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LE BLOG DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

• 6/2/2006 - 1919 Bilan de la Guerre selon Stefan Sweig

1919
LE BILAN DE LA GUERRE

Le point de vue de Stefan Zweig


LE BILAN D’UNE ÉPOQUE

Et moi tout seul, j’ai: été le témoin des deux plus grandes guerres qui ont désolé l’humanité et je les  ai vécues sur deux fronts différents (…) J'ai connu dans l’avant-guerre la forme et le degré les plus élevés de la liberté individuelle et, depuis, l’état de la pire dégradation qu'on eût vue depuis des siècles (…)

Tous les chevaux livides de l'Apocalypse se sont rués à travers mon existence, la révolution et la famine, l'avilissement de la monnaie et la terreur, les épidémies et l'émigration ; j'ai vu croître sous nos yeux, et se répandre parmi les masses, les grandes idéologies, le fascisme en Italie, le national-socialisme en Allemagne, le bolchevisme en Russie et avant tout, cette pestilence des pestilences, le nationalisme (…)

Il m'a fallu être le témoin impuissant et sans défense de cet inimaginable retour de l'humanité à un état de barbarie qu'on croyait depuis longtemps oublié, avec ses dogmes et son programme anti-humains consciemment élaborés. Il nous était réservé de revoir après des siècles des guerres sans déclaration de guerre, des camps de concentration, des supplices, des spoliations massives et des bombardements de villes sans défense, tous actes de bestialité que les cinquante dernières générations n'ont pas connues et que les futures, espérons-le, ne souffriront plus.

Et, paradoxalement, dans le temps que notre monde reculait moralement d'un siècle, j’ai vu cette même humanité s'élever par l'intelligence et la technique à des prodiges inouïs, dépassant d'un coup d'aile tout ce qu'avaient produit des millions d'années : la conquête de l'éther par l'avion, la transmission instantanée de la parole terrestre (…), la division de l'atome, les plus insidieuses maladies victorieusement combattues (…)

Stefan Zweig, Le monde d'hier. Souvenirs d'un Européen, 1942, Belfond, 1982.


L’AUTRICHE

« L’Autriche, sur la carte de l'Europe, n'était plus qu'une lueur crépusculaire et comme une ombre grise, incertaine et sans vie de l'ancienne monarchie impériale (…) ; ce qui en restait, n'était qu'un tronc mutilé et saignant de toutes ses veines (…)

Selon toute prévision humaine, ce pays créé artificiellement par les États victorieux ne pouvait pas vivre indépendant et —tous les partis le proclamaient d'une seule voix, les socialistes, les cléricaux, les nationaux — ne voulait absolument pas vivre indépendant (…). Il se produisit ce fait paradoxal qu'on contraignit un pays à une indépendance qu'il déclinait lui-même avec acharnement. L’Autriche souhaitait être réunie ou bien aux États voisins, comme par le passé, ou bien à l'Allemagne qui lui était apparentée, mais elle ne désirait nullement, mutilée comme elle l'était, mener une existence humiliée de mendiante.

Les États voisins, en revanche, ne voulaient plus d’une alliance économique avec cette Autriche, soit qu'ils la jugeassent trop pauvre, soit qu'ils craignissent un retour des Habsbourg. D'autre part, les Alliés s'opposaient à l'union avec l'Allemagne, afin de ne pas renforcer cette Allemagne vaincue.

Ainsi l'on décréta : la république d'Autriche allemande doit subsister. Fait unique dans l'histoire, à un pays qui ne voulait pas exister, on commandait : "Tu dois exister". »

Stefan Zweig, Le monde d'hier. Souvenirs d'un Européen, 1942, rééd. Belfond, 1982.




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