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PELERINAGE CANTERBURY ROME JERUSALEM

• 26/3/2008 - La Turquie (Suite 4)

Je me souviens de……

 

Des collectivités, vecteurs de contacts.

 

Des collectivités qui se sont si souvent mises à ma disposition, jusqu'à solliciter les hôteliers eux-mêmes assez généreux pour m'accueillir. Souvent, les mairies, en deux temps, trois mouvements, m'ont ouvert l'accès à leurs installations et, parfois, même commander un plateau repas.

Je me retrouvais la plupart du temps face à la mer, dans les lieux réservés à leurs hôtes privés. Cela pouvait être le bungalow d'un camping municipal, un hôtel, la maison d'hôtes, l'appartement des profs d'une école.

Les services de la police ont agi comme intermédiaires auprès des mairies quand il n'y avait pas d'accueil de nuit attenant à leur bâtiment, ou bien m'ont logée à l'hôtel.

La gendarmerie à laquelle je me suis adressée en campagne m'a, systématiquement, offert l'hôtel quand il n'y avait pas de mairie proche ou conduite chez des gens de leur connaissance.

C'est ainsi que j'ai fait la connaissance d'un jeune Français à la double nationalité (turque) revenu travailler chez son père. Ou d'une Hollandaise restauratrice dans un complexe touristique et qui m'a accueillie chez elle.

Ou encore d'un diplômé de haut vol Turc qui a préféré se consacrer à la protection de l'environnement de son secteur. Marin pêcheur, directeur de la coopérative locale, il m'a décrit sa fierté d'avoir obtenu que "SA" côte soit classée.

Entre autres….car j'ai marché pratiquement 2 mois en Turquie…

Et, je n'ai jamais dormi dehors !

 

Il y a toutes ces rencontres et celles qui sont :

Les grâces du chemin :

 

1.MERYEMANA (la maison de Marie, mère)

Jusqu'au Sud d'Izmir, à la réponse de : "pourquoi tu marches  ? " – " parce que je suis Hadji " , chacun de mes interlocuteurs se connectait à Efes-Selçuk. Certains d'entre eux étaient montés là-haut et me décrivaient les lieux tout en précisant : " oui, mais moi j'y suis allé en voiture ".

Ce lieu de pèlerinage est commun aux musulmans et aux chrétiens qui vénèrent la mère du Christ. La petite maison est devenue église et aurait abrité la fin de vie de la vierge. Elle a curieusement été retrouvée sur les descriptions d'une stigmatisée allemande , pratiquement illettrée, qui ne s'est jamais déplacée hors de son village natal et de son couvent… mais qui a eu des visions du lieu où Marie s'est mise à l'abri des premières persécutions, amenée par Jean l'apôtre – bien aimé – du Christ.

L'on s'échappe du site touristique d' Efes avec tout ce que ça comporte de boutiques et de cars, pour emprunter une toute petite route qui nous conduit à celle permettant, lacet après lacet, d'accéder à une jolie clairière. Passé – là aussi – un îlot de touristes faisant commerce de tout (la municipalité, propriétaire des lieux, y trouve son compte). On débouche sur le sanctuaire baigné de Paix et de lumière. Cela n'a pas beaucoup changé depuis deux millénaires. La maisonnette de pierres sèches est appuyée sur un repli du sol. Frêle et gracieuse dans ses voiles, Marie devait – cruche sur l'épaule – aller puiser l'eau de la source toute proche. A l'extérieur, un mur où je me pose, pensive. C'est la deuxième maison de Marie sur mon chemin. La première, c'était en Italie, à Loretto, où j'étais arrivée par hasard. Les croisés l'avaient dépecée avant de la ramener de Palestine et de l'y reconstruire. La troisième, ce sera quand ? Mon voyage prend quelquefois des allures bibliques. Comme si je devais laisser du temps au temps de réflexion qui est el mien en ce moment.

Le Père supérieur de la communauté franciscaine, gardienne du lieu, se penche vers moi : " D'où venez-vous ? " – " De France ". Après quelques questions. " Voulez-vous dormir ici ? " Flash ! Les surveillants, à l'entrée de la clairière, avaient regardé leur montre en me voyant arriver. " Il est tard. Où allez-vous dormir ? "  A mon haussement d'épaules signifiant : je ne sais pas, ils ont répondu : " Inch Allah " et m'ont laissé passer.

Mon chemin est ainsi fait depuis des mois. Je ne m'inquiète plus de rien. Non par insouciance … mais pour laisser l'esprit et le cœur se fondre dans la prière. La question du prêtre, à défaut de m'étonner, me confirme la nécessité de remercier, de rendre grâce. Car, je reçois sans demander.

" Il y a de quoi dormir. Nous avons ici aussi une petite communauté de 3 religieuses, juste à côté; je vais les informer. Elles pourront certainement vous recevoir. Dix minutes plus tard, la sœur de Philadelphie m'installe. Une chambrette, pignon sur la forêt. Au loin, dans le fond de la baie, le petit port d'où St Jean et les apôtres repartaient en mission après avoir rendu visite à la Vierge. Ce revers de montagne incite à la méditation. Sur le versant boisé et abrupt, Marie se souvenait de la passion de son Fils se rendant au Calvaire.

Les sœurs n'ont pas grand-chose, disent-elles, mais tiennent à partager leur dîner avec moi… et moi à prier avec elles dans leur minuscule chapelle.

Le lendemain matin, après la messe, quelques photos (perdues aussi, hélas) pour fixer les instants précieux. Les visages épanouis vous l'affirment : " Quelle grâce de vivre ici ! "

L'un des pères franciscains n'hésite pas à me ranger dans la catégorie : " les folles de Dieu ".

" Pourquoi  ? ", fis-je, crédule.

" Vous êtes une femme, seule, c'est dangereux ! "

A-t-il expérimenté la Providence, lui ?

Je ne peux que le rassurer d'un : " Je ne suis pas une aventurière, ne fais pas n'importe quoi. On dit d'ailleurs : aide-toi et le ciel t'aidera ".

Mais je vois bien qu'il me prend pour une loufoque… Pourtant, il a dû en voir passer, ici, des pèlerins.

Ceux-là qui montent en autobus, justement un groupe de France, diffèrent mon départ d'une heure. Ils me font signe d'assister à la messe avec eux. " C'est en français ", insiste la sœur américaine. A l'issue de celle-ci, une dame vient vers moi. " Merci d'être restée prier avec nous. Je prierai pour vous et soyez sûre que je ne vous oublierai pas…"

 

 

2. Le Jardin de la Tolérance.

" Par là, impossible, il n'y a pas de route ".

" Ah ! par ici, oui, c'est sauvage mais vous allez vous perdre ". Comment me perdre en suivant le bord de mer ? Tant qu'elle est à ma droite, je suis dans le bon sens… Un germanophone me précise : " suivez l côte, vous allez trouver un restaurant. Il y a une barque qui vous fait passer le bras de l' Aksa ".

Ainsi, je me suis hasardée au milieu des constructions d'hôtels, palaces, résidences. Un immense chantier où la boue retient vos chaussures, où les engins mugissent et où les hommes risquent leur peau, car sans protections en cas d'accident… L'un des habitués me 'défie' d'aller plus loin. Je le brave. Le passeur est là. Et ses amis de la péniche, de l'autre côté, voudront m'offrir le thé et le repas.

Il me faut mettre de côté mes principes d'hygiène car les équipements sont sommaires. Mais, par moment, ce serait "pécher" car blesser, que de refuser….

Après une heure de pause, je dois tout de même poursuivre, car je suis au fond du delta et il n'ya guère âme qui vive ici.

" Passez par là, c'est tout droit, vers Belek ". A l'Ouest, Belek, c'est le pendant de Beldibi, au Sud d'Antalya où des kilomètres de lagunes sont dévoués au tourisme de luxe.

Pendant un temps, le sentier reste tracé dans les dunes, ponctué de drôles de cabanes dont il ne reste que les bras décharnés de la charpente et la coiffe déchiquetée, avachie, décolorée ; l'automne a dévoré l'été.

Les pins se densifient, ne me donnent plus le choix. Je dois pénétrer la forêt recouvrant les dunes. Ils m'intimident, ces arbres immenses, plantés en rang d'oignons, seulement animée d'une lumière rare et de quelques aboiements. D'une maison de garde chasse sort un homme en treillis.

" Belek, c'est par ici ? " Après quelques secondes, interdit sur son pas de porte, scrutant les alentours, il se décide à me répondre, le font plissé et encore incertain de ma nature.

" Prenez plutôt cette petite route, c'est tout droit. Mais il faudra passer un pont".

De pont, que nenni ! Il faut traverser un puis deux villages. Les murs s'enfoncent dans le sable; les ruelles serpentent. Et les gamins, yeux brillants, tournent autour de mon trolley.

" Je ne parle pas le turc". Comme ils insistent, je lâche : "je suis Hadji ".

Ils quémandent un peu d'argent. D'une voix que je veux convaincante, je lance : " tourist, no; Hadji; OK ? Ben Hadji!"

Une voiture me sauvera peut-être des facéties d'une flopée d'enfants un peu trop curieux. Après que j'ai refusé de monter auprès d'elle, la conductrice les a dispersés…

Entre des bout de forêts et des bouts de route, les serres abritent les cultures, prolongeant l'été : tomates, concombres, courgettes…

J'ai quitté la forêt d'arbres pour une forêt de verre et de plastique. Mais…

DE pont, que nenni ! Quand j'interroge, c'est toujours à 1 km: par ici, vous n'êtes pas loin. J'allais faire demi tour. A point nommé, un 4 x 4 dépose deux messieurs en costume et attaché-case. Si étrange dans ce décor !

" Oui, il y a un pont. Suivez-nous ". Le trolley s'embourbe, bien que prenant soin de rouler sur les feuilles de légumes abandonnées à terre. On contourne une, puis deux, puis trois serres. A peine séparées les unes des autres.

Enfin " le pont". Une armature métallique juchée au dessus d'escaliers à claire-voie qui ne m'inspirent guère confiance. Je fais signe : " merci, mais non ". Les messieurs, le sourire aux lèvres, empoignent ma monture.

" On y passe tous les jours. Il n'y a pas de problème ". Un autre véhicule les attend de l'autre côté. Pour nous extirper de ce demi marécage. " Vous montez ? " – " Normalement, non mais je n'ai pas d'autre choix ".

" Il y a un village à 3 km. Voici notre carte. Si vous voulez venir y manger, vous êtes la bienvenue. C'est un ranch avec restaurant. Je suis allé à Paris deux fois. "

Ainsi, j'ai rejoint le pays civilisé. Il y a comme cela, en Turquie, des milliers de compartiments. Vous franchissez une rue, une vallée, une route et vous êtes au cœur du XXI ème siècle ou au début du précédent. Comment les Turcs, eux-mêmes vivent ces situations si différentes, pensai-je souvent ?

Les enfants vont à l'école où les installations sont modernes, par exemple, et rentrent  à la maison, au sol battu, recouvert quelquefois de tapis, l'eau à l'extérieur.

Une Turque m'a répondu : " Il y a différentes vies. Et elles sont bien séparées. Un enfant ne fait pas de distinction. A la maison, c'est ainsi, à l'école c'est comme ça ".

Et quand ils passent devant les palaces ? Que dessinent leurs rêves ? Car ils ont vu leurs pères revenir harassés d'une journée ou d'une semaine de labeur intense, pendant des mois… le temps de les faire sortir de terre.

Tout est prévu pour celui qui vient séjourner. Même la pratique de sa religion.

" Le Jardin de la Tolérance a été créé dans un esprit d'unité " me précise la jeune femme responsable des implantations touristiques. " Au milieu du parc, il y a un temple, une mosquée, une église. Nous recevons des vacanciers de toute confession, d'où l'idée de leur faciliter l'exercice de leur foi dans un lieu unique, les invitant à la Paix entre eux ".

Je suis arrivée là, encore par hasard, et au croisement d'une route. J'allais m'engager sur l'autre chaussée lorsque j'ai d'abord été attirée par une immense croix sur un toit puis par un panneau : " Garden of tolerance ".

Je marchais pour ma paix intérieure. Depuis que je suis en Turquie, je marche pour la paix entre les peuples… Elle passera par la paix ou, au minimum, par la tolérance entre les religions…Car chacun invoque Son Dieu, pour défendre sa terre, avant de vivre sa foi.

Cette initiative m'a paru si heureuse que je me suis risquée à demander asile pour la nuit. Mon voyage raconté, mon interlocutrice me prie d'accepter l'invitation du groupe et me fait conduire au village (Belek).

Le lendemain, nous aurons encore un entretien et après la prière du vendredi – la plus conséquente pour l'Islam – l'imam me décrira son travail d'information, les rites de prière et leur signification, et ses études de théologie à Ankara. Nous partageons le repas et nous nous quittons, convaincus que la paix n'est pas seulement tolérance mais aussi dialogue et rencontre. Car, " Quand on s'ignore, on se fait peur. Et, si on a peur, on se fait la guerre ! "

 

 

3. ANTIOCHE (Antakya).

C'est l'une des dernières étapes. Alors que je prévois de repartir le surlendemain, le père étonné me propose : " Pourquoi déjà ? Vous pouvez rester pour Noël ; c'est bientôt et la chambre est libre ".

" Je ne veux pas abuser de votre hospitalité ".

" C'est comme vous voulez : mais cela me fait aussi plaisir que ce soit habité de ce côté ci. Quand je passe la porte, je sais qu'il y a vie. Et puis, quand j'accueille les pèlerins, je ne les presse jamais de repartir ".

Comment résister ? Le petit monastère auquel est attaché une église est un havre de paix. A la manière de Saint Paul, on est dans le monde, sans être "du" monde.

Derrière l'ensemble des bâtiments  se "tient le mur" avec une petite mosquée très ancienne et n'est pas trè loin du temple. Ici encore, on parle de " rencontre '.

Noël est fêté le même jour chez les orthodoxes et les catholiques d'Antioche. Par souci d'œcuménisme.

C'es samedi. La messe dominicale sera célébrée comme un repas : l'autel siège en plein centre de la petite église du couvent ; décorée comme une table de fête, de fleurs fraîches et de verdure. Les enfants l'entourent au plus près. Ne sont-ils pas les premiers invités selon l'Evangile que le Père va leur demander d'expliquer ?

De même, il seront sollicités au moment de la prière communautaire où chacun exprime ses intentions.

Il ne s'agissait pas d'une "cérémonie" à proprement parler. Devant mes yeux était une communauté avec des convictions comme au début de l'Eglise dont l'histoire a retenu celle d'Antioche comme étant la première de la chrétienté.*Le "Credo" affirmant la foi des croyants est si saisissant dans la langue turque qu'il est impossible d'échapper à une telle densité, une telle certitude.

Quand les chants accompagnés de guitare et tambourin se sont élevés, je n'avais plus d'autre choix que de laisser mon âme les rejoindre, à défaut de ma voix.

S'il ne s'agissait des affaires de Dieu, je dirais que j'étais envoûtée. Alors, j'y ajoute : de bonheur ! Car, à ce moment là, j'ai réalisé que ma prière dans la mosquée souffrait d'un manque de support. C'était comme si le seul face à face avec mon Créateur fut-ce, à travers les psaumes de David, tout à coup, m' insuffisait. Nos communautés chrétiennes prient aussi ensemble et à haute voix. Et, par-dessus tout, ont un médiateur de choix : le Christ, qui en étant notre égal dans notre humanité nous a rendu notre Dieu plus proche.

Cette prise de conscience se révèle peu anodine là, précisément où Saint Pierre annonçait "la Bonne Nouvelle". Une grotte, un peu à l'extérieur d'Antioche, abritait les premiers chrétiens qui y recevaient son enseignement. La célébration de la naissance du Christ, ici, marque mon retour aux sources de la Foi dans laquelle j'ai été baignée, dès ma naissance, par mes parents.

Aujourd'hui, c'est moi qui fait ce choix.

Demain, au bout du chemin, elle sera mienne.

A l'église d'Antioche, il y aussi M.G. : une jeune femme, posée là, finalement. Son métier de journaliste lui a fait parcourir le monde. Elle a trouvé ici comment épanouir sa vie spirituelle. : une antenne CARITAS, entre autres activités, de catéchiste, notamment. Avec son amie toute proche, j'ai pu visiter les restes du Monastère de Saint Siméon le Jeune…imitant l'Ancien. En haut d'une stèle " pour y être plus proche de Dieu", il prêchait quand il n'y priait ou ne jeûnait pas. Cela a duré une quarantaine d'années.

Au bout de cette terre d'Islam, qui m'a si chaleureusement "voulue" dans ses foyers, que penser lorsqu'une musulmane convertie m'affirme : " J'ai découvert un Dieu Père et Amour. L' Evangile du Christ propose une vie d'Amour". C'est pourquoi j'ai demandé le baptême.

Mes interrogations s'effacent. Ainsi, j'avais ce cadeau au fond de moi et je ne le savais pas !

 

Voilà pour les rencontres.

Il y a d'autres flashs. Ils prendraient leur sens dans le contexte d'une description. Mais ils me rassurent en même temps : je n'ai pas oublié ceux-là non plus. Mon chemin, c'est comme un collier de pierres précieuses : l'une resplendit par rapport à sa voisine. Sa teinte, sa forme est différente. Elle est incomparable.

Comme nous, d'ailleurs, nombreux mais uniques.

" Quel pays, quel peuple, quelle ville, préférez-vous ? "

Je n'ai pas de préférence au sens strict du terme. J'ai apprécié, j'ai admiré, j'ai aimé. Chaque fois, dans le contexte. Les comparaisons sont vaines et injustes. A Lui, à vous, je dis seulement " merci " de m'avoir dit " oui ".

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• 26/4/2008 - Un sourire pour toi

Posted by Jean-Pierre
Bonjour Anne-Marie,
C'est bon de te lire. Les mots coulent et me font sourire. Je te vois grande et souriante marcher sur les chemins. Je pense faire un saut en Turquie l'an prochain sur le chemin de St-Paul ou celui de Lycée. J'aime la tendresse et la force de tes émotions qui décrivent ton pélérinage. Merci de partager.
Bonne route...
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