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LE BLOG DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

• 4/2/2006 - 1917 Mutineries dans l'armée française




1917
LES MUTINERIES DANS L'ARMEE FRANÇAISE

Le récit de Louis Barthas


    « Un soir, un caporal chanta des paroles de révolte contre la triste vie de la tranchée, de plainte et d'adieu pour les êtres chers qu'on ne reverrait peut-être plus, de colère contre les responsables de cette guerre infâme et les riches embusqués qui laissaient battre ceux qui n'avaient rien à défendre.
   
     Au refrain, des centaines de bouches reprenaient en choeur et, à la fin, des applaudissements frénétiques éclataient auxquels se mêlaient les cris de «Paix ou Révolution! A bas la guerre! » etc., «Permission! Permission!»

    Un soir, patriotes voilez-vous la face, L'Internationale retentit, éclata en tempête. Cette fois nos chefs s'émurent (…)

    La patrouille ayant jugé prudent de battre en retraite, notre capitaine-adjudant-major-flic vint lui-même escorté par tout le poste de police.  Il essaya de parler avec modération, mais, dès les premiers mots, des huées formidables l'arrêtèrent. Bavant de rage, mais impuissant il s'en prît aux malheureux sergents de jour qui avaient imprudemment rendu compte qu'«il ne manquait personne» et les obligea à faire un contre-appel rigoureux.

    Une foule de plusieurs centaines de soldats se moquant des appels s'était massée devant le poste de police où le capitaine Cros s'était réfugié; pendant une heure on lui cria les pires injures, des menaces. Pour lui donner encore plus la frousse, un exalté tirait de temps en temps quelques coups de revolvers en l'air.

    Le 30 mai à midi il y eut même une réunion en dehors du village pour constituer à l'exemple des Russes un «soviet» composé de trois hommes par compagnies qui aurait pris la direction du régiment. À ma grande stuspéfaction on vint m'offrir la présidence de ce soviet, c'est-à-dire pour remplacer le colonel, rien que ça!

    On voit ça d'ici, moi obscur paysan qui lâchai ma pioche en août 1914 commander le 296è régiment : cela dépassait les bornes de l'invraisemblance! Bien entendu, je refusai, je n'avais pas envie de faire connaissance avec le poteau d'exécution pour l'enfantillage de singer les Russes.

    Cependant je résolus de donner une apparence de légalité à ces manifestations révolutionnaires; je rédigeai un manifeste à transmettre à nos chefs de compagnie protestant contre le retard des permissions. Il débutait ainsi:«La veille de l'offensive le général Nivelle a fait lire aux troupes un ordre du jour disant que l'heure du sacrifice avait sonné… Nous avons offert notre vie en vue de ce sacrifice pour la Patrie, mais qu'à notre tour nous disions que l'heure des permissions avait sonné depuis longtemps», etc.

    La révolte était placée ainsi sur le terrain du droit et de la justice. Ce manifeste fut lu par un poilu à la voix sonore, qui s'était juché à califourchon sur une branche de chêne; des applaudissements frénétiques soulignèrent les dernières.

    Cela flattait peu ma vanité car si on apprenait quel était celui qui avait rédigé cette protestation, si modérée soit-elle, mon affaire était claire, c'était le conseil de guerre certain, et ce qui était possible douze balles Lebel chargées de m'expédier dans un autre monde avant l'heure fixée par le destin (…)

    Notre commandant essaya de barrer la route par le poste de police, mais les poilus passaient quand même par d'autres issues. Dans l'après-midi l'ordre de départ immédiat fut communiqué; la promesse formelle était faite que les permissions allaient reprendre dès le lendemain à la cadence de seize pour cent sans arrêt. Les autorités militaires, si arrogantes, autoritaires avaient dû capituler. Il n'en fallait pas davantage pour rétablir l'ordre. Malgré cela il y eut, surtout aux cantonnements de la 4è compagnie mitrailleuse, de vifs tumultes quelques instants avant le départ et les hommes ne partirent qu'après avoir chanté L'Internationale devant les officiers stupéfaits mais passifs devant leur impuissance.»


source: Les Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918.
Editions Maspéro.




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