 octobre après une parodie de procès et il est fusillé le 15 après avoir tenté de s'empoisonner. Laval reste le symbole de la Collaboration.



2.  LA COLLABORATION

A. La collaboration d’Etat
1-Les conditions de la collaboration

Le calendrier de la collaboration Les rapports avec le Reich sont déterminants : 1 500 000 prisonniers en Allemagne, occupation onéreuse. L’entrevue de Montoire le 24 octobre 1940 inaugure la collaboration ouverte ; Laval souhaite un engagement militaire aux côtés des nazis ; Pétain l’écarte le 13 décembre 1940 et en février 41 fait de l’amiral Darlan son vice-président du conseil et successeur désigné.
a-Montoire
La collaboration d’Etat engagée à Montoire est à la fois économique et politique. Pétain a pensé préserver la France du pire. Il se fait des illusions et les perdre à coup sûr dès novembre 1942.
            b- La collaboration d’Etat
Elle est approfondie en mai 1941 par les “protocoles de Paris” :
un soutien logistique est apporté à l’Axe à la suite de la rencontre de Saint-Florentin entre Pétain et Gœring ; les aéroports de Syrie sont mis à disposition des Allemands ! Cela conduira les Français à se battre entre eux en Syrie.
            c- Laval, l’homme de l’Allemagne
Pétain a été en quelque sorte floué. Il se voit imposer le retour de Laval en 1942.  En novembre 42, Pétain est sous surveillance (les Allemands ont craint à juste titre qu’il envisage de prendre l’avion pour Alger…)
La collaboration est de plus en plus dure désormais. L’Etat français n’est qu’une fiction.

2- L’idéologie de la Révolution nationale
La Révolution nationale prétend redresser le pays.par des mesures réactionnaires. Retour aux valeurs anti-individualistes de la “France éternelle”. AFFICHE. (manuel)
 — à la base de la société : la famille. La famille est saine, elle  est rurale, féconde, catholique pratiquante.
— le travail : pas industriel, mais agricole : “la terre, elle, ne ment pas”
— la patrie : “la France millénaire” . Pétain comme bouclier qui protège la patrie.
a- une politique réactionnaire
—Les libertés individuelles reculent, la censure et le délit d’opinion reparaissent. L’information est contrôlée par un secrétariat général qui coordonne la propagande officielle.  Les organismes représentatifs à base élective sont  supprimés. Le divorce est rendu très difficile.
— Les administrations sont épurées : les maçons sont exclus de la fonction publique, l’enseignement laïc est démantelé (écoles normales d’instituteurs fermées), les congrégations religieuses rouvrent des écoles avec l’appui de l’Etat. L’école est débarrassée des “mauvais bergers” et s’appuie sur le catéchisme.
 — Les procès de Riom. Dès février 1941 le procès est organisé contre Léon Blum, Daladier, Reynaud, qui sont emprisonnés  dans le sud de la France, puis livrés à l’Allemagne en 1942.
b-Le corporatisme
Les travailleurs sont encadrés par des organismes professionnels; les syndicats sont supprimés; la grève et le lock-out sont interdits. En 1941, une Charte du Travail et une Corporation paysanne organisent le corporatisme (qui reste cependant intégré dans l’appareil bureaucratique de l’Etat en train de contrôler la production et le ravitaillement). L’idéologie insiste sur l’artisanat, le retour à la terre; elle se veut anticapitaliste. Mais dans la pratique et vu les conditions de l’armistice, Vichy favorise les grandes entreprises : créés en août 1940, les Comités d’Organisation sont chargés de remettre en route l’industrie et d’harmoniser la production; leurs membres sont surtout des représentants de la grande industrie.
c- Une législation antisémite :
Premier statut des Juifs d’octobre 1940  de France aggravé en Juin 1941 par un second statut.
Port de l’étoile jaune.
Regroupement des Juifs étrangers dans des camps (d’où ils seront dirigés sur le Reich en 1942).
En mars 1941 : un Commissariat aux affaires juives que dirigent Xavier Vallat puis Darquier de Pellepoix.
Vichy procède à l’aryanisation de l’économie. Les Juifs sont peu  à peu privés de leurs ressources. Ceci facilitera en 1942 la réalisation du génocide (qui s’étend à la France avec la conférence de Wannsee du 20 janvier 42).
d- L’encadrement des citoyens
—Pas de parti unique, mais dès août 1940, les anciens combattants sont regroupés dans la Légion des Combattants qui prêtent serment.
—Des Chantiers de jeunesse regroupent les jeunes de 20 ans : travaux forestiers, agricoles, instruction civique; dissous en mai 43 par crainte de les voir se transformer en foyers de Résistance.
— La délation est sollicitée contre les résistants…

3-La participation française au génocide
a- le génocide
—Le génocide est en route : certes le 1er convoi de Juifs vers Auschwitz part le 27 mars 42, avant la nomination de Laval mais ce dernier va y contribuer fortement. Les Juifs déportés doivent avoir au moins 14 ans : Laval demande au Führer d'ajouter les plus jeunes. Laval s'est fait répondre que les Juifs sont envoyés en Pologne pour y travailler à créer un Etat juif.

b- les réactions populaires
Dès l'automne 42, Laval affronte une impopularité croissante mais la sympathie pour les Juifs n’est pas évidente. Les Eglises protestante et catholique interviennent en faveur des Juifs (pasteur Bœgner, cardinaux Gerlier (Lyon), Suhard (Paris) et Saliège (Toulouse).
Village de Chambon sur Lignon (calvinistes)
(La déportation hors de Loire-Atlantique: il y eut 847 déportés de juin 1940 au 12 août 1944 et 436 sont revenus; un pourcentage nettement supérieur à la moyenne française qui s'explique par le fait qu'il n'y avait pratiquement pas de Juifs dans la région. )









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