Voltaire Le Nègre de Surinam.
Dans ce passe central du conte philosophique Candide, pour la première fois, le personnage éponyme, s’offusque et marque son refus de croire plus longtemps que « tout est bien dans la meilleur des mondes possibles » comme le serine son maître à penser Pangloss, disciple de Leibniz ( théorie philosophique de l’Optimisme contre laquelle Voltaire écrit ce conte.)
Nous somme dans un apologue, donc nous retrouvons toutes les caractéristiques de ce type de texte dans l’extrait :
- un cadre spatio-temporel minimal : en approchant de la ville
- des personnages conceptuels :
-un nègre qui a subi toutes les tortures qu’on infligeait aux esclaves et en devient donc l’illustration parfaite de l’esclave, un personnage emblématique,
- un commerçant hollandais s’appelant Vandendendur : procédé de l’onomastique qui participe de l’ironie voltairienne au service de la polémique
- un philosophe qui n’a aucune prise sur la réalité : Pangloss : là aussi l’onomastique ( tout en discours).
- Candide : innocent qui parvient ici au milieu de son parcours initiatique et de son roman d’apprentissage.
Un récit court et plaisant en narration externe où le narrateur rend compte des pires horreurs sur le ton le plus badin. C’est le procédé de la distanciation, visant ici à accentuer encore le sentiment d’horreur puisque le nègre unijambiste, manchot et dévêtu ne fait pitié à personne et qu’il considère lui-même son état avec une distante indifférence . Le plus inquiétant dans l’esclavage, semble nous dire Voltaire, c’est qu’il devienne une monstruosité normale.
Le nègre répond aux questions répétées de Candide. Enfin Candide semble ne plus subir les événements terribles qu’il traverse et il prend le parole, il interroge le monde qui l’entoure. Le lecteur voit nettement cette évolution du personnage principal.
Le nègre répond calmement :
- d’abord sur son état physique pitoyable : un bras en moins pour avoir coincé sa min dans la machine à extraire le sucre de la canne ; une jambe en moins pour avoir tenté de s’enfuir (ces peines sont réellement celles qui étaient appliquées !) un caleçon râpé.
- sur son histoire : il est né en Guinée où il a été vendu aux esclavagistes qui profitaient de la pauvreté des Africains qui pour survivre devaient souvent vendre un ou deux de leurs enfants.
Les paroles de la mère du nègre sont douces et d’une naïveté émouvante ;
Elles prouvent que ceux qu’on ne considère pas à cette époque comme des hommes ont une civilisation et une religion (nos fétiches)
Le récit du nègre dénonce les procédés des esclavagistes : imposer leur religion, traiter les nègres comme des bêtes de somme...et même, dit le personnage, moins bien que des animaux dont les Européens font commerce : « chiens, singes , perroquets ».
Voltaire dénonce ici :
-l’hypocrisie des prêtres, jésuites pour la plupart, qui à la messe du Dimanche disent aux esclaves qu’ils ont les frères de les exploiteurs
-la rapacité des esclavagistes et leur inhumanité
- la bêtise des philosophes optimistes comme Pangloss, qui prétendent qu’il ne faut pas réagir devant une telle ignominie.
C’est pourquoi son personnage de Candide se met à pleurer à la fin du passage et qu’il apostrophe rudement l’optimisme de Pangloss., montrant sa révolte et sa volonté d’agir.