Dans mon précédent article, je disais
qu'il y aurait beaucoup à dire sur la censure économique
d'internet. La thématique imposée de l'économie me permet d'en
parler .
La censure gouvernementale est un
marché florissant, puisque ce sont des entreprises qui vont fournir
les logiciels permettant de censurer d'un coup tout un tas de
sites...en ratissant large (il est en effet impossible de faire un
filtrage sans filtrer des sites « par erreur »)1.
De plus, il semblerait que la tendance
soit à la fin de l'internet illimité, comme c'est déjà le cas en
Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, ou sur les réseaux mobiles. C'est
en tout cas ce que laisse entendre un document de la Fédération
française des Telecoms (FFT) datant du mois de Juillet et révélé
par le site Owni2.
Si cela se produisait, ce serait une aubaine économique pour les
opérateurs, mais aussi la porte ouverte à un accès à Internet
beaucoup plus inégal qu'il ne l'est déjà, donc à une certaine
forme de censure.
Enfin, il faut savoir qu'Internet est
entre les mains d'un très petit nombre d'entreprises, les opérateurs
dit « de niveau 1 », qui peuvent accéder à l'ensemble
des réseaux d'Internet sans compensation financière3.
Ils ont un réel pouvoir sur Internet, et on pourrait imaginer qu'ils
puissent couper Internet à un pays, en refusant par exemple un
accord d'échange de trafic à un fournisseur d'accès à internet
dit « local » (œuvrant à l'échelle d'un pays). Je n'ai
pas réussi à trouver beaucoup d'informations à ce sujet sur
Internet, seulement un article d'un journal argentin, Pagina12 4!
Il explique notamment que, suite à l'achat de Global Crossing par
Level3 (deux fournisseurs de niveau 1) en Avril, l'entreprise Level 3
contrôlera 70% du trafic internet mondial en 2013!
En conclusion, cet article montre
qu'Internet, malgré ses apparences d'espace de liberté, reste
contrôlé par le pouvoir économique.
article de 01net.com,
« Internet plafonné : les FAI qui y pensent et ceux qui n'en
veulent pas » :
http://www.01net.com/editorial/537854/internet-plafonne-les-fai-qui-y-pensent-et-ceux-qui-n-en-veulent-pas/
3Article
de Wikipédia, « Fournisseur d'accès à internet » :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fournisseur_d%27acc%C3%A8s_%C3%A0_Internet
4Article
de Pagina12 du 26 Avril 2011, « Internet en pocas manos » :
http://www.pagina12.com.ar/diario/cdigital/31-166977-2011-04-26.html
Internet est connu pour être le lieu
où tout le monde peut dire ce qu'il pense au plus grand nombre. Cela
en fait un moyen d'expression et d'information rêvé, et un
contre-pouvoir énorme. Malgré tout, peut-on considérer qu'Internet
est censuré en France ? Big Brother existe-t-il?
Le volet internet de la loi Loppsi 2 (1) du
14 Mars 2011, et la « loi Hadopi » (2) du 12 Juin 2009
prétendent lutter notamment contre la cyber-pornographie, la
criminalité organisée et le piratage de films et de musique.
Pourtant, il semblerait qu'elles ne permettent pas de résoudre ces
deux problèmes, puisque les filtrages vont entraîner un
développement de la « cybermafia » de la
pédopornographie et du piratage (3). Par contre, les filtrages
permettent aux autorités d'interdire les sites qui les dérangent.
Un exemple tout récent : celui du site Copwatch (4), qui publie des
vidéos et des images de bavures policières. Suite à une plainte du
ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, le tribunal a demandé aux
fournisseurs d'accès à internet de bloquer l'accès au site (5). A tel
point que Reporters Sans Frontières a classé en 2011 la France dans
les pays sous surveillance en ce qui concerne le contrôle
d'Internet.
On pourrait me répondre que la censure
a toujours existé en France. Les amateurs de Georges Brassens le
savent bien. Mais la loi Loppsi 2 permet également la captation à
distance et en temps réel des données informatiques ! Elle
reste cependant floue sur les moyens fournis aux policiers pour cette
captation. Le 4 Août 2011, une circulaire (6) a permis de combler ce
vide : la police vient de se doter d'un logiciel espion,
Keylogger, qui permet de prendre connaissance à distance des
fichiers contenus dans l'ordinateur d'une personne suspectée de
terrorisme ou de crime en bande organisée (7). Le terrorisme est
cependant une notion assez floue...
Le gouvernement contrôle donc internet
en partie (le volume étant heureusement trop important pour
l'instant pour tout surveiller), mais ce n'est pas lui qui possède
le plus de pouvoir sur internet ! Que penser du pouvoir des
fournisseurs d'accès, du fait que la plupart des routeurs se situent
aux Etats-Unis etc. ? On pourrait écrire un article entier sur
le sujet ! (8)
Malgré tout, des moyens de contourner
cette surveillance organisée du web se développent. Psiphon (9) et
Peekabooty (10) sont deux logiciels qui permettent de contourner, dans une
certaine mesure, la censure sur internet. Un article de Rue89 (11) dévoile
également que des réseaux privés virtuels (VPN) se développent
qui fournissent à leurs utilisateurs, contre paiement, des adresses
IP anonymes : il s'agit de Ipredator et Ipodah. L'hypercontrôle
du web entraînerait donc l'effet inverse de celui voulu, en rendant
beaucoup plus difficile la lutte contre la cybercriminalité. Enfin, aux Etats-Unis, des
informaticiens travaillent sur un projet d'Internet hors de tout
contrôle, le projet Commotion (12).
En conclusion, Big Brother existe, mais
l'informatique peut nous donner les moyens de lutter contre lui.
Cependant, on peut se demander s'il ne s'agit pas d'une course sans
fin, entre tentative de contrôle et développement de nouvelles
méthodes de communication.
(4)Site de Copwatch Nord-IDF :
https://copwatchnord-idf.org/
(5) article de LePoint.fr "Copwatch : le site que Guéant ne veut plus voir" : http://www.lepoint.fr/high-tech-internet/copwatch-le-site-que-gueant-ne-veut-plus-voir-14-10-2011-1384891_47.php
Les boucs émissaires et les « vilains petits
canards » dans les écoles ont malheureusement toujours existé. L’humanité,
et même l’enfance, peuvent être très cruelles. Internet et le téléphone
portable seraient-ils à l’origine d’une nouvelle forme de violence, plus
sournoise puisqu’invisible ?
La vidéo de sensibilisation de Childnet International (http://www.youtube.com/watch?v=fNumIY9D7uY&feature=youtu.be)
montre bien tous les aspects du problème du cyberharcèlement (cyberbullying). L’anonymat
procuré par les nouvelles technologies donne aux harceleurs un sentiment
d’impunité, et leur permet de diffuser des messages plus violents qu’ils ne le
feraient en face à face. A l’inverse, pour la victime, le message n’étant pas
accompagné des signaux de communication habituels (gestuelle, intonation de la
voix...), il peut être difficile au début de discerner la réelle teneur du
message : est-ce une blague ?! De plus, les réseaux sociaux et le
téléphone portable restent malgré tout un lien social et affectif important
pour la victime, qui ne veut pas s’en séparer. Malheureusement, avec la
répétition des brimades, le doute devient impossible, et l’impact psychologique
de ce genre de violences est alors bien réel : désespoir, repli sur soi,
difficulté à en parler...
Mais l’école n’est pas le seul endroit touché, toutes les
formes de violence se retrouvent bien sûr sur internet, comme celles aux femmes
par exemple (inscription de son ex-compagne à des sites de prostitution,
simulateurs de viols dans les jeux en ligne etc.), ou encore la discrimination
et la xénophobie.
Est-il plus difficile de lutter contre les cyberviolences, à
cause de leur invisibilité ? L’impact psychologique est-il le même que
pour les violences exercées en présence du harceleur ?
Sur le plan juridique, il n’y a pas de chefs d’accusation
spécifiques au cyberharcèlement, mais la diffamation et l’insulte sont des
infractions pénales concernées par ces actes. Internet permet malgré tout de
lutter contre la cyberviolence in situ,
comme le montre par exemple le projet Antiviolence Campus sur Second Life,
financé par l’Union Européenne : http://www.youtube.com/watch?v=yihqUb9KRqg.
On peut y discuter avec des experts ou tout simplement avec d’autres personnes
intéressées ou touchées par le phénomène de la cyberviolence.
Pour des informations très complètes sur le
cyberharcèlement :
Amener les étudiants en fin de cycle à appréhender les évolutions de la société en matière de « cyberculture ».
Sensibiliser les étudiants à l’évolution des sociétés dans leurs modes de vie et de culture liés à l’émergence d’un cyberespace social transnational.
Etudier les évolutions des modes de management d’entreprise dans le cadre d’une économie virtualisée.
Description
Audio, vidéo, radio, photo, téléphonie, Internet... le numérique a pris des allures de rouleau compresseur et bouleverse notre cadre de vie. Ces nouvelles technologies nous font changer d'espace-temps, entraînant de nouveaux usages : modes de vie, travail, éducation et enseignement. Un phénomène dont l'essentiel tient en un mot: Cyberculture. A partir d'une approche économique et culturelle nous analyserons avec les étudiants l'émergence de la société de l'information et ces influences sur les modes de vie culturelle et les modes de consommation. Nous définirons la cyberculture et nous aborderons les changements concrets de ces pratiques sur le fonctionnement du tissu économique et sur le monde du travail et de la production. Cette approche des réorganisations du tissu économique mondial posera la question des enjeux industriels de demain.
Cet enseignement se structurera en une alternance de cours magistraux et d'ateliers de pratiques utilisant l'internet. Une partie des cours pourrait avoir lieu en distanciel car je travaille Pyramide.
Bibliographie
Pierre Lévy, l’intelligence collective - Pour une anthropologie du cyberspace, Editions La Découverte : 1997
Paul Virilio, La Bombe informatique, Galilée : 1998
Francis Fukuyama, La fin de l’homme - Les conséquences de la révolution bio-technique, 2002 - Table ronde
Joël de Rosnay, Le cerveau planétaire, ed.Olivier Orban :1986
Marc Guillaume, L’empire des réseaux, ed. Descartes & Cie : 1999
Eric Dupin, L’hystérie identitaire, ed. Le Cherche Midi : 2004
Le cours est articulé sur des séances de cours magistraux et sur des distanciels en ligne ou les étudiants débattent et construisent les bases d’un dossier virtuel qu’ils auront à réaliser.
Le cours a lieu en deux temps alternés. Cours magistraux : 7 séances de 3 heures ou 7 séances de 3 heures. Distanciel : 8 séances de 2h.
Ce cours est le cours ouvert dans le cadre des modules d'ouverture de l'INSA de Toulouse - auteurs : Séraphin ALAVA et les étudiants de 4ème et 5ème année de l'INSAT