BlogHotel.orgAccueil | Créer un blog | Imprimer la page Imprimer | Blog hasard Au hasard | Chercher des blogs Rechercher | Entrer dans le chat du blog Chat | | Jeux Jeux | Adminitration et édition du Blog Manager

LE BLOG DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

• 4/2/2006 - 1919 L'application du Traité de Versailles


1919

Georges CLÉMENCEAU

L'application du Traité de Versailles :
la question allemande et les garanties pour la France



    « Pouvions-nous vraiment créer une Rhénanie indépendante? Le problème vaut la peine d'être posé […]

    Avec un homme comme le maréchal Foch, il n'y a même pas de discussion possible. Du moment où sa  stratégie le veut, il faut que les Rhénans s'empressent à notre artillerie. On peut se passer d'autres raisons puisqu'il s'agit d'un a priori . Bien entendu, cela n'empêche pas de trouver des raisons supplémentaires à l'usage des faibles  qui s'en tiennent aux faiblesses  de l'expérience et du raisonnement.

    Les Rhénans sont-ils des Celtes, comme nous-mêmes? […] Ils accusent une souffrance de la lourde main prussienne. Notre enfantillage est de croire trop vite que leur incomplète prussianisation les dispose à devenir Français […]

    Après l'armistice de 1918, l'occupation de la rive gauche du Rhin se fit dans les conditions prévues. Nos soldats ne furent pas mal accueillis. Ce qu'on a appelé «la première manifestation publique de l'idée autonomiste» eut lieu le 4 décembre 1918 […] La liberté rhénane fut acclamée.[…]

    Il faut pourtant le reconnaître, si l'occupation de la Rhénanie, recommandée par le maréchal Foch et d'abord adoptée par le gouvernement français, nous apportait un surplus de sécurité qui n'était pas négligeable, le principe en demeurait critiquable à des adversaires qui n'ont pas manqué d'arguments.

    La première question, et non la moins importante, était de savoir ce que nous ferions des habitants de la Rhénanie. Ils ne manqueraient pas d'alléguer qu'ils étaient chez eux, ce qui, dans les temps modernes, quelquefois, n'est pas une mauvaise raison. Jadis, on violait ouvertement des territoires pacifiques, on massacrait, on déportait tout ce qui faisait résistance, on asservissait le reste, et nul ne trouvait le moyen de se plaindre, comme nous avons vu en Belgique sous l'occupation allemande.

    Tout absorbé par ses occupations militaires, le maréchal Foch ne se cassait pas la tête pour savoir ce que deviendraient cinq millions et demi d'habitants qui, par l'effet des principes de la Révolution française, ne trouveraient peut-être pas bon qu'on disposât d'eux sans une consultation préalable dont le résultat n'était pas douteux. Ce fut donc en toute sincérité que nous en vînmes à répudier l'annexion, qui n'était, après tout, qu'une organisation de violences […]

    Saisis de la question rhénane, M.Wilson hochait vilainement la tête, et M.Lloyd George faisait figure résolue d'adversaire, en plein accord avec M.Balfour qui, dès 1917, s'était prononcé à deux reprises différentes contre la création d'un Etat autonome du Rhin : «Il ne faut pas créer, pour l'Allemagne, une seconde Alsace-Lorraine, ajoutait M.Lloyd George. Nous sommes d'accord avec la France sur le but à atteindre: nous ne sommes pas d'accord sur le moyen.»

    Brusquement, dans une conversation du 14 mars 1919, M.Lloyd George me déclare qu'il offre la garantie militaire de la Grande-Bretagne contre une agression allemande non provoquée, en échange de l'occupation et de l'indépendance de la rive gauche du Rhin. Il ajoute même qu'il usera de toute son influence auprès de M.Wilson pour obtenir du gouvernement américain le même engagement […]

    Après un débat qui ne dura pas moins d'une semaine, les Alliés aboutirent à la rédaction suivante qui devint le paragraphe final de l'article 429:
    " Si, à l'expiration de 15 années, les garanties contre une agression non provoquée de l'Allemagne n'étaient pas considérées comme suffisantes par les gouvernements alliés et associés, l'évacuation des troupes d'occupation pourrait être retardée dans la mesure jugée nécessaire à l'obtention desdites garanties."

    De quelles garanties s'agit-il? De celles qu'ont prévues à Versailles, le 28 juin 1919, le traité avec l'Allemagne et les deux traités anglais et américain, c'est à savoir, pour un avenir lointain et non défini, la Société des Nations ; pour un avenir proche, l'occupation complétée par les deux traités. Dans quel cas ces garanties pourraient-elles être jugées insuffisantes en 1935? Dans le cas où les deux traités viendraient à manquer; donc précisément, dans le cas réalisé par le vote négatif du Sénat américain […]

    Notre unique dessein était de nous mettre en état de faire face, aussi rapidement que possible, à toute nouvelle agression. Or nous tenions, en vertu de l'article 428 du Traité, les têtes de pont, pour 5, 10 et 15 ans. ...

GEORGES CLEMENCEAU (1841-1929),
GRANDEURS ET MISERES D'UNE VICTOIRE, Paris, Plon, 1930.





:: Envoyer à un Ami!

A Propos

Histoire des révolutions du XXè siècle. Révolutions. Totalitarismes. Décolonisation. Transformations sociales et culturelles

Liens

Accueil
Voir mon profil
Archives
Email Moi


Historic
Mapero
Baroque et Rococo
Wodka
Des Cartes
La route des fresques
Michelet
Sfumato
Article 47 sur 59
Précédent | Suivant