LE BLOG DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE
• 4/2/2006 - 1906 La CGT adopte la Charte d'Amiens
1906, octobre LA C.G.T. adopte la Charte d’Amiens base du syndicalisme à la française Le congrès confédéral d’Amiens confirme l’article constitutif de la CGT : « La CGT groupe en dehors de toute école politique tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat.»
Le congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte des classes qui oppose sur le terrain économique les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.
Le congrès précise par les points suivants cette affirmation théorique :
Dans l’œuvre revendicatrice quotidienne, le syndicat poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc.
Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme : il prépare l’émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera dans l’avenir le groupe de production et de répartition, base de la réorganisation sociale.
Le congrès déclare que cette besogne quotidienne et d’avenir découle de la situation des salariés, qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat.
Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le congrès affirme l’entière liberté, pour le syndiqué, de participer en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander en réciprocité de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au-dehors.
En ce qui concerne les organisations, le congrès déclare qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale.
Documents complémentaires sur : Le syndicalisme en France à la veille de la première guerre mondiale. Document 1 - Circulaire du ministre de l'Instruction publique, Spuller ( 20 septembre 1887 ) « Les instituteurs publics sont des fonctionnaires… comme tels, ils font partie d'une hiérarchie légalement constituée; comme tels ils ont des droits et des devoirs qui n'appartiennent pas à tous les citoyens. Ils ont des responsabilités particulières, des garanties non moins particulières; ils sont placés à un rang déterminé dans l'Université… L'autonomie des fonctionnaires a un autre nom; elle s'appelle l'anarchie; et l'autonomie des sociétés de fonctionnaires, ce serait l'anarchie organisée. L'Université n'est pas le seul service public qui emploie un nombre considérable de fonctionnaires de tout ordre. De quel droit refuserait-on aux agents des finances, des travaux publics, des postes, etc., ce même droit de "groupement", c'est-à-dire d'enrégimentation en dehors de leurs chefs et au besoin contre leurs chefs ? Et le leur accorder, ne serait-ce pas consentir d'avance au démembrement rapide de toutes les administrations ? Que serait-ce qu'un Etat dont les propres agents eux-mêmes ne relèveraient plus que pour percevoir leurs traitements et leurs pensions de retraite ? … La loi récente sur les associations professionnelles est une de ces mesures libérales et généreuses où éclate l'esprit même de la République… Mais en voulant l'appliquer aux instituteurs publics, on commet une confusion grave : une fonction publique n'est pas une profession, de même qu'un traitement n'est pas un salaire. N'est-il pas évident que, devenu membre d'une administration nationale, l'instituteur public ne peut pas tour à tour se présenter comme fonctionnaire et en cette qualité recevoir un traitement fixe, réclamer des garanties de stabilité ou, pour mieux dire, d'inamovibilité, sauf le cas de peine disciplinaire, avoir droit à une pension de retraite, et puis tout à coup, changeant de rôle et de caractère, se présenter comme travailleur libre et demander au droit d'association le moyen de défendre ses intérêts contre l'Etat, comme un ouvrier défend les siens, à ses risques et périls, contre ceux d'un patron ? Il s'agit de savoir si un agent de l'Etat, c'est-à-dire un dépositaire d'une parcelle de l'autorité publique, a la droit de s'en servir à son usage personnel, s'il a le droit de trouver dans l'organisation même dont il fait partie, dans les ressources, dans les relations, dans les moyens d'action que la loi lui donne, autant d'éléments qu'il mettra au service d'une association de combat, politique ou économique…» Document 2 - Extrait des Mémoires de Léon Jouhaux (secrétaire général de la CGT en 1909) «La versatilité des milieux politiques, les reniements scandaleux et bruyants de certains politiciens joints à une politique d'intervention de l'armée dans les grèves, toujours au bénéfice des patrons et toujours approuvée par la majorité des députés (Decazeville, Fourmies, etc) m'avaient renforcé dans la conviction que le sort des travailleurs ne dépendait que d'eux-mêmes… Je compris dès ce moment que c'est de haute lutte que les revendications devaient être arrachées, et j'appris tôt que la vie est un combat dans lequel le travailleur doit agir par lui-même… Ayant souffert dès mon jeune âge du principe de l'économie capitaliste qui considère le travail comme une marchandise et détermine le salaire selon la loi de l'offre et de la demande, je rêvais de donner force à cette pensée de Proudhon : “l'atelier remplacera le gouvernement”…» Document 3 - Victor Griffuelhes (secrétaire général de la CGT de 1902 à 1909) extrait d'une conférence donnée en juillet 1904 « J'ai été au syndicat pour y lutter contre le patronat, instrument direct de mon asservissement, et contre l'Etat, défenseur naturel, parce que bénéficiaire, du patronat. C'est au syndicat que j'ai puisé toute ma force d'action et c'est là que mes idées ont commencé à se préciser… L'action directe… veut dire action des ouvriers eux-mêmes, c'est-à-dire action directement exercée par les intéressés. C'est le travailleur qui accomplit lui-même son effort; il l'exerce personnellement sur les puissances qui le dominent pour obtenir d'elles les avantages réclamés. Par l'action directe, l'ouvrier crée lui-même sa lutte, c'est lui qui la conduit, décidé à ne pas s'en rapporter à d'autres qu'à lui-même du soin de se libérer… La lutte doit être de tous les jours. Son exercice appartient aux intéressés. Il y a par conséquent à nos yeux une pratique journalière qui va chaque jour grandissant jusqu'au moment où, parvenue à un degré de puissance supérieure, elle se transformera en une conflagration que nous dénommons grève générale et qui sera la révolution sociale.»
Document 4 - Lettre de Pelloutier (secrétaire de la Fédération des bourses du travail), 1899 «Je crois que pour hâter la révolution sociale et faire que le prolétariat soit en état d'en tirer tout le profit désirable, nous devons non seulement prêcher aux quatre coins de l'horizon le gouvernement de soi par soi-même, mais encore prouver expérimentalement à la foule ouvrière, au sein de ses propres institutions, qu'un tel gouvernement est possible, et aussi l'armer en l'instruisant de la nécessité de la révolution contre les suggestions énervantes du capitalisme.… Les syndicats ont depuis quelques années une ambition très haute et très noble. Ils croient avoir une mission sociale à remplir, et au lieu de se considérer soit comme de purs instruments de résistance à la dépression économique, soit comme de simples cadres de l'armée révolutionnaire, ils prétendent en outre semer dans la société capitaliste même le germe des groupes libres de producteurs par qui semble devoir se réaliser notre conception communiste et anarchiste. Devons-nous donc, en nous abstenant de coopérer à leur tâche, courir le risque qu'un jour les difficultés ne les découragent et qu'ils ne se rejettent dans les bras de la politique ?»
Source : Paul Silvestre, Le mouvement ouvrier jusqu'à la deuxième guerre mondiale, 1970.
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• 4/2/2006 - 1931 Staline et la construction du socialisme
4 février 1931 STALINE ET LA CONSTRUCTION DU SOCIALISME LE PLAN QUINQUENNAL EN QUATRE ANS Discours de Joseph Staline publié dans "Les questions du léninisme" Moscou en 1931.
«Notre tâche est de prendre nous-mêmes possession de la technique, de devenir nous-même les maîtres de la besogne. Là, seulement, est la garantie que nos plans seront entièrement exécutés, et la direction unique réalisée. Certes, ce n'est pas facile, mais c'est parfaitement réalisable. La science, l'expérience technique, le savoir, tout cela s'acquiert. Aujourd'hui on ne les a pas, demain on les aura. L'essentiel, ici, c'est d'avoir le désir ardent, bolchevik, de se rendre maître de la science de la production. Il suffit de le désirer ardemment pour pouvoir tout obtenir, tout surmonter. On demande parfois s'il ne serait pas possible de ralentir un peu les rythmes. Non, ce n'est pas possible, camarades ! Il n'est pas possible de réduire les rythmes ! Au contraire, dans le mesure de nos forces et de nos possibilités, il faut les augmenter. C'est ce que nous imposent nos obligations envers les ouvriers et les paysans de l'URSS. C'est ce que nous imposent nos obligations envers la classe ouvrière du monde entier. Freiner les rythmes, cela signifie retarder. Mais les retardataires se font battre. Et nous, nous ne voulons pas être battus. Non, nous ne le voulons pas ! L'histoire de l'ancienne Russie consistait, entre autres, en ce que la Russie était continuellement battue à cause de son retard. Battue par les khans mongols. Battue par les beys turcs. Battue par les féodaux suédois. Battue par les seigneurs polono-lituaniens. Battue par les capitalistes franco-anglais. Battue par les barons japonais. Battue par tout le monde, —pour son retard. Pour son retard militaire, pour son retard industriel, pour son retard politique, pour son retard culturel, pour son retard agricole. On la battait parce que cela rapportait et qu'on pouvait le faire impunément… Car telle est le loi des exploiteurs : battre les retardataires et les faibles. Loi de la jungle sous le capitalisme. Tu es en retard, tu es faible, donc tu as tort, par conséquent l'on peut te battre et t'asservir. Tu es puissant, donc tu as raison, et par conséquent tu es à craindre. Voilà pourquoi il ne nous est plus permis de retarder. Dans le passé, nous n'avions pas et nous ne pouvions avoir de patrie. Mais maintenant que nous avons renversé le capitalisme et que le pouvoir est entre nos mains, dans les mains du peuple, nous avons une patrie et nous défendrons son indépendance. (…) Nous retardons de cinquante à cent ans sur les pays avancés. Nous devons parcourir cette distance en dix ans. Ou nous le ferons ou nous serons broyés. Voilà ce que nous dictent nos obligations envers les ouvriers et les paysans de l'URSS.»
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