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10/2/2008 - PREMIERE ES LECTURE INTEGRALE DON JUAN MOLIERE

Lecture intégrale du Dom Juan de Molière

 


Présentation générale de l’œuvre :

 

Le mythe de Dom Juan est inspiré de Tirso de Molina (auteur espagnol du Siècle d’Or). Molière s’en inspire pour créer son personnage.


A/Le mythe de Dom Juan et le Don Juanisme 

 Le donjuanisme est l’incapacité pathologique de connaître un amour durable et la recherche insatiable de nouvelles conquêtes.(cf. La tirade de l’inconstance I,2).

 

B/La quête de Dieu

Mais l’œuvre de Molière n’est pas que cela, le donjuanisme n’occupe guère que deux actes sur cinq dans la pièce. L’inconstance de Dom Juan est relayée, dès l’acte Trois, par une quête insatiable de la Vérité et une négation farouche, assortie d’une provocation et d’une demande de preuves constante, de l’existence de Dieu. Dès l’Acte trois, nous ne sommes plus devant un séducteur, bien piètre au demeurant, mais devant un matérialiste (III,1 : « deux et deux sont quatre et quatre et quatre sont huit ») qui doute et dont l’orgueil ( hybris tragique) lui fait nier l’évidence. Trois scènes sont à ce propos particulièrement éclairantes : la scène du Pauvre ( III,2) où Don Juan montre sont mépris pour la foi et où il proclame par défi lui préférer « l’amour de l’Humanité », dont on a vu qu’il l’a méprisait tout autant ( mépris pour les paysannes du deuxième acte, mépris pour Done Elvire, mépris pour les codes de l’honneur de sa classe sociale à travers les personnages de Don Carlos et Don Alonse, mépris pour son propre père Don Louis, mépris pour Mr Dimanche); la Scène du mausolée (III,5) où la Statue du Commandeur en bougeant lui donne la preuve de l’existence d’un au-delà ;la scène du Spectre ( V, 6) où l’ apparition furtive d’un spectre indique une dernière chance donnée par Dieu à Don Juan d’un repentir impossible à cause de l’orgueil indéfectible et de l’entêtement du personnage.

La dimension tragique de la pièce de Molière est incontestablement dans l’omniprésence de cette quête de Dieu et de cette dimension métaphysique de la pièce. Dans le Dom juan de Molière il y a toutes les caractéristiques de la tragédie :
- dès le début Sganarelle, le confident tragique qui essaie constamment de ramener son maître à la raison, annonce une issue fatale probable aux agissements de Don Juan.
-les personnages agissent sous le contrôle du Divin : Done Elvire craint « le courroux du Ciel », de même que Don Louis, de même que le Pauvre.

- le personnage principal vit sous nos yeux sa déchéance. Sympathique au premier acte, puisque seulement infidèle et coureur de jupon, par « générosité » comme il l’explique dans la tirade de l’inconstance, il devient mesquin  dans l’acte deux, prétentieux et tricheur dans l’acte trois, odieux dans l’acte quatre, et, comble de la déchéance hypocrite dans l’acte cinq.

- la présence du « merveilleux » : une statue qui bouge, une spectre, une statue qui vient dîner, une descente aux Enfers.

 

C/Une pièce tragi-comique rompant avec les règles du Théâtre classique

A. La pièce de Molière ne respecte aucune des règles édictées par Boileau parce que l’auteur y suit la logique d’une démonstration précise :

-pas d’unité de lieu : à chaque acte son lieu des « extérieur » et des « intérieurs »

-pas d’unité de temps une ellipse entre chaque acte, notamment entre l’acte I et l’acte Deux : entre les deux actes, il y a eu un naufrage que nous raconte Pierrot.

-pas d’unité d’action : à chaque acte, une péripétie distincte de la péripétie précédente :
a/ Acte un : Dom Juan va-t-il épouser Done Elvire ?
b/ Acte Deux : Dom Juan va-t-il partir avec Charlotte ou Mathurine ?
c/ Acte Trois Dom Juan va-t-il échapper aux frères de Done Elvire ?
d/ Acte Quatre : Dom Juan va-t-il se repentir et être sensible aux arguments des uns et des autres ?
e/ Acte Cinq : Dom Juan va-t-il enfin accepter l’existence de Dieu et être sincère ?

 

B.Les Bienséances et la Vraisemblance chères aux Classiques ne sont pas respectées : on se bat sur scène (Acte III), on voit apparaître des spectres et on utilise la machinerie théâtrale. Nous sommes plutôt dans une esthétique élisabéthaine.

 

C. La pièce est tragique mais elle comporte, grâce au personnage de Sganarelle, le personnage du valet créé par Molière et Mr Dimanche le Bourgeois, des aspects comiques :
- I,3 : La scène de « rupture » Done Elvire/Don Juan dans laquelle Sganarelle se trouve être malencontreusement entre les deux amants : comique de situation.
-  Acte II : Les lazzi des paysans et le comique de mots issus de leurs expressions et de leur accent.

- Acte III : Le thème du travestissement de Sganarelle en médecin et sa chute de cheval. Ses répliques pendant la scène du Pauvre ( « Va, jure il n’y a pas de mal à ça ») La couardise de Sganarelle pendant le combat...qui disparaît du fait d’une envie pressante.

- IV,3 : La répétition de la scène Mr Dimanche/ Dom Juan avec Sganarelle.

- La scène finale où au plus tragique de la pièce, Sganarelle réclame ses gages au bord du gouffre dans lequel Dom Juan vient de tomber.

 

 

D/Le Personnage de Sganarelle.

 

Le personnage de Sganarelle est encore un  personnage de valet de comédie mais il annonce déjà le personnage du Figaro de Beaumarchais, épris de liberté et capable de discuter d’égal à égal avec son maître. Il peste régulièrement en son absence, il tente de lui faire la morale et de le ramener dans le droit chemin. Les discussions qu’il a avec son maître, bien que sa rhétorique soit encore loin d’égaler celle de Dom Juan qui est « un beau parleur » ne sont pas dénuées d’intérêt. Sganarelle a réfléchi, il incarne le bon sens populaire, il ne lui manque plus guère qu’un peu de culture pour pouvoir égaler son maître. C’est ce qui apparaît à plusieurs reprises dans la pièce. Bien qu’il se plaigne régulièrement de son maître, et qu’il dise n’être lié à lui que par une intérêt financier, il semble vouloir régulièrement le corriger, le mettre en garde, le protéger. IL a une présence quasi maternelle auprès de Dom Juan. Ce qui fait que beaucoup de metteurs en scène le représenteront comme un double du héros.

 

 

E/Le personnage de Dom Juan.


Il incarne le Libertin fin de siècle en quête de valeurs et rejetant la morale hypocrite de son siècle au profit d’une morale naturelle annonciatrice du XVIII siècle. Dom Juan refuse l’idée de fidélité qui n’est pas inscrite dans la nature humaine et refuse l’idée de mariage, institution instaurée par une société qui ainsi jugule à son profit les passions. Il refuse l’aliénation et la culpabilisation par le Religion. Mais, dans sa solitude, il peine à trouver une raison de vivre et ses actes sont souvent suicidaires. Dom Juan est un être désespéré, qui n’ayant plus de raisons d’incarner, comme son père, le noble modèle et protecteur dans une société d’Ancien Régime en faillite, se laisse aller à la négation de toutes les valeurs, l’amour, l’amitié, l’amour filial. Il est convaincu qu’il n’y a plus rien à faire dans cette société finissante. Voilà pourquoi, il finira par se résoudre à faire l’hypocrite. Molière renoue ainsi avec la comédie de mœurs et règle ses comptes avec les censeurs, les faux dévots, les fausses prudes, les parasites de tous ordres avec lesquels il a eu maille à partir pendant sa carrière.

 

 

 

 

 Pistes pour les lectures analytiques

 

 

 

Lecture analytique 1 : Acte 1 scène 1

Une scène d’exposition classique
La scène est composée de trois mouvements :
a : Le tirade du tabac
b : les échanges entre  Gusman et Sganarelle.

c : le portrait de Dom Juan fait par Sganarelle.

 

A/ La tirade du tabac.

  La tirade du tabac a d’abord un intérêt dramaturgique ; elle donne l’impression que la conversation entre Gusman et Sganarelle a déjà commencé, que nous sommes dans un début in medias res. Le spectateur qui pense avoir « raté » le début est donc tout de suite attentif. L’attention du public est immédiatement captée.

  La tirade du tabac présente une intérêt par rapport au personnage de Sganarelle. En l’absence du maître Sganarelle se comporte comme un noble. Il prise du tabac comme le font à l’époque les maîtres ( le tabac n’avait pas encore, à l’époque, cette réputation de poison mortel et était même prescrit par les médecins).Sganarelle fait l’apologie du tabac, en utilisant force superlatifs et expressions mélioratives qui reprennent les conversations de salon du XVIIe où il était beaucoup question de passions contre la toute puissante Raison, de Vertu contre les vices, et d’honnêtes hommes, c’est-à-dire d’hommes de bonne compagnie, cultivés et philosophes : «  il n’est rien d’égal au tabac... qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre, on apprend avec lui à devenir un honnête homme .. . quelle manière obligeante ...sentiments d’honneur et de vertu... »

  Sganarelle joue au maître et il semble avoir entendu parler d’Aristote, ce qui suppose chez lui une certaine culture qui se confirmera dans sa tirade consacrée au portrait de Dom Juan. Nous avons donc à faire à un valet cultivé.

 

b/ les échanges entre Gusman et Sganarelle :
Une scène d’exposition se doit de présenter l’action et les personnages, c’est ce que font les deux valets lors de l’échange de répliques central : ils se désignent l’un l’autre : Gusman, valet de Done Elvire et Sganarelle valet de Dom juan. Les noms des personnages suffisent à situer l’action dans une contrée espagnole et à rendre ainsi hommage à Tirso de Molina.

Enfin, nous apprenons le conflit de l’action : Dom Juan a fait sortir Done Elvire du couvent pour l’épouser, et depuis il n’a pas donner suite....

 

c/ le portrait de Dom Juan par Sganarelle

 La tirade qui suit est un portrait très négatif de Dom Juan, qui a pour but d’accroître la tension dramatique autour du personnage éponyme dont le public attend impatiemment l’entrée en scène.
 Comme au début, Sganarelle fait étalage de sa culture : une expression latine «  inter nos », des références antiques «  Sardanapale » , des références philosophiques «  Epicure ».
  Sganarelle s’emporte vite contre Don Juan, d’où les hyperboles «  le plus grand scélérat que la terre est jamais porté » ( et il faut prendre scélérat au sens étymologique de criminel, qu’il avait à l’époque) ; d’où les accumulations et les gradations croissantes : «  un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, .... »; ou les gradations descendantes : « toi, son chien, son chat.... Dame, damoiselle, bourgeoise, paysanne ». Il manipule aussi l’oxymore : « un grand seigneur méchant homme. »

 A travers ce portrait, Sganarelle dévoile l’inconstance de Dom Juan qui va de conquêtes féminines en conquêtes féminines et qui ne parvient pas à s’engager. Mais nous voyons aussi la nature de la foi religieuse de Sganarelle, qui pourra servir à l’explicitation de sa tirade de l’acte Trois. Le valet mais sur le même plan la foi chrétienne et les superstitions paysannes : « un hérétique,  qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou ». Sa foi est celle d’un homme simple peu porté sur la métaphysique et sur la religion.

Sganarelle annonce enfin la structure de la pièce et le destin tragique de Dom Juan : « qui ferme l’oreille à toutes les remontrances qu’on lui peut faire.... Suffit qu’il faut que le courroux du Ciel l’accable quelque jour » La pièce sera une démonstration des propos tenus par Sganarelle, même ci ces derniers sont, dans cette scène d’exposition, quelque peu outranciers....La tirade du valet s’interrompt brutalement, sans conclusion, du fait de l’entrée en scène du maître dont Sganarelle aimerait, du moins il le dit ici, aimerait être libéré : «  il faut que je lui sois fidèle, en dépit que j’en aie : la crainte en moi fait l’office du zèle, bride mes sentiments, et me réduit d’applaudir bien souvent à ce que mon âme déteste. » La volonté d’émancipation du valet par rapport à son maître est claire ici, et se précisera  dans les comédies à venir.

 

 

 


Lecture analytique 2 : tirade le l’inconstance ( I,2)

 

 

  1. Une rhétorique bien rôdée
    Dom Juan est avant tout un beau parleur, c’est essentiellement ce qui fait son irrésistibilité auprès des femmes. Il manipule tous les procédés rhétoriques à bon escient :
    - L’indignation feinte ; c’est le sens des deux premières interrogations rhétoriques «  Quoi ? tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde et qu’on n’ait plus d’yeux pour personnes ? » Grâce à cette figure, on peut à la fois déprécier la position de l’adversaire et poser sa thèse : le mariage, c’est renoncer au monde et penser que la première femme rencontrée est la « bonne ».
    Le bon sens nous fait lui donner raison. Le mariage oblige à un engagement sur l’avenir qui peut être source de frustration. Il y  a un risque à parier sur l’amour et la pérennité de l’amour. C’est ce risque que ne veut pas courir Dom Juan, et nous ne pouvons pas le condamner pour cela. Le personnage n’est pas conformiste mais il n’est pas, à ce point de la pièce, antipathique.
    - Deux champs lexicaux au service de l’argumentation :
     Le champ lexical de l’ensevelissement pour le mariage : « 
    s’ensevelir, être mort dès sa jeunesse, endormir... »
    Le champ lexical  de la conquête guerrière pour la séduction : «  combattre, rendre les armes, conquête à faire, triompher, résistances, pied à pied, conquérants, impétuosité, conquêtes amoureuses ». Emporté par son discours, Dom Juan finit par se comparer à Alexandre le Grand : «  et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y étendre mes conquêtes amoureuses. ».
    Don Juan utilise l’oxymore «  douce violence », la métonymie «  un beau visage me le demande », l’hyperbole : « si j’en avais dix mille, je les donnerais tous ».

 

 

  1. Le plaisir de la conquête


Au milieu de la tirade, Dom Juan exprime très bien ce qui l’intéresse dans l’amour ; les femmes sont pour lui des proies et il a l’âme d’un chasseur, en embuscade, patient, téméraire : «  à voir de jour en jour les petits progrès qu’on y fait... une douceur extrême à réduire, par cent hommages... et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir.... »
Don Juan se réclame ici disciple de la morale naturelle qui s’oppose à la morale sociale qui prône la fidélité et le mariage : « les tributs où la nature nous oblige ...les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos cœurs...faire injustice aux autres. » L’ inconstance est donc naturelle et juste. C’est par générosité que Don Juan pèche et non pas par immoralité.
   Peut-être Don Juan oublie-t-il seulement, dans cette tirade, le point de vue des proies, des femmes, qui une fois conquises sont laissées pour compte sans qu’il leur demande leur avis. C’est cette réponse des femmes à  Don Juan qui occupe la pièce d’ Eric-Emmanuel Schmitt, La Nuit de Valognes, (lecture complémentaire)qui imagine le procès organisé par les anciennes victimes de Don Juan. Un procès à huis clos pendant lequel elles pourront enfin s’exprimer.

 

 

 

 

 

Lecture analytique 3 La scène du pauvre  III,2


Cette scène forme une séquence à part exemplifiant l’impiété de Don Juan et infléchissant définitivement la pièce vers la tragédie.
Situation initiale : les deux compères fuient les frères de Done Elvire, ils viennent d’avoir une discussion sur l’existence de Dieu où Dom Juan a affirmé son matérialisme : «  deux et deux sont quatre et quatre et quatre sont huit.

Elément perturbateur : ils sont perdus dans les bois
Ils rencontrent un pauvre qui peut leur indiquer le chemin moyennant quelque aumône.

Elément de résolution : Dom Juan veut bien donner un louis d’or à condition que le pauvre jure.

Situation finale : le pauvre ne jure pas, mais Don Juan lui donne le Louis d’or pou » l’amour de l’humanité »

 

1/ Situation initiale :

Le pauvre est de bonne foi, il donne tout de suite le renseignement qu’on lui demande précisant même que l’endroit n’est pas sûr : «  je vous donne avis que vous devez vous tenir sur vos gardes, et que, depuis quelques temps, il y a des voleurs ici autour ». Ce renseignement  est en fait un effet d’annonce qui prépare les scènes suivantes et justifiera l’agression de Don Carlos.

 

2/ Elément perturbateur :
L’échange pourrait s’arrêter là, mais ce serait compter sans la hargne de Dom Juan contre les bons chrétiens et sur le fait qu’il veut donner une bonne leçon à son valet Sganarelle qui l’a contredit dans la scène précédente. Dom Juan provoque malicieusement le Pauvre et sa provocation est une exemplification de l’impiété voire de l’athéisme qu’il a affichés en III,1.
Les remarques sont ironiques, condescendantes et prouvent l’orgueil et le mépris qui anime Dom Juan et le rendent antipathique : «  Tu te moques : un homme qui prie le Ciel tout le jour, ne peut pas manquer d’être bien dans ses affaires. »


3/ Elément de résolution :

Don Juan propose un Louis d’or contre un blasphème. Don Juan insiste avec sadisme, comme s’il voulait que sa méchanceté ne passe pas inaperçue ni auprès de Sganarelle ni auprès de Dieu. Mais il va échouer ; le Pauvre refuse de jurer : «  Non, Monsieur, je préfère mourir de faim ». Cette réponse devrait montrer à Don Juan la force de la foi religieuse et l’amener à plus de modestie mais bien au contraire, elle va piquer au vif son orgueil.

 

4/ Situation finale 
Pour ne pas perdre la face, Don Juan donne son Louis au Pauvre, avec ce commentaire «  pour l’amour de l’humanité », défiant une fois de plus le Ciel.

Le rôle de Sganarelle dans cette scène est analogue à celui qu’il aura pendant tout l’acte trois, celui du contrepoint comique, pour alléger l’atmosphère pesante et tragique que se met en place. Il fait l’imbécile, pour «  détendre l’atmosphère » et parce qu’il a sans doute pitié du Pauvre ; il souhaite tourner l’épisode en dérision, pour protéger son maître du Ciel, et le Pauvre de la méchanceté de Don Juan. Il a l’esprit pratique et une confiance aveugle en la justice divine, il sait que Dieu ne peut tenir rigueur à un bon chrétien d’un petit blasphème : «  Va, va, jure un peu, il n’y a pas de mal ». Encore une fois, il n’ose pas attaquer son maître de front même s’il désapprouve son attitude.

 

 

 

 

 

Lecture analytique 4 Le tirade de Dom Louis.


 Au cours de l’Acte IV, tous les adjuvants de Dom Juan vont se succéder pour lui donner une dernière chance de se racheter et d’éviter l’implacable punition divine. Dom Juan va rester sourd à leurs discours, courant ainsi, volontairement semble-t-il, à sa perte.
C’est en tant qu’adjuvant que Dom Louis, le père de Dom Juan fait son entrée en scène pour une longue tirade argumentative.

1/ Début jusqu’ à  déportements :

 Dom Louis  utilise dans cette entrée en matière l’ euphémisme : « vous vous passeriez fort aisément de ma venue ...nous nous incommodons étrangement l’un et l’autre » ainsi que la répétition de « las » mettant en valeur leur incompréhension mutuelle et leur mésentente.

 

 

2/ Hélas !...Consolation :
La vue de son fils rappelle à Don Louis tous les espoirs qu’il  avait mi en lui. Il dit avoir demandé «  avec des ardeurs sans pareilles » un fils à Dieu ; il dit l’avoir chéri, être un père aimant qui espérait transmettre toutes sas valeurs à on fils. Ce sont les remords qui l’animent aujourd’hui, il s’accuse d’avoir « forcer le destin » (encore une fois nous sommes dans le registre tragique) : « nos souhaits aveugles et nos demandes inconsidérées.» Dans un balancement il met en regard « chagrin et supplice » (ce que Don Juan lui a apporté) et «  joie et consolation » (ce qu’il souhaitait qu’il lui apporte).
Dieu est fatigué, Don louis reprend le thème de la lassitude, d’entendre ses plaintes.


3/ De quel œil.....de mes amis ?
Une suite d’interrogations rhétoriques qui vont rendre compte de son indignation et de la lassitude du Souverain( le Souverain est toujours patient et bienveillant chez Molière, et pour cause)  et de ses amis, de tous ceux qui n’ont cessé d’intercéder en sa faveur au gré de ses frasques. Ici aussi,  c’est l’épuisement qui domine : «  cette suite continuelle de méchantes affaires qui nous réduisent, à toutes heures, à lasser les bontés du Souverain, et qui ont épuisé auprès de lui de mérite de mes services et le crédit de mes amis ? » Don Juan entraîne Dom Louis dans sa perte.

 


4/ Ah ! quelle bassesse....vos actions.

 Dans cette dernière moitié de la tirade Dom Louis rappelle son fils à ses responsabilités en tant que membre de la noblesse. Les termes sont forts. Le ton est violent, ponctué d’interrogations et d’exclamations oratoires : « Ah ! quelle bassesse est la vôtre ! Ne rougissez-vous point .... ? Etes-vous en droit... ? Croyez-vous qu’il suffise... ? « Tous les moyens conatifs sont utilisés pour émouvoir Don Juan ( l’apostrophe « vous », l’incise « dites-moi, le «  Non, non ».
L’argumentaire de Dom Louis est simple et lourd de conséquences et de critiques vis-à-vis de la noblesse du XVIIe siècle : Naître noble est un privilège mais aussi une charge. Etre noble se mérite tous les jours : «  Aussi nous n’avons part à la gloire de nos ancêtres qu’autant que nous nous efforçons de leur ressembler ». Le noble est, selon la métaphore de Don Louis, porteur d’ »un flambeau », celui de « la vertu », de « l’honneur », de la « gloire ».
Ainsi, en se comportant comme il le fait, Don Juan est doublement coupable, en tant qu’homme et en tant que noble. « Un grand seigneur méchant homme » est la pire des choses, le pire des « monstres dans la nature ». La morale naturelle de Don Juan s’écroule donc sous le poids de ces propos le rappelant à son rang et à son devoir.

 

 

5/ Apprenez enfin...comme vous.

  Conclusion de la tirade, il n’est pas de noblesse de naissance mais une noblesse de cœur. Certains roturiers valent bien mieux que les courtisans, c’est le message de Molière à cette société d’Ancien Régime mal en point et corrompue : «  je regarde bien moins au nom qu’on signe qu’aux actions qu’on fait, et que je ferais plus d’état du fils d’un crocheteur que serait honnête homme, que du fils d’un monarque qui vivrait comme vous. »

 

 

 

 

 

 Lecture Analytique 5 la tirade de l’hypocrisie.V.1
 

 

  Cette tirade marque le dernier degré de la déchéance de Don Juan comme nous lefera remarquer Sganarelle : « il ne vous manquait plus que d’être hypocrite ». On sait que Molière détestait l’hypocrisie de son temps  et qu’il l’a dénoncée à maintes reprises : voir Tartuffe et les faux dévôts, voir Le Misanthrope.

 

 

1/ Un jeu sur les paradoxes :
 

 
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